• Un soubresaut de gratitude / Un sobresalto de gratitud

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     Quand nous sommes arrivés elle était recroquevillée, minuscule, dans un coin de sa chaise roulante. 

    Ensuite elle a souri.
    Février, hiver. 
     
    C’est l’isolement des vieilles gens accru par le froid qui m’a fait choisir cet extrait du roman « Pleine lune » d’Antonio Muñoz Molina, un grand roman. (si vous ne l'avez pas lu, cliquez sur le lien vous en saurez plus).
     
     
    Es el aislamiento de los mayores, aumentado por el frío, que me ha hecho elegir ese pasaje de la novela “Plenilunio” de Antonio Muñoz Molina, una gran novela.
     
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    « Il passait trop de temps seul, s’imprégnant lentement d’oubli et de vieillesse à laquelle il ne croyait pas et il n'y faisait au fond pas fort attention, de la même façon qu’il ne s'arrêtait pas à penser à la fadeur des aliments sans sel, au froid du carrelage de sa chambre, à la laideur et mauvaise odeur de la bonbonne de gaz qui le réchauffait, contemporaine du vase bleu électrique et des fauteuils et du canapé tapissés de plastique vert. Il laissait de côté ses tracas et ne se plaignait pas de sa solitude, mais quand il reconnut le visiteur qui se tenait face à lui, dans la maigre lumière du hall d’entrée, silencieux, malhabile, sans encore dire son nom, il eut une effusion impudique de jovialité, un soubresaut de gratitude qui lui humidifia les yeux et éveilla les émotions les plus cachées de son âme, tendresse antique et nostalgie sans motif, remords plus beau et plus ferme que les souvenirs déjà en partie effacés qui le provoquaient. »
    (Trad. Colette, je ne possède pas la version en français) 
     
     
    https://i2.wp.com/www.lechangeoirdecriture.fr/wp-content/uploads/2016/11/Pleine-Lune.png

     


     
    Pasaba solo demasiado tiempo, contaminándose despacio de postergación y vejez a la que no daba crédito y a la que en el fondo no se fijaba mucho, igual que no se paraba a considerar el tedio de los alimentos sin sal, el frío de las baldosas de su cuarto, la fealdad y el mal olor de la bombona de butano con la que se calentaba, contemporánea del jarrón azul eléctrico y de los sillones y el sofá tapizados de plástico verde. No hacía caso de su pesadumbre ni se quejaba de su soledad, pero cuando reconoció al visitante que permanecía frente a él, en la luz escasa del recibidor, callado, inhábil, aún sin decir su nombre, tuvo una efusión impúdica de jovialidad, un sobresalto de gratitud que le humedeció los ojos y le despertó las emociones más escondidas de su alma, ternura antigua y nostalgia sin motivo, remordimiento más precioso y más firme que los recuerdos ya en parte borrados que lo provocaban.”
     
     
  • La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

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    Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

    Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
    Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
    Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
    Deux bijoux.
     
    En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
    Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
    Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
    La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
    Dos joyas.

    Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar




    Je suis
    Bleu de roi
    Et noir de suie.
     
    Je suis le grand Maure
    (Rival   de    Petrouchka).
    La nuit me sert  de   troïka;
    J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.
     
    Presque aussi vaste que les ténèbres,
    Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
    Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.
     
    Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
    Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
     
    Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.
     
     
     
    Petrouchka, source Wiki
     
     
     
     
    Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




    Soy
    El rey
    Azul voy
    Negra mi ley
     
    Yo soy el gran Moro
    (Rival de Petrouchka)
    La   noche  fue  mi troica
    Y  el  sol  mi  balón  de   oro.
     
    De   las   tinieblas,   el   rellano;
    Del    aire    respirante,   el    rocío;
    Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.
     
    Soy muy resignado porque soy muy sabio.
    No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
    Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
     
    Versión de Silvia Barón-Supervielle
  • Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

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    La balade de l’eau de mer

     

    F. Garcia Lorca

    À Emilio Prados
    (chasseur de nuages)

     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     
    Que vends-tu, ô fille trouble
    les seins à l’air?
     
    Je vends, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Qu’as-tu, ô jeune noir
    dans ton sang mêlé?
     
    J’ai, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Ces larmes salées
    d’où viennent-elles, mère?
     
    Je pleure, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Cœur, et cette amertume
    grave, où naît-elle?
     
    Fort amère
    est l’eau des mers!
     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     

     
    (Trad:Colette)
     
     (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
     
    Dessin signé F. Garcia Lorca
     
    La balada del agua del mar
     
    F. Garcia Lorca
     
    A Emilio Prados
    (cazador de nubes)
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
     
    ¿Qué vendes, oh joven turbia
    con los senos al aire?
     
    Vendo, señor, el agua
    de los mares.
     
    ¿Qué llevas, oh negro joven,
    mezclado con tu sangre?
     
    Llevo, señor, el agua
    de los mares.
     
    Esas lágrimas salobres
    ¿de dónde vienen, madre?
     
    Lloro, señor, el agua
    de los mares.
     
    Corazón, y esta amargura
    seria, ¿de dónde nace?
     
    ¡Amarga mucho el agua
    de los mares!
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
  • Vaillante Alfonsina II / Valiente Alfonsina II

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     (Suite du billet précédent)
     
    Sa vie est plus que remplie ces années-là : elle publie de la poésie, dicte des conférences et est professeur dans une école publique, dans une académie de musique et donne des cours du soir...elle est heureuse. Mais vers les années '20 cet excès de travail la mène à un épuisement physique et émotionnel, on dirait burn out de nos jour...repos total à la Mar de Plata. Mais bien vite Alfonsina a besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son fils et elle reprend son rythme. 
    Trop vite.
     
    Su vida esta más que ocupada durante esos años : publica poesía, da conferencias, es profesora en una escuela publica, también en una academia de música e imparte cursos nocturnos… es feliz. Pero hacia los años '20 este exceso de trabajo la lleva a un agotamiento físico y emocional (ahora diríamos burn out) acaba en una cura de reposo total en el Mar de Plata. Sin embargo, Alfonsina, pronto necesitará dinero para cubrir las necesidades de su hijo y retomará su ritmo. Demasiado pronto.
     
    Alfonsina, Mar de Plata
     
     
    Vers la fin des années vingt, et malgré ses crises nerveuses, c’est une femme qui a acquis une renommée dans un milieu masculin, qui siège avec de grands noms de la vie intellectuelle, dont HoracioQuiroga avec qui elle a eu une relation intime.
    A finales de los años veinte, y a pesar de sus crisis nerviosas, es una mujer que ha adquirido notoriedad en un medio eminentemente masculino, que tiene su sitio entre los grandes nombres de la vida intelectual como el de Horacio Quiroga con el que tuvo una relación intima.
     
    Si jusque là sa poésie avait une forme très traditionnelle, dans “Ocre” publié en 1925 (elle a 33 ans) ses vers deviennent plus introspectifs, ses autoportraits plus ironiques, elle ose même élaborer une théorie sexuelle dans une trilogie.
    Elle a maintenant découvert que la cause de ses douleurs n’est pas les hommes mais elle-même . Que ces derniers ne peuvent que lui apporter des amours éphémères mais, comme elle vit les meilleurs moments de sa vie, cela ne la préoccupe pas. Tout comme la laissent indifférente certains critiques qui la traitent d’immorale.
    Si hasta ahora su poesía tenia una forma bastante tradicional, en « Ocre » a partir de 1925 (tiene 33 años) sus poemas se vuelven más introspectivos, sus autorretratos más irónicos, osa, incluso, elaborar una teoría sexual. Ha descubierto que la causa de sus dolores no son los hombres sino ella misma. Que estos últimos tan solo pueden aportarla amores efímeros. Pero ni eso, ni cierta criticas que la tratan de inmoral, la preocupan.
     
     
     
    Mais, vous l’attendiez, les choses commencent à se gâter. D’abord par la représentation d’une pièce de théâtre qu’elle a écrite, sa première, où ses idées féministes sont interprétées comme des accusations contre les hommes, et qui est suspendue après trois représentations. Elle en est très peinée et indignée.
    Ensuite les Ultraïstes, ce nouveau mouvement poétique argentin, lancent des critiques acerbes sur ses vers intimistes.
    Elle décide alors de voyager, connaît la “Génération de ‘27”, va à Paris et en rentrant son style change; elle se libère de la forme, et adopte une façon plus visuelle de représenter les émotions, une vision du monde instable et précaire, des images qui nous arrivent “chargées de violence et tensions; l’angoisse métaphysique est l’épine dorsale de ses poèmes”.*
    Pero, ustedes lo esperaban, las cosas empiezan a estropearse. Primero por la representación de su primera obra de teatro en la que sus ideas feministas son interpretadas como acusaciones contra los hombres y que es suspendida después de tres representaciones. Esto la deja apenada e indignada.
    Después por las acerbas criticas sobre sus versos intimistas que lanzan los Ultraístas, un nuevo movimiento poético argentino.
    Decide viajar, conoce la « Generación del 27 », visita París y otras ciudades europeas y a la vuelta su estilo cambia; se libera de la forma y adopta una manera mas visual de representar las emociones, una visión del mundo inestable y precaria; imágenes que nos llegan « cargadas de violencia y tensión ; la angustia metafísica es la espina dorsal de sus poemas ».*
     
     
    À Paris
     
    Quatre ans plus tard elle publie “Mascarilla y trébol” où dominent les images sombres, parfois grotesques: c’est le moment où on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle vit affreusement mal la mutilation et durant les deux années suivantes, son état empirant, elle voit clairement venir la mort.
    À ce moment-là également, Alfonsina qui est découragée et souffre énormément,  reçoit la nouvelle que son très cher ami Horacio Quiroga, ainsi que sa fille Eglé qu’Alfonsina aimait beaucoup, se sont suicidés.
    Nous savons, par un poème dédié à Quiroga, qu’elle admirait la décision courageuse de l’écrivain ; suicide décidé, libre. 

     
    Cuatro años más tarde publica « Mascarilla y trébol »libro en el que dominan imágenes sombrías, grotescas algunas veces : es el momento en que ha sido diagnosticada de cáncer de pecho. Vive muy mal esta mutilación y su estado, que no hace más que empeorar, la lleva a ver claramente venir la muerte. Al mismo tiempo recibe la noticia de que Su gran amigo Horacio Quiroga y su hija se han suicidado. Sabemos, por un poema dedicado a Quiroga que ella admiraba la decisión del escritor : suicidio decidido, libre.
     
     
    Monument Afonsina Storni, Mar de Plata
     
     
    Elle part à La Mar de Plata, pour se reposer dit-elle.
    Mais...
    Par une nuit par une nuit pluvieuse, un nuit de douleurs intenses,  et après avoir écrit une lettre à son fils, elle se jette dans le mer. Octobre 1938.

     
    Nous avons, une sorte de testament, ce poème (que l’écrivain Felix Luna a repris pour en faire cette chanson, si connue de tous je crois “Alfonsina y el mar". La musique est du pianiste Argentin Ariel Ramirez).
    Se va al Mar de Plata para descansar, dice ella.
    Pero…
    Una noche lluviosa, una noche de dolores intensos y después de haber escrito una carta a su hijo, se tira al mar. Octubre 1938.
    Tenemos una especie de testamento, este poema. (El escritor Felix Luna se ha servido de el para hacer la tan conocida canción « Alfonsina y el mar » La música es del pianista argentino Ariel Ramirez).
     
     
    Voici d’abord le poème :
    Primero el poema :
     
    Je vais dormir , 1938(traduction Egon Kragel)
     
    Dents de fleurs, coiffe de rosée,
    mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
    prépare les draps de terre
    et l’édredon sarclé de mousse.
    Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
    Pose une lampe à mon chevet;
    une constellation, celle qui te plaît;
    elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
    Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
    un pied céleste te berce de tout là-haut
    et un oiseau esquisse quelques voltes
    pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
    s’il venait à me téléphoner
    dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

    Voy a dormir (1938)
     
    Dientes de flores, cofia de rocío,
    manos de hierbas, tú, nodriza fina,
    tenme prestas las sábanas terrosas
    y el edredón de musgos escardados.

    Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
    Ponme una lámpara a la cabecera;
    una constelación; la que te guste;
    todas son buenas; bájala un poquito.

    Déjame sola: oyes romper los brotes...
    te acuna un pie celeste desde arriba
    y un pájaro te traza unos compases

    para que olvides... Gracias. Ah, un encargo:
    si él llama nuevamente por teléfono
    le dices que no insista, que he salido...
     
     
    Et voici, je vous ai traduit les paroles de la chanson. J’ai choisi comme interprètes d’abord celle qui la première fois l’a enregistrée, Mercedes Sosa en 1969, puis une autre version, plus rythmée, qui m’a profondément émue. Les voilà.
    Alfonsina et la mer
     
    Sur le sable mou que lèche la mer
    Sa petite empreinte ne revient pas
    Un sentier unique de peine et silence arriva
    À l’eau profonde
    Un sentier unique de peines muettes arriva
    À l’écume.
     

    Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
    Quelles anciennes douleurs tu as cachées
    Pour t’allonger bercée par le chant
    Des caracolas (conques) marines
    La chanson que chante dans l’obscur fond de la mer
    La caracola (conque)



    Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
    Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher?
    Une voix antique de vent et de sel
    Te flatte l’âme et l’emmène
    Et tu t’en vas, comme en rêve,
    Endormie, Alfonsina, vêtue de mer



    Cinq petites sirènes t’emporteront
    Par des chemins d’algues et de corail
    Et des hippocampes fluorescents feront
    Une ronde à tes côtés
    Et les habitants de l’eau vont bientôt
    Jouer à tes côtés



    Baisse un peu la lampe
    Laisse-moi dormir, ma nourrice, en paix
    Et s’il appelle ne lui dis pas que j’y suis
    Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
    Et s’il appelle ne lui dis jamais que j’y suis
    Dis que je suis partie
    (Trad : Colette)