17/02/2018

La poupée russe de M. Yourcenar / La muñeca rusa de M. Yourcenar

Dans une interview, je ne sais plus laquelle, Marguerite Yourcenar disait qu’on met plus de soi dans la poésie que dans les romans.

Je veux penser qu’elle était d’humeur légère et ludique quand elle a écrit ce calligramme, s’inspirant d’ Apollinaire, vers 1932.
Petrouchka est l’équivalent russe de notre Polichinelle.
Si vous suivez ce blog depuis un temps, vous savez qui est Silvia Barón Supervielle, c’est elle qui a traduit, tâche extrêmement compliquée, (mais elle a également traduit Borgès!), ce poème en espagnol.
Deux bijoux.
 
En una entrevista, no me acuerdo cual, Marguerite Yourcenar decía que en la poesía uno pone más de si mismo que en las novelas.
Quiero creer que estaba de humor ligero y lúdico cuando escribió este caligrama, inspirado de Apollinaire, en los años ‘30
Petroushka es el equivalente ruso de nuestro Polichinelle (Polichinela).
La traducción al español, tan complicada (pero ella tradujo a Borges!) es de Silvia Barón Supervielle.
Dos joyas.

Poème pour une poupée achetée dans un bazar russe M. Yourcenar




Je suis
Bleu de roi
Et noir de suie.
 
Je suis le grand Maure
(Rival   de    Petrouchka).
La nuit me sert  de   troïka;
J’ai  le   soleil pour  ballon  d’or.
 
Presque aussi vaste que les ténèbres,
Mais    tout    aussi    fragile    qu’un    vivant,
Le moindre souffle émeut mon corps sans vertèbres.
 
Je    suis    très    résigné,    car   je   suis   très    savant :
Ne   raillez   pas    mon   teint   noir,  ni  mes  lèvres béantes,
 
Je  suis,  comme  vous,   un   pantin   entre  des   mains   géantes.
 
 
 
Petrouchka, source Wiki
 
 
 
 
Poema para una muñeca comprada en un bazar ruso.




Soy
El rey
Azul voy
Negra mi ley
 
Yo soy el gran Moro
(Rival de Petrouchka)
La   noche  fue  mi troica
Y  el  sol  mi  balón  de   oro.
 
De   las   tinieblas,   el   rellano;
Del    aire    respirante,   el    rocío;
Un  soplo  oscila  en  mi cuerpo vacío.
 
Soy muy resignado porque soy muy sabio.
No desdeñen mi tez negra o mi abierto labio:
Soy como ustedes un juguete en la enorme mano.
 
Versión de Silvia Barón-Supervielle

Commentaires

Complètement HS, glané à la lecture de la bio de J. Savigneau consacrée à Marguerite, le dernier des « Sept poèmes pour une morte », facture classique (alexandrins, rimes...), une merveille empreinte d’humanisme, de pudeur et d'intelligence, le « réenchantement » du souvenir. Lire aussi les entretiens avec Matthieu Galey "Les yeux ouverts" et puis surtout les chefs d'oeuvre (Hadrien et l'Oeuvre au Noir) pour ceux que l'écrivain intéresse et qui le découvrent.

VII. VOUS NE SAUREZ JAMAIS

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

De Paris, aujourd’hui ensoleillé.

Écrit par : Gislebert | 18/02/2018

@Gislebert, magnifique poème, merci! Quant à le traduire en espagnol, je ne m'y lancerai pas;-)

Bon dimanche au soleil!

Écrit par : Colette | 18/02/2018

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