24/02/2018

Un soubresaut de gratitude / Un sobresalto de gratitud

 Quand nous sommes arrivés elle était recroquevillée, minuscule, dans un coin de sa chaise roulante. 

Ensuite elle a souri.
Février, hiver. 
 
C’est l’isolement des vieilles gens accru par le froid qui m’a fait choisir cet extrait du roman « Pleine lune » d’Antonio Muñoz Molina, un grand roman. (si vous ne l'avez pas lu, cliquez sur le lien vous en saurez plus).
 
 
Es el aislamiento de los mayores, aumentado por el frío, que me ha hecho elegir ese pasaje de la novela “Plenilunio” de Antonio Muñoz Molina, una gran novela.
 
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« Il passait trop de temps seul, s’imprégnant lentement d’oubli et de vieillesse à laquelle il ne croyait pas et il n'y faisait au fond pas fort attention, de la même façon qu’il ne s'arrêtait pas à penser à la fadeur des aliments sans sel, au froid du carrelage de sa chambre, à la laideur et mauvaise odeur de la bonbonne de gaz qui le réchauffait, contemporaine du vase bleu électrique et des fauteuils et du canapé tapissés de plastique vert. Il laissait de côté ses tracas et ne se plaignait pas de sa solitude, mais quand il reconnut le visiteur qui se tenait face à lui, dans la maigre lumière du hall d’entrée, silencieux, malhabile, sans encore dire son nom, il eut une effusion impudique de jovialité, un soubresaut de gratitude qui lui humidifia les yeux et éveilla les émotions les plus cachées de son âme, tendresse antique et nostalgie sans motif, remords plus beau et plus ferme que les souvenirs déjà en partie effacés qui le provoquaient. »
(Trad. Colette, je ne possède pas la version en français) 
 
 
https://i2.wp.com/www.lechangeoirdecriture.fr/wp-content/uploads/2016/11/Pleine-Lune.png

 


 
Pasaba solo demasiado tiempo, contaminándose despacio de postergación y vejez a la que no daba crédito y a la que en el fondo no se fijaba mucho, igual que no se paraba a considerar el tedio de los alimentos sin sal, el frío de las baldosas de su cuarto, la fealdad y el mal olor de la bombona de butano con la que se calentaba, contemporánea del jarrón azul eléctrico y de los sillones y el sofá tapizados de plástico verde. No hacía caso de su pesadumbre ni se quejaba de su soledad, pero cuando reconoció al visitante que permanecía frente a él, en la luz escasa del recibidor, callado, inhábil, aún sin decir su nombre, tuvo una efusión impúdica de jovialidad, un sobresalto de gratitud que le humedeció los ojos y le despertó las emociones más escondidas de su alma, ternura antigua y nostalgia sin motivo, remordimiento más precioso y más firme que los recuerdos ya en parte borrados que lo provocaban.”
 
 

Commentaires

Quelle force, dans ce roman et que d’humanité non édulcorée!

L’article que vous citez de « L’Express » en rend compte de manière élogieuse et fine, merci de cette référence, Colette.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 24/02/2018

@ Hélène, A, Muñoz Molina est un tout grand écrivain contemporain. Son intérêt pour l'humain et son talent (travail aussi bien sûr) en font pour moi quelqu'un d'incontournable. (je vois que beaucoup de ses livres sont traduits en français).
Bon week-end!

Écrit par : Colette | 24/02/2018

Bonjour Colette,

Le texte de Molina me rappelle le sourire de mon père, presque centenaire, lorsqu’il me reconnaissait, sans vraiment me situer exactement, lors de mes visites dans son mouroir ripoliné et aseptisé – rien à voir avec celui décrit par l’écrivain, mais mouroir quand même, faut bien appeler les choses par leur nom -, entouré comme un pacha de mamies plus ou moins vaillantes, plutôt moins que plus à dire vrai.
Certaines guettaient un regard ou un sourire, semblant attendre un mot, une parole, un geste d'amitié (l'oasis du poème qui suit), d’autres perdues et réfugiées dans leur bulle, ailleurs… En bruit de fond, un poste de télévision allumé pour personne On cite toujours des vieillards prodigieux, comme pour se rassurer, Fontenelle, Hans Erni, Lévi-Strauss, Verdi, Hugo, Jacqueline de Romilly, Marguerite Yourcenar, Alexandra David-Neel, Ella Maillard. Ces perles rares, faut bien le reconnaître, représentent des exceptions qu’on ne trouve jamais pensionnaires dans ces antichambres, en attente de la dernière culbute…

Pour finir sur une note un peu plus souriante, j’ai retrouvé ces vers de Kamal Zerdoumi, rappelez-vous, le poète qui ne veut pas l’être et dont je vous ai déjà parlé dans un billet précédent. Ah, la belle image que « l’aridité de l’âge… qui ne tarit pas les larmes »…

Amis
Sans se consumer
se posent nos mains
sur l’épaule du Temps
Se lèvent sur son visage
le jour
les souvenirs
essaim de papillons
Malgré les rides importunes
avec nos rires d’antan
pour tout bagage
dans la mémoire rebelle
l’on voyage
Nos voix aussi
sont les mêmes
L’aridité de l’âge
ne les a pas taries
Elles coulent toujours
dans cette oasis de l’amitié
où vieillir est un mirage

Grand soleil parisien, mais frisquet.

Bonne semaine.

Écrit par : Gislebert | 24/02/2018

@ Gislebert, merci pour vos mots, à la fois récit personnel et universel. La dame dont je parle au début est une vieille, très vieille amie qui ne sort de sa bulle que pour pleurer, parfois un sourire et "vous reviendrez"?

Ce poème, (oui, je me souviens du poète) "les souvenirs, essaim de papillons", les images sont belles et légères, contrepoids des dégâts de l'âge.

Bon dimanche, temps gris et froid ici.

Écrit par : Colette | 25/02/2018

@ Géo, votre commentaire, à caractère personnel et offensif (tout ça pour un accent aigu oublié par un commentateur) ne sera pas publié suivant les normes établies par la TDG ("Merci de respecter les règles fixées par la Tribune de Genève qui nous héberge: soyez courtois, concis et pertinent!").

Écrit par : Colette | 25/02/2018

L'âge et son aridité?
La saison du printemps ne concernerait-elle pas ou plus les personnes âgées?

Parler au passé ou... concevoir la vie présente comme une étape dans l'Evolution en attendant la suivante avec, s'il le fallait, quelqu'une pour aider à larguer les amarres de cette nouvelle future et nouvelle étape qui nous attend "tous"?
Non sans chercher à repérer d'ors et déjà les signes de la nouvelle "feuille de route" ou mission (travail) qui nous attend!?

La fin de vie des aînés en institution comme EMS mérite d'être améliorée soit infiniment moins médicalisée... loisirs et veillées avec contacts affectifs tels que sorties et/ou rencontres avec d'autres

en évitant le parental "faire son devoir" auprès des parents âgés en lieu et place d'affection, d'intérêt, d'échanges ou contacts... y compris en faisant un discret effort.

En revenir à la version pension de famille avec jeunes et vieux, enfants... apprenant la vie sociétale ainsi que le respect et le soin dus aux aînés (en aucun cas "charité")

que, tous, à longue vie... "aînés"... deviendrons.

Bon dimanche... jusqu'à lundi.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 25/02/2018

Myriam a raison de mentionner le brassage de la vie sociétale entre jeunes et aînés...Ai vu des Ems qui favorisent les visites d'enfants auprès de leurs pensionnaires. L'idée est belle, si certains, spécialement les mamies, apprécient cette compagnie, tous ne raffolent pas forcément de la vivacité et des cris de bambins. Ne pas oublier que pour beaucoup, la grand âge entraîne un repli sur soi et une belle indifférence au monde extérieur. Certains en sont frappés plus tôt que d'autres...


PS si un intervenant sourcilleux, à ce que j'ai pu comprendre, s'est trouvé choqué par le manque d'accent sur le patronyme de l'époux d'Alexandra David, qu'il consulte les premières lignes du lien suivant, sans vouloir ergoter.

https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9el

Écrit par : Gislebert | 25/02/2018

"(tout ça pour un accent aigu oublié par un commentateur)" Vous vous trompez. Cela va beaucoup plus loin que ça. Cette dame a un nom et le transformer a un prix. Celui que C.Hagège dénonce dans le livre que je vous ai indiqué !

Écrit par : Géo | 25/02/2018

Colette,

Que de calomnies eussent été évitées si les personnes concernées, à commencer par certain auteur de blog, avaient, vous l'écrivez, bien voulu respecter les normes établies par la TDG.

Cependant juste pour une virgule quelle différence:

Jésus au bon larron, comme nous lisons, "En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi au paradis

or, à Marie-Madeleine, trois jours après la passion, le même précise qu'il n'est pas retourné auprès du Père, donc, au paradis. Changeons la virgule de place:

En vérité, je te le dis aujourd'hui, tu seras avec moi au paradis

il n'est plus précisé quand!!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 25/02/2018

@ Myriam, merci pour cette précision "virgulesque".

Bonne semaine.

Écrit par : Colette | 25/02/2018

Franchement Colette, je croyais les Espagnols plus gais et heureux.....!

Enfin une note "plus souriante" de Gislbert pour ces vers de Kamal Zerdoumi qui dépeint le seuil d'une vieillesse plus joyeuse et plus heureuse à franchir!

Écrit par : Patoucha | 25/02/2018

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