20/01/2018

Monsieur le beau / Señor guapo

LE CANARD ET LE SERPENT 
 
Tomás de Iriarte (Tenerife 1750- Madrid 1791), fabuliste.
 
Au bord d’un étang
disait un canard:
À quel animal donna le ciel
les dons qu’il m’a donnés?
Je suis d’eau, de terre et d’air.
Quand de marcher je me fatigue
si j’en ai envie, je vole,
si j’en ai envie, je nage.”
Un serpent futé,
qui l’écoutait,
d’un sifflement l’appela
et lui dit: “Monsieur le beau,
il ne faut pas tant vous vanter;
Car vous ne marchez comme un daim,
ni ne volez comme le faucon
ni ne nagez comme le barbeau.
Et sachez ainsi
que l’important et rare
n’est pas savoir de tout
mais d’être adroit en quelque chose.”
 
Il vaut mieux bien savoir une chose, que beaucoup, mal.
(Trad:Colette)
 
*Voir note sous le billet
 
 
 


 
 
El pato y la serpiente           Tomas de Iriarte
 
A orillas de un estanque
diciendo estaba un pato:
«¿A qué animal dio el cielo
los dones que me ha dado?
Soy de agua, tierra y aire.
Cuando de andar me canso,
si se me antoja, vuelo,
si se me antoja, nado.»
Una serpiente astuta,
que le estaba escuchando,
le llamó con un silbo,
y le dijo: «Seor guapo,
no hay que echar tantas plantas;
pues ni anda como el gamo,
ni vuela como el sacre,
ni nada como el barbo.
Y así tenga sabido
que lo importante y raro
no es entender de todo,
sino ser diestro en algo.»
 
Más vale saber una cosa bien, que muchas mal. 
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Note: il est fort intéressant de découvrir qu'un fabuliste français, de moi totalement inconnu, Don Juan Laurencin,  né le 17 janvier 1733, et mort le 21 janvier 1812 a écrit la même fable (les fabulistes, depuis Ésope, se sont tous copiés, c'est connu)

Sur le bord d’un étang, très-content de lui-même,
S’écrioit un Canard d’une arrogance extrême :
Dans toute la nature est-il un animal
Qu’on puisse m’égaler? non , je n’ai point d’égal.
Seul j’ai reçu tous les dons en partage ;
Je possède mille attributs divers;
Je marche et fends les airs,
Et puis, quand il me plait, je nage….
Il eût continué ; mais un rusé Serpent,
Ennuyé de sa gasconnade,
S’approchant, lui dit : camarade,
Tout beau; ne vous vantez pas tant.
Le Daim court mieux que vous ; le Rouget, à la nage,
Auroit aussi sur vous de l’avantage ;
Et quant à voler, le Faucon
Pourroit bien vous donner leçon.
Ainsi sachez, soit dit sans vous déplaire,
Vous , qui vous croyez sans égal,
Qu’il vaut beaucoup mieux savoir faire
Bien une chose , que cent mal.
« Le Canard et le Serpent »
Ceux qui donnent les meilleurs avis ne sont pas toujours les plus sages. J’aurois dû profiter moi – même de la leçon du Serpent.

 

 
 

Commentaires

Bonjour Colette,

Plutôt sympathique ce canard, même s’il est vantard et sûrement jobard…Sûr qu’iI va prendre ce que lui raconte le serpent pour argent comptant. Mais un canard heureux de son sort, c’est tellement rare de nos jours, allez le demander aux palmipèdes qu’on élève ou qu’on tire en gibier d’eau, vous verrez… Le reptile agacé persifle d’or évidemment, jaloux de se trouver confiné parmi les rampants… Fichue alternative que délivre la fable : vaut-il mieux être un amateur relativement éclairé, un peu touche-à-tout et parfois maladroit ou un pro très pointu, hypercompétent, mais forcément borné en son domaine ?

Cela rappelle, dans le même esprit, la version gentiment vacharde qui avait cours naguère entre les chers confrères : le généraliste ne sait rien sur tout, le spécialiste tout sur rien. Maintenant que la médecine générale est devenue elle-même une spécialité, la vanne tombe un peu à plat… Encore qu’à entendre les doléances des plus jeunes, qui se plaignent de n’être souvent que des prescripteurs d’arrêts maladie, on peut se demander en l’occurrence si valorisation il y a eu…

De fait, nul ne sait le tout de rien et vice-versa… Sans tomber dans les aphorismes à la Pierre Dac, on a appris que vouloir embrasser tout le savoir humain est une chimère. Sauf pour quelques intervenants des blogs de la TdG, des privilégiés qui tiennent la gageure…

Blague à part, pour en revenir à notre zoo, vaut-il mieux être canard ou serpent ? En médecine, ma sympathie va plutôt pour le rôle souvent ingrat du généraliste, de l’omnipraticien aiguilleur de bon sens : il écoute, oriente, doit savoir déléguer. Le job demande, parmi beaucoup d’autres qualités, de l’empathie pour ses patients, de l’humilité aussi quand il faut s’effacer, ce ne sont pas toujours les vertus premières du spécialiste. Mais j’ai besoin des compétences de ce dernier. Moralité : évitons de … généraliser !

Bonne semaine.

Écrit par : Gislebert | 21/01/2018

Soulagé par le commentaire de Gislebert, je dois avouer que j'ai mis du temps à accepter mon dilettantisme. De là à en tirer gloriole et vanter les vertus de celui qui sait aimer ce qu'il fait indépendamment du jugement d'autrui, voilà un pas que je ne me sens pas capable de faire.
Mais lorsque je rencontre des spécialistes, quel que soit leur domaine, je prends volontiers les infos et je file dare-dare.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/01/2018

@Gislebert, belle fin de réflexion, à l’image de la fable!
Le serpent est un vilain rabat-joie, sans doute un peu jaloux? Mais les coins-coins trop hauts du canard peuvent exaspérer aussi. ne tranchons pas, en effet.

@ Gislebert, Pierre Jenni
De nature curieuse, j'aime toucher à tout, m'amuser à essayer parfois. Avec l'âge on atteint une certaine polyvalence sans être spécialiste en rien mais j'ai toujours admiré les personnes qui ont une grande passion et sont experts en la matière.
Pierre, savoir écouter et poser les questions pertinentes est une grande sagesse...si vous désirez filer, libre à vous (je blague).
De fait nous avons tous besoin les uns des autres, alors vive la diversité.

Bonsoir à vous et excellente semaine. Les amandiers sont en fleur ici, les mimosas aussi. Mais c'est l'hiver...

Écrit par : colette | 21/01/2018

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