24/03/2018

Cris et chants dans les oliviers / Gritos y cantos en los olivos

Paysage
F. García Lorca
 
Le champ
d’oliviers
s’ouvre et se ferme
comme un éventail.
Sur l’oliveraie
un ciel effondré
et une pluie sombre
d’étoiles froides.
Tremble le jonc et pénombre
au bord de la rivière.
L’air gris moutonne.
Les oliviers sont
chargés
de cris.
Un vol
d’oiseaux captifs,
qui remuent leurs très longues
queues dans l’obscurité.

 (Poème de la séguidilla gitana dans "Poemas de Cante Jondo")
 

(Trad: Colette)

La suerte de los olivos José Luís García

Paisaje
F, Garcia Lorca
 
El campo
de olivos
se abre y se cierra
como un abanico.
Sobre el olivar
hay un cielo hundido
y una lluvia oscura
de luceros fríos.
Tiembla junco y penumbra
a la orilla del río.
Se riza el aire gris.
Los olivos,
están cargados
de gritos.
Una bandada
de pájaros cautivos,
que mueven sus larguísimas
colas en lo sombrío.
 (Poema de la seguidilla gitana en "Poemas de Cante Jondo")

Ces derniers jours ce ne sont pas des oiseaux mais des enfants qui ont chanté dans notre vieil olivier.
Estos últimos días no son pájaros sino niños que cantaron en nuestro viejo olivo.

Olivo blog.png

Photo Colette, 2018, Puipunyent, Mallorca

Commentaires

Bonjour Colette,

En vous lisant aujourd'hui, vous lisant sur les enfants qui jouent dans les oliviers, j'ai eu l'impression qu'il est tout près, ce printemps, même si la fraîcheur n'a pas encore lâché prise.

C'est bon de sentir ce retour et toutes les lumières, celles des mots et des images, qui vont avec.

Bon week-end!

Écrit par : hommelibre | 24/03/2018

Hola Colette,

Les vers de Lorca, si simples d’apparence, sont trompeurs avec leurs métaphores surréalistes mais tout empreints de lyrisme : l’oliveraie bruissant comme un éventail qui se déplie, le ciel effondré et la pluie d’étoiles froides… A croire que le poète avait déjà assimilé les développements de la Relativité et le diagramme H-R des astrophysiciens du début du siècle… :))

Sur Gallica BNF, on trouve les « Poèmes du chant profond », dits par Germaine Montero, soutenue par des accords de guitare flamenca. Une grande interprète du théâtre de Lorca, qu’elle a fait connaître dans la France d’après-guerre, à l’époque de Vilar et du TNP des premiers festivals d’Avignon. « Votre » poème se trouve sur la plage 2, dans une traduction évidemment différente. Quels qu’en soient la qualité et les mérites de l’interprète, cela ne vaut pas la prosodie de la langue originale, estamos de acuerdo. Pour ceux que cela intéresse :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8811261h

L’olivier est un don de la nature ou des dieux, à chacun ses convictions, qui l’ont généreusement confié aux peuples de la Méditerranée. Sa symbolique est toujours positive : force, victoire, fidélité, paix, abondance, prospérité, longévité… et j’en oublie. Athéna l’a donné à sa ville pour la récompenser de l’avoir choisie comme protectrice et, dans la Genèse, le Dieu vengeur de la Bible en a confié un rameau à la colombe pour signifier la décrue, le pardon, au skipper de l’Arche.

Celui de votre jardin, qui apparemment sert de terrain de jeux pour les enfants, s’impose en sa magnificence : plusieurs fois centenaire assurément à voir son tour de taille, millénaire même, porteur et témoin de tant d’histoires et de vies… Pourtant, il n’est encore qu’un jeune adulte si on le compare au patriarche que j’ai eu le bonheur de croiser lors d’un trek en Crète orientale, il y deux ans, à Kavousi au-dessus de Mochlos… Cet ancêtre-là serait âgé de plus de 3000 ans, selon les estimations. Il en est d’autres aussi anciens en Andalousie, dans les Pouilles, dans le Sud de la France, souvent en mode survie, menacés par l’activité humaine, la pollution et les parasites opportunistes.

Van Gogh est le peintre qui les a le mieux représenté, en de nombreuses occasions, sous différentes lumières, à différentes heures du jour. Son âme tourmentée devait se retrouver dans les troncs noueux et les branches torsadées de cet alter ego végétal, comme lui meurtri par les affres de la vie et du temps… On trouve également de magnifiques oliviers chez Corot, dans ses paysages italiens, Monet, Cézanne dans sa période provençale, Braque lorsqu’il séjourne dans le Midi et un des fils Pissarro, avant qu’oliviers et oliveraies ne deviennent un des must des paysagistes modernes.

Curieusement, pour les grands maîtres du passé, qui ont souvent traité le thème du Christ au Mont des Oliviers, l’arbre, quand il est présent, n’est le plus souvent qu’un élément du décor, en arrière-fond, discret, stylisé et peu ressemblant… On peut encore le concevoir pour les peintres du Nord de l’Europe (même s’ils avaient souvent fait le voyage en Italie), mais pour les « locaux », Raphael ou Le Caravage (pas d’olivier du tout !) pour ne citer qu’eux, on dirait qu’ils n’en ont jamais vu un spécimen. Vrai que pour eux, seul importait le personnage central, le Christ solitaire perdu dans sa méditation, et pas l’arbre…

Bonne récolte si votre pépère est encore fructifère.

Hasta la proxima.

http://crete.decouverte.free.fr/Crete-arbres-olivier-Kavousi.html
.

Écrit par : Gislebert | 24/03/2018

@ Homme Libre, la lumière sur les feuilles d'olivier reflète leurs tons gris-verts-argentés, une merveille à observer. Dans le poème le ciel est gris, comme aujourd'hui ici, mais les gouttes de pluie font luire les feuilles, c'est beau aussi.

Je vous souhaite un joli printemps genevois, bonne semaine!

Écrit par : Colette | 24/03/2018

@Gislebert, un tout grand merci!
Les plis et replis des troncs d'olivier recèlent tant d'histoires, de secrets... l'imagination s'envole en les regardant de près.

J'ai écouté les poèmes du chant profond, intéressant; si certains poèmes sont lus avec, je trouve, trop d'emphase et/ou pathos, d'autres sont superbes.

Bonne soirée, y buen domingo.

Écrit par : Colette | 24/03/2018

Emphase ? pathos ? A notre goût d'aujourd'hui p't'être ben qu'oui...
En fait, c’est la déclamation de l’époque qui est en cause. Si l’on écoute d’anciens enregistrements de Maria Casarès ou d'autres gloires du théâtre d'alors, on sourit aussi…

Mais au moins cette articulation permet de comprendre le texte, ce qui n’est vraiment plus le cas avec les acteurs,les comédiens et les chanteurs actuels qui ont oublié leur diction dans les coulisses… Même à la téloche, quand il m'arrive de zyeuter une fiction made in France, je dois tendre l'oreille.... Non, cher Géo, je devance votre vacherie, mon acuité auditive est bonne, suis pas encore dur de la feuille… :))

Écrit par : Gislebert | 25/03/2018

@Gilbert, ah ça oui, on comprend bien tous les mots, la déclamation est parfaite. Le ton, par exemple dans El paso de Suiguirilla est, oui, d'un autre temps...comme quand on réécoute certains politiques de l’époque de de Gaulle par exemple.

Pour certains films et séries actuels, vous avez raison. Je ne sais si les producteurs ou directeurs de films ne mettent pas les prises de son là où il faut, mais des mots, des bouts de phrase sont intelligibles, même en mettant le son "fond la caisse", j'ai essayé. Et abandonné.

Bon dimanche, encore extrêmement mouillé ici.

Écrit par : Colette | 25/03/2018

A propos des oliviers il arrivait que manquant de croix au Golgotha on crucifiât sur des oliviers

La beauté du poème que vous nous présentez, Colette, le chant d'un langage serait également, abordé sur ce plan, comme la prière de quelques oliviers pour un pardon avec... retour de lumières et d'enfants

beauté bonté profondeur prière silence espace écoute un léger souffle pardon

Écrit par : Myriam Belakovsky | 25/03/2018

Pour rester sur le même thème, un poème qu’une amie m’a fait parvenir. Je retranscris ses mots :
« Je t’envoie un peu de Machado qui, lui aussi, a parlé comme personne des oliviers de Castille.»

Los olivos grises
Los caminos blancos
El sol ha sorbido
La color del campo ;
Y hasta tu recuerdo
Me lo va sacando
Esta alma de polvo
De los dias malos.

Los dias malos…. On connaît tous cela.

Écrit par : Gislebert | 25/03/2018

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