05/05/2018

Poésie du temps de Al-Andalus

Pour commencer, quelques rappels historiques…

 

Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
 

Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
En voici deux pour commencer.

Le poète Ibn Darray (958-1030) 
 
Si en les jardins où il habite
ne peux voir mon maître
dans les jardins du rêve
aurons notre rencontre

(Trad: Colo, MAH)

Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

 

Quand le voile de la nuit
s’étend sur la terre,
du vin le plus odorant
            à ma belle je lève mon verre
.
Tel un baudrier tombe
sur moi sa chevelure,
et comme le guerrier prend
de sa main droite l’épée
j’enlace, moi, son cou,
qui au cygne ressemble.

       

Mais à voir que déjà s’incline,
fatiguée, la tête,
doucement je sépare
le bras dont elle m’enlace
et je pose sur ma poitrine
sa tempe, pour qu’elle y dorme.
Aïe! Mon coeur heureux
bat avec grande force.
Que cet oreiller est agité!
en lui ne pourra dormir.


(Trad: Colette, MAH)

Notes :
Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

https://vimeo.com/101877438

Et aussi, à lire:
http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-a...

Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
 

Para empezar, unos datos históricos...

Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

 

El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

 

Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

 

Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

 En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

Aquí, y para empezar, dos de ellos.

 

 
 
https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAA...
 
El poeta  Ibn Darray (958-1030)
 
Si en los jardines que habita
me impiden ver a mi dueño,
en los jardines del sueño
nos daremos una cita.
 
http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezqui...



EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
 
Cuando el manto de la noche
se extiende sobre la tierra,
del más oloroso vino
brindo una copa a mi bella.
Como talabarte cae
sobre mí su cabellera,
y como el guerrero toma
la limpia espada en la diestra,
enlazo yo su garganta,
que a la del cisne asemeja.
 
Pero al ver que ya reclina,
fatigada, la cabeza,
suavemente separo
el brazo con que me estrecha,
y pongo sobre mi pecho
su sien, para que allí duerma.
¡Ay! El corazón dichoso
me late con mucha fuerza.
¡Cuán intranquila almohada!
No podrá dormir en ella.

Commentaires

"les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, "puis" les juifs et les chrétiens (mozarabes)."
Étrange formulation. Les habitants de cette partie de l'Espagne envahis par les musulmans n'étaient-ils pas chrétiens ? Auraient-ils tous été massacré et remplacé par d'autres chrétiens venus d'ailleurs ? Idem pour les Juifs...
J'avoue avoir fort peu de sympathies pour cette idéalisation de la domination musulmane en Espagne. Depuis toujours, elle me paraît très orientée idéologiquement. Les chrétiens et les juifs y étaient des citoyens sans droit, qui devaient payer un impôt s'ils refusaient de se convertir. (cf dhimmitude)

Écrit par : Géo | 05/05/2018

Hola Colette,

Quel heureux lézard, amiga mia, je reviens de quelques jours en Andalousie, aujourd’hui portion congrue, du moins géographiquement, de l’Al-Andalous des origines. Imaginons l’Andalousie actuelle sans son histoire arabe, il manquerait à la beauté des vieilles ville le charme des ruelles des anciennes médinas, des patios et des jardins ombragés, sans même parler des must tels l’Alhambra à Grenade ou la Grande Mosquée-Cathédrale de Cordoue avec son invraisemblable alignement de colonnades, la Giralda à Séville, minaret devenu clocher, comme enchâssé dans la cathédrale gothique et qui ressemble comme un frère à celui de la Koutoubia de Marrakech, et pour cause…

Bien sûr, il resterait maintes merveilles, des églises, la monumentale cathédrale de Séville avec son retable et ses ors, les tableaux d’époque, quoique les œuvres majeures des grands maîtres sévillans (Velázquez, Zurbarán, Murillo) soient au Prado (pas tout à fait vrai : belle expo Murillo à Séville actuellement).

Le seul avantage de ce « nettoyage ethnoculturel » qui rendrait l’Andalousie moins attractive serait peut-être de diminuer, sinon de supprimer, les hordes débarquées des maxi-paquebots à Malaga et qui « font » l’Andalousie en 2-3 jours…

On remarque pas mal de visiteurs musulmans en Andalousie, entre autres des groupes de jeunes gens en provenance de France (on les repère vite à l’accent beur !). Je rejoins Géo lorsqu’il parle de récupération idéologique et d’idéalisation : il suffit d'en écouter certains, originaires d’une banlieue de Marseille en l’occurrence et en voyage organisé, pour comprendre leur fierté naïve à venir admirer ce qu’ont accompli leurs lointains coreligionnaires. Cette fierté, même instrumentalisée pour les besoins de la cause, c’est en quelque sorte un antidote pour eux, souvent décriés et qualifiés par le reste des « visages pâles » de la communauté nationale comme racailles, incendiaires, pillards et trafiquants quand ce n’est pas djihadistes… (citation de mémoire d’une litanie entendue un jour).

L’Al-Andalus n’a cependant pas été le paradis perdu chanté par les poètes arabes, du moins pas pour les minorités chrétienne et juive. Celles-ci formaient des bataillons de citoyens de seconde zone, Géo a raison de parler de la dhimmitude, mais enfin, tant que la dhimma ne fut pas abrogée, les trois religions du Livre ont pu cohabiter pendant quelques siècles tant bien que mal. La chute de Cordoue en 1492 qui signe la fin de la Reconquista installe au pouvoir leurs Majestés Très Catholiques, aucun des accords conclus avec le dernier sultan Boabdil ne sera respecté. Juifs et musulmans auront très vite le choix entre la conversion ou l’émigration, plus de cohabitation possible
.
On voit à Cordoue les statues des deux humanistes-philosophes du XIIe siècle : Maïmonide le rabbin, sujet d’ailleurs d’un billet récent de M-R Hayoun, et Averroès l’arabe, tous deux représentés évidemment en alibis du « vivre ensemble ». Un mythe pour les ingénus que cette terre de tolérance, les choses n’ont pas été si simples, il suffit pour s'en convaincre d’étudier leurs bios, dis-moi la dhimma que tu vis…… Averroès a traduit Aristote, pour situer le niveau, on le surnomme d’ailleurs le « Commentateur du Philosophe », comme médecin, on le croise dans les traités d’histoire de la médecine, grande influence en Italie (Bologne, Padoue). C’était l’heureuse époque où les érudits pouvaient se prévaloir de presque tout savoir sur tout, contrairement à maintenant où ils ne savent presque rien sur tout ou tout sur rien, à choix.

Il y aurait tant à dire sur l’Al-Andalous. Pour ceux que cela intéresse, à recommander les bouquins de Philippe Sénac, prof à la Sorbonne, spécialiste de cette période, surtout des rapports entres chrétiens et musulmans dans l’Espagne du NORD. Entre autres :

• Al Mansur, Librairie Académique Perrin, 2005
• Charlemagne et Mahomet : En Espagne (VIIIe-IXe siècles), Gallimard, coll. « Folio / histoire » (no 241), 22 janvier 2015, 432 p. (ISBN 978-2070357949).

Écrit par : Gislebert | 08/05/2018

@Gislebert, merci pour ce long et intéressant commentaire.
En effet, et Géo a raison, la cohabitation pacifique, idyllique des différentes communautés est un mythe, elle tenait plus de l'Apartheid que de l'amour mutuel.
De plus il y eut des déportations massives de chrétiens et juifs en Afrique du nord, un grand massacre de juifs à Granada au XIº siècle. Il faut dire que les chrétiens firent de même avec les musulmans, "humiliations et discriminations extrêmement dures"(cfr Serafín Fanjul dans "Al-Andalus contra España), et, plus tard, il y eut la persécution des juifs.


Ceci n'enlève rien à la qualité de l'art, de la poésie qui sont le thème de ce billet:-)

Bonne journée.

Écrit par : Colette | 10/05/2018

L'oreiller était agité, c'est le moins qu'on puisse dire...

Écrit par : Colette | 10/05/2018

Magnifique commentaire! Je suis émerveillée par les connaissances de Gislebert!

Bon week-end à tous.

Écrit par : Patoucha | 12/05/2018

« Un adolescent tourmenté par la connaissance de Dieu vint frapper à la porte de l'Aimé. Une voix de l'intérieur demanda : Qui est là ? Le jeune homme répondit : C'est moi. La voix dit alors : Cette maison ne peut abriter les deux ensemble. Et la porte resta close. Alors l'adorateur s'en alla dans la solitude, il jeûna et pria. Un an après, il revint et frappa de nouveau à la porte et la voix du Bien-Aimé demanda encore : Qui est là ? Et l'homme répondit : C'est toi ! Et la porte s'ouvrit. » (Apologue du Poète Jalalud'd Rumi)
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/perse-et-chine.html
Cordialement

Écrit par : Anwen | 25/06/2018

@Merci Anwen!
J'irai faire un tour sur votre blog.
Bonne fin de journée.

Écrit par : Colette | 25/06/2018

Les commentaires sont fermés.