28/10/2017

Avec acharnement / Con ensañamiento

Un conte court de Ramón Gómez de la Serna (Espagne, 1888-1963). 
 
Le docteur Alejo mourut assassiné. Indubitablement, il mourut étranglé.
Personne n’était entré dans la maison, indubitablement personne, et bien que le docteur dormait, avec, par hygiène, la porte du balcon ouverte, son appartement était si haut qu’on ne pouvait supposer que l’assassin était entré par là.
 
La police ne trouvait pas la piste de ce crime et était sur le point d’abandonner l’affaire quand l’épouse et la servante du mort arrivèrent, épouvantées, à la Préfecture. 
D’un saut du haut de l’armoire elle était tombée sur la table, les avait regardées, les avait vues, et s’était enfuie ensuite dans la chambre; une main solitaire et vive comme une araignée. Elles l’avaient laissée là, enfermée à clé dans la chambre.
 
La police et le juge, terrorisés, se rendirent sur place. C’était leur devoir. Ils eurent bien du mal à attraper la main, mais ils le firent et chacun lui attrapa un doigt, car elle était vigoureuse comme si en elle résidait toute la force d’un homme fort.
 
Que faire d’elle? Quelle lumière apporterait-elle sur l’événement? Comment la condamner? À qui appartenait cette main?
 
Après une longue pause, le juge eut l’idée de lui donner un stylo pour qu’elle déclare par écrit.
La main écrivit alors:” Je suis la main de Ramiro Ruiz, vilement assassiné par le docteur à l’hôpital et dépecé avec acharnement dans la salle de dissection. J’ai rendu justice”.
(Trad: Colette)
 
Le titre de ce conte est...La Main
 
Study of feet and hands, 1818 Théodore de Géricault

Un cuento breve de Ramón Gómez de la Serna (España, 1888-1963)

El doctor Alejo murió asesinado. Indudablemente murió estrangulado.
Nadie había entrado en la casa, indudablemente nadie, y aunque el doctor dormía, por higiene, con el balcón abierto, era tan alto su piso que no era de suponer que por allí hubiese entrado el asesino.
La policía no encontraba la pista de aquel crimen, y ya iba a abandonar el asunto, cuando la esposa y la criada del muerto acudieron despavoridas a la Jefatura. Saltando de lo alto de un armario había caído sobre la mesa, las había mirado, las había visto, y después había huido por la habitación, una mano solitaria y viva como una araña. Allí la habían dejado encerrada con llave en el cuarto.
Llena de terror, acudió la policía y el juez. Era su deber. Trabajo les costó cazar la mano, pero la cazaron y todos le agarraron un dedo, porque era vigorosa corno si en ella radicase junta toda la fuerza de un hombre fuerte.

 ¿Qué hacer con ella? ¿Qué luz iba a arrojar sobre el suceso? ¿Cómo sentenciarla? ¿De quién era aquella mano?
Después de una larga pausa, al juez se le ocurrió darle la pluma para que declarase por escrito. La mano entonces escribió: «Soy la mano de Ramiro Ruiz, asesinado vilmente por el doctor en el hospital y destrozado con ensañamiento en la sala de disección. He hecho justicia».
 
El título de este cuento es...LA MANO
 
 

Commentaires

Hola Colette,

Très beau petit conte, tout empreint de cet humour noir espagnol, un peu à la manière de Poe, en plus court, claro… Cela nous change agréablement des poètes déprimés, de l’actualité catalane actuelle et des miasmes méphitiques que dégagent les commentaires de certains intervenants sur d’autres blogs de la plateforme (inutile de faire un croquis).

Cette histoire me renvoie à l’époque de mes études…il ya bien longtemps.Le prof d’anatomie était alors J.A. Baumann, les anciens s’en souviendront. Les travaux d’anatomie se passaient dans une ambiance bon enfant, studieuse, jamais irrespectueuse des corps mis à disposition.

A chaque séance de TP, nous allions repêcher nos pièces dans de grandes cuves remplies de formol, retenues par une ficelle comme un bateau par son amarre. Ces bras, torses, têtes violacés n’avaient plus rien d’humain, rien à voir avec les cadavres frais des autopsies. La dissection se faisait soigneusement, plan par plan, rien d’un dépeçage acharné et vil qui évoquât la nature très morte de Géricault.

Passé le premier choc, on s’y faisait très bien. Les personnes qui n’ont pas connu cela s’en font tout un monde. Le plus dur, c’est de mourir sans trop souffrir. Le reste après, c’est affaire de croyance personnelle. Sic transit gloria mundi.

Un peu d’humour noir ne messied pas.

Bonne semaine Colette

Écrit par : Gislebert | 28/10/2017

Correction : actualité actuelle... hum, pas terrible le pléo, on ne se relit jamais assez !

Écrit par : Gislebert | 28/10/2017

@Gislebert, j'ai tant aimé ce texte d'horreur et vengeance! Quand l'imagination se met en marche, on finit par en rire. L'idée de "avec acharnement" éveille tant d'images.

Il y a un conte de Maupassant "C'est la main de mon meilleur ennemi" qui pourrait sen rapprocher aussi.

Savez-vous que depuis un temps ici en Espagne, il y a trop de "donneurs de leur corps pour la science"? Le prix des obsèques est tel, et la pauvreté de même que...La réalité passe parfois avant les croyances donc, c'est bien ainsi aussi.

Je vous souhaite un joyeux week-end Gislebert, sans main qui vous poursuive.

Écrit par : colette | 28/10/2017

Bah, tant qu'il ne s'agit pas de l’œil de Caïn, il y a peut-être moyen de s'en sortir...

(...) L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

Dernier vers de La conscience, de Totor. Brrr...

Écrit par : Gislebert | 28/10/2017

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