28/04/2018

Fougue / Fugosidad

Jeune Haïtien en Colère

Joven Haitiano en cólera
par Rene Depestre

C'est un temps où les hommes cherchent des fétiches et des mots magiques à accrocher aux malheurs quotidiens : les mots amour espoir et liberté meurent de froid et de chagrin sur toutes les lèvres.
Vient un jeune homme aventureux des îles il répudie le fauve qui traque les mots, en l'an 47 son sang devient fou à force de draguer la vie des mots.
Il congédie tous les mots usés
tous les mots qui ont le cou et les pieds
pris aux pièges à faucons et à vrais cons.
Il garde les mots qui débordent
en tous sens de son âme en danger :
les mots ensorceleurs des matins de voyage
les mots qui portent leur époque à bout de bras
les mots qui lèvent des baraques et des tentes
et des saltimbanques à la foire des mots.
 
Après avoir bouclé leur valise à magie
tout écume sous ma peau noire : tout
tremble, vibre, explose à merveille
dans mon jeu d'homme épris de soleil féminin.
La vie tourbillonne, ivre de la dynamique
solaire des mots,( tout en moi s'élève en flammes qui retombent toujours sur leurs roues.)
Je suis le moyeu de la roue des mots
je tourne autour du dieu païen des consonnes
mon esprit-alphabet brûle de tous ses feux avide de nommer des choses inconnues : arbres, animaux, êtres légendaires en orbite autour de la fée des voyelles !
 
je sens mes veines qui éclatent
dans la violette ébullition des mots !
leur sève tire le français de mes phantasmes :
les mots de
Bossuet emportés par les cent
chevaux à vapeur créoles de mes passions,
la prose à la joyeuse madame
Colette
- dans ses années potagères - tirée
par les bœufs sensuels de ma créolité !
ô fureur panthéiste des mots français porteurs de l'énergie qui met le feu à la géométrie des femmes !
Porteurs fous des roues qui ajoutent des courbes à la rotation du merveilleux féminin ! ô vertige des mots qui se lèvent tôt dans les draps de nos vingt ans !
 
Hapdaphaï
 
Es un tiempo donde los hombres buscan fetiches y palabras mágicas para colgar en las desgracias cotidianas: las palabras amor, esperanza y libertad se mueren de frío y de pena en todas las bocas.
Viene un joven aventurero de las islas, repudia la fiera que acosa a las palabras, en el año 47 su sangre enloquece a fuerza de cortejar la vida de las palabras.
 
Después de haber hecho su maleta de magia
todo bulle bajo mi piel negra: todo
tiembla, vibra, explota a las mil maravillas
en mi juego de hombre prendado del sol femenino.
La vida gira, ebria de la dinámica
solar des las palabras (todo en mi se eleva en llamaradas que siempre recaen sobre sus ruedas)
Soy el buje de la rueda de las palabras
giro alrededor del dios pagano de las consonantes
mi espíritu-alfabeto arde deslumbrante, ávido de nombrar las cosas
desconocidas: árboles, animales, seres legendarios en órbita alrededor del hada de las vocales!
(...)
Despide todas las palabras usadas
todas las palabras que tienen el cuello y los pies
atrapados en trampas para halcones y para bobos.
Guarda las palabras que desbordan,
indómitas, de su alma en peligro:
las palabras hechiceras de mañanas de viaje
las palabras que llevan su época a duras penas
las palabras que levantan barracas y tiendas
y saltimbanquis en la feria de las palabras.
 
Siento estallar mis venas
en la violeta ebullición de las palabras!
Su savia extrae el francés de mis fantasmas,
las palabras de
Bossuet llevadas por los cien
caballos de vapor criollos de mis pasiones,
la prosa alegre de madame
Colette
- en sus años hortelanos- arrastrada
por los bueyes sensuales de mi alma criolla!
Oh furor panteísta des las palabras francesas portadoras de la energía que enciende la geometría de las mujeres!
Porteadores locos de ruedas que añaden curvas a la rotación de la maravilla femenina! Oh vértigo de las palabras que madrugan en las sábanas de nuestros veinte años!
 
 
Traducción al español Colette y MAH
 
Biographie de René Depestre http://ile-en-ile.org/depestre/
 
Illustrations: Hapdaphaï
 

21/04/2018

Avec du safran, la paëlla / Con azafrán , la paella

 

Trop sèches, ou insipides,  ou pâteuses. Chiches en riz. Très onéreuses, voilà des défauts communs des paellas. Ah, ça, c’est tout un art et aucune ne se ressemble !
Demasiado secas, o insípidas, o pastosas. Escasas en arroz. Muy onerosas, ahí son los defectos comunes de las paellas. ¡Ha, es todo un arte y ninguna se parece!
 
                                                                                                 
Un peu d’histoire...La paëlla, mot d’origine latine « patella » puis du vieux français « paele » désignait la poêle plate avec, non un manche mais deux anses que vous connaissez sans doute. De la poêle au plat, voilà la paella moderne (notez que les 2 LL se prononcent Y et non L, comme dans paya, d’accord ?)
Son origine se trouve à Valencia aux XVº et XVIª siècles dans les zones maraîchères et humides (Albufera) où l’on cultive riz et légumes. Un plat complet auquel on ajoutait des morceaux de lapin, canard, des oiseaux, des escargots, enfin ce qu’on avait sous la main en plus des légumes de saison. La paella aux crustacés, dont on ignore si elle est contemporaine de la première, est née…au bord de la Méditerranée, oui !
On cuisait lentement le tout sur un feu de branches d’oranger. Je pourrais vous raconter tant d’autres choses, mais il vous suffira de taper « histoire de la paella »…Mr Google vous dira tout.
Un poco de historia…La paella, palabra de origen latina “patela” luego del francés antiguo “paele” designaba la sartén plana sin mango pero con dos asas que sin duda conocen. De la sartén al plato…
Su origen se encuentra en Valencia en los siglos XV y XVI en las zonas hortenses y húmedas (Albufera) donde se cultiva arroz y verduras. Un plato completo al cual se añadía trozos de conejo, pato, pájaros, caracoles, en fin, lo que se tenía a mano junto con las verduras de temporada. Se ignora si la paella de mariscos data de la misma época pero nació…al borde del Mediterráneo. ¡Sí!
Se cocía lentamente el arroz en un fuego con leña de naranjos. Les podría contar tantas otras cosas sobre este plato, pero les bastará teclear “historia de la paella” y el señor Google les dirá todo.
 
 
 Peinture: Conrado Meseguer
pintura-de-conrado-meseguer.jpg  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Traditionnellement ce sont les hommes qui la préparent, enfin qui la cuisent car les petites mains qui coupent tous les ingrédients à l’avance…c’est comme pour les barbecues, vous voyez ? Mais quand on est nombreux, les dimanches en famille, un repas avec des amis, c’est un repas complet et facile, qui plaît à tous et qui s’adapte à la bourse de chacun : tout dépend des ingrédients qu’on y met.
Mon amie italienne m’a raconté qu’invitée à un dîner chez des voisins allemands, elle a eu du mal à avaler une paella avec du poulpe et des saucisses…à chacun sa recette !
 
Son los hombres los que tradicionalmente la preparan, bueno que la cuecen ya que, al igual que con las barbacoas, son “las pequeñas manos” las que cortan antes todos los ingredientes… ¿ven lo que quiero decir? Pero cuando hay muchos comensales, los domingos en familia, una comida entre amigos, es un plato completo y fácil, que agrada a todos y se adapta al bolsillo de cada cual: todo depende de los ingredientes elegidos.
Mi amiga italiana me contó que, invitada a una cena en casa de unos vecinos alemanes, le costó tragar una paella con pulpo y salchichas… ¡a cada cual su receta!
 
Suite à cela, je me suis demandé si vous aussi vous aviez mangé des paëllas spéciales, si on en trouvait surgelées ou fraîches en Belgique, au Canada, en Suisse ou ailleurs. Peut-être même en préparez-vous ? Racontez-moi.
 
Después de eso me pregunté si ustedes también habían comido paellas especiales, si encontraban ese plato congelado o fresco en Noruega, Canadá, Suiza u otras partes. ¿Tal vez lo preparan ustedes mismos? Cuéntenme.
 

14/04/2018

Idylle / Idilio

 

 




Idylle
À Enrique Durán
Federico GARCÍA LORCA
 
Tu voulais que je te dise
le secret du printemps.
 
Mais je garde le secret
tout autant que le sapin.
 
Arbre dont les mille doigts
indiquent mille chemins.
 
Je ne te dirai jamais, mon amour,
pourquoi, lent, le fleuve coule.
 
Mais je mettrai dans ma voix coupée
le ciel cendré de ton regard.
 
Tourne autour de moi, ma brune!
Et prends soin de mes feuilles.
 
Tourne encore, tourne toujours
jouant à la noria de l’amour.
 
Même si je le voulais, je ne peux te dire,
hélas, le secret du printemps.
 
(Trad:Colette)
 
 
 
 
Idilio de Federico García Lorca

A Enrique Durán

Tú querías que yo te dijera

el secreto de la primavera.
 


Y yo soy para el secreto

lo mismo que es el abeto.
 


Árbol cuyos mil deditos

señalan mil caminitos.
 


Nunca te diré, amor mío,

por qué corre lento el río.
 


Pero pondré en mi voz estancada

el cielo ceniza de tu mirada.
 


¡Dame vueltas, morenita!

Ten cuidado con mis hojitas.
 


Dame más vueltas alrededor,

jugando a la noria del amor.
 


¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

el secreto de la primavera.

07/04/2018

Il y a cinq ans.../ Hace cinco años...

Il y a cinq ans donc, je publiais ce poème et j'y ai pensé en allant revoir la côte nord de l'île qui, à cette époque, avait brûlé. Calcinés les pins, les plantes, un spectacle désolant.
Et cinq ans plus tard... 
Hace cinco años pues, publicaba este poema y volví a pensar en él yendo a ver la costa norte de la isla que, en aquella época,se había quemado. Calcinados los pinos, la plantas, un espectáculo desolador.
Y cinco años más tarde...
 
 
2013   (clic pour agrandir)                                                    2018
                                                 
 

 

 

 
 
 

 

 

 

Des cistes en fleur, partout

 

 

 

 
 
 
 
 (poème déjà publié il y a 5 ans mais vous l'avez peut-être oublié:-)))
 
On dit que les plantes ne parlent pas

Rosalía de Castro 

 

 
On dit que ni les plantes, ni les sources, ni les oiseaux ne parlent,
Non plus la vague et ses grondements, ni les astres et leur brillance,
On le dit, mais c'est faux, car toujours quand je passe,
Ils murmurent et s'exclament:
- Voilà la folle rêvant
De l'éternel printemps de la vie et des champs,
Et déjà bien vite, bien vite, elle aura les cheveux blancs,
Et tremblante, gelée, elle voit que le givre couvre le champ.
 
 
- Il y a des cheveux blancs sur ma tête, et du givre dans les champs,
Mais je continue à rêver, pauvre, incurable somnambule,
À l'éternel printemps de la vie qui s'éteint
Et à la persistante fraîcheur des champs et des âmes,
Bien que les uns se fanent et les autres s'embrasent.
 
 
Astres et sources et fleurs, ne médisez pas de mes rêves,
Sans eux, comment vous admirer et comment vivre sans eux?
 
(Trad: Colette) 

Dicen que no hablan las plantas

Rosalía de Castro



Dicen que no hablan las plantas, ni las fuentes, ni los pájaros,
Ni el onda con sus rumores, ni con su brillo los astros,
Lo dicen, pero no es cierto, pues siempre cuando yo paso,
De mí murmuran y exclaman:
—Ahí va la loca soñando
Con la eterna primavera de la vida y de los campos,
Y ya bien pronto, bien pronto, tendrá los cabellos canos,
Y ve temblando, aterida, que cubre la escarcha el prado.

—Hay canas en mi cabeza, hay en los prados escarcha,
Mas yo prosigo soñando, pobre, incurable sonámbula,
Con la eterna primavera de la vida que se apaga
Y la perenne frescura de los campos y las almas,
Aunque los unos se agostan y aunque las otras se abrasan.

Astros y fuentes y flores, no murmuréis de mis sueños,
Sin ellos, ¿cómo admiraros ni cómo vivir sin ellos?