09/09/2017

Maîtres des souvenirs / Dueños de los recuerdos

Rêver de souvenirs lointains; il y a peu une de mes sœurs m’a dit être passée devant la maison de notre grand-mère.
Je me souviens de tous les détails, des escaliers, des caves, de la chambre bleue au bout du couloir... Pourquoi ai-je rêvé que je m’y étais perdue?

 

Aujourd’hui, et sur ce thème, un poème de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), une femme très connue pour ses contes qui sont passés à l’histoire de la littérature Argentine du xxºs pour la cruauté déconcertante qu’elle a su imprimer à certains protagonistes de ses récits.
 
Soñar con lejanos recuerdos; hace poco una de mis hermanas me dijo haber pasado delante de la casa de nuestra abuela.
Me acuerdo de todos los detalles, de las escaleras, del sótano, de la habitación azul al fondo del pasillo...¿Por qué habré soñado que andaba perdida allí?
 
Hoy, y sobre este tema, un poema de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), mujer muy conocida por sus cuentos que pasaron a la historia de la literatura Argentina del siglo XX “por la crueldad desconcertante que supo imprimir en algunos protagonistas de estos relatos.”*
 
 
 
 
 
Le rêve récurrent
 
J’arrive comme je suis arrivée, solitaire, effrayée,

à la porte de rue en bois ciré.
 
J’ouvre la porte et j’entre, silencieuse, parmi les tapis.
Les ombres des murs et des meubles m’effrayent.
 
Je gravis les marches de marbre jaune,
avec des reflets rosés. Je pénètre dans un couloir.
 
Il n’y a personne, mais il y a quelqu’un caché dans les portes.
Les sombres volets sont tous ouverts.
 
De jour les hauts plafonds semblent
un ciel d’étoiles éteintes grandissantes.
 
Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
il s’élève comme un arbre ou une colonne dorique,
 
habituellement il dort dans nos rêves
et nous en sommes, en secret, ses maîtres exclusifs.
(Trad: Colette)
 
El sueño recurrente

Llego como llegué, solitaria, asustada,
a la puerta de calle de madera encerada.

Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

Subo los escalones de mármol amarillo,
con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
Las persianas oscuras están todas abiertas.

Los cielos rasos altos en el día parecen
un cielo con estrellas apagadas que crecen.

El recuerdo conserva una antigua retórica,
se eleva como un árbol o una columna dórica,

habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
y somos en secreto sus exclusivos dueños.

Commentaires

Hola Colette,

Vous aviez déjà évoqué la figure de Silvina Ocampo, sur le billet Dudas y anchos horizontes, c’était une réponse à mon commentaire sur la vieillesse.
Vous pensiez traduire un jour le poème assez sombre Envejecer. M’y suis essayé, si le sens est facile, la traduction française c’est une autre paire de manches : notre langue rend mal le chant du castillan, la langue apparaît singulièrement plate, faut bien le dire. Je ne vous ferai pas l’affront de vous soumettre le résultat. Je n'en admire que d'autant plus votre maestria... :))

Les songes récurrents, depuis Freud, il existe des montagnes de bouquins sur le sujet. La seule chose sûre, c’est qu’ils sont des messages de l’inconscient. Lesquels ? Les chutes dans le vide, les escaliers sans fin, les portes que l’on ouvre sur le néant, le ratage de ses examens du bac (celui-là, c’est le mien, alors qu’étant très bon élève, je n’ai eu aucun problème, allez comprendre…), ce sont les grands classiques et tout le monde y va de son interprétation : stress, fatigue, traumatisme, échec…

Pour en revenir à Silvina, la vie qui lui avait tout donné au départ : beauté, aisance, amitiés de gens célèbres (Borgès entre autres, avec lequel elle a écrit une anthologie), un mariage, heureux au moins au début, avec Bioy Casares, autre gloire littéraire argentine, un peu cavaleur hélas pour elle, cette vie lui a progressivement repris l’essentiel : sa mémoire, les réminiscences qui rejaillissent si fréquentes dans sa poésie. Elle a passé les trois-quatre dernières années de sa vie dans la nuit de la maladie d’Alzheimer et elle s'y est vue sombrer. Singulier et cruel destin pour une femme aussi pointue.

Bon dimanche, je vous quitte pour quelques semaines, une rando en Crète.
Plein de bonheur et de soleil.

Écrit par : Gislebert | 09/09/2017

"@ Gislebert, bonsoir et buenas tardes.

Pour le poème sur la vieillesse, je l'ai déjà retravaillé deux fois, mais il est encore trop "plat". Si un jour j'arrive à le rendre vivant, je le publierai sans aucun doute. Souvent les poèmes qui ont l'air faciles au premier abord sont les plus compliqués...

Connaissez-vous aussi sa sœur, Virginia? Une grande dame, très brillante elle aussi et qui a été une amie proche de Virginia Woolf.
Voilà un autre billet à préparer!

Merci pour tout cher Gislebert, je vous souhaite un excellent séjour Crétois. Je crois savoir que vous aimez l'histoire, et là vous serez servi...en plus d'une belle nature (on m'a dit qu'il y a un parc botanique de toute beauté)"

Écrit par : colette | 09/09/2017

Bonsoir à vous :)

Il faut passer chez Colette pour connaître les départs en vacances de Gislebert.... qui rentre de Paris...

Écrit par : Patoucha | 10/09/2017

@ Patoucha, c'est extrêmement curieux, je valide votre commentaire et il n'y a que la première ligne qui est publiée...je n'avais jamais rencontré cet étrange phénomène informatique! Je réessayerai plus tard.

Écrit par : colette | 10/09/2017

@Patoucha, je ne comprends toujours pas mais je reproduis donc vos mots d'hier soir ici:
""Bonsoir à vous :) Il faut passer chez Colette pour connaître les départs en vacances de Gislebert.... qui rentre de Paris...

Écrit par : colette | 10/09/2017

Bonsoir Colette,

LOL Moi non plus:)

Je disais en substance à Gislebert, de ne pas oublier Palma de Majorque et de visiter le Musée d'Heraklion :)

@Colette

"Pour le poème sur la vieillesse, je l'ai déjà retravaillé deux fois, mais il est encore trop "plat"."

Et si je pouvais vous aider à donner une "autre" .....

Sans oublier de vous souhaiter une bonne nuit!

Écrit par : Patoucha | 10/09/2017

Merci à vous deux pour vos bons conseils, z'êtes adorables...

En fait, je connais assez bien l'île (pour autant qu'on puisse la connaître), les sites minoens, les monastères, La Canée... pour l'avoir parcourue, en partie a pedibus.

J'y vais cette fois-ci pour refaire les Gorges de Samaria et vadrouiller dans un trek en groupe dans les Montagnes Blanches. L'occasion aussi de faire un test d'effort pour voir si la pompe tient le coup... Mais il y aura aussi du culturel, bien sûr. En retournant au musée d'Héraklion, tout refait à neuf, j'aurai une pensée pour vous.

Et puis j'irai voir le Jardin botanique,que je ne connais pas, promis, juré Colette.

Un besito a usted dos.

Écrit par : Gislebert | 10/09/2017

@ Patoucha. Je vous remercie pour la proposition, j'ai regardé sur la Toile et n'ai rien trouvé, de toute façon je publie très rarement des traductions de poèmes faites par d'autres. Non pas que je pense qu'elles sont mauvaises bien sûr, mais c'est un peu le but de mon blog et une partie de mon travail. Merci encore, bonne semaine.

Écrit par : colette | 11/09/2017

@Gislebert

"Un besito a usted dos."

Gracias por mi:) a usted también para acompañar su viaje de Creta y para apoyar su "bomba" LOL

Bonne journée

Merci Google traduction :)

Écrit par : Patoucha | 11/09/2017

@Colette

" je publie très rarement des traductions de poèmes faites par d'autres."

Ce n'était pas le but! mais un essai... :) Mais pas grave. Je vous comprends.

Excellente après-midi à vous!

Écrit par : Patoucha | 11/09/2017

@Patoucha, le poème s'appelle "Envejecer" de Silvina Ocampo...pour votre essai!
Bonne fin de journée.

Écrit par : colette | 11/09/2017

@Patoucha

No soy un bombero, Patoucha…

Aurait peut-être mieux valu utiliser corazón. J’ignore si l’expression populaire en français s’utilise aussi en espagnol… Colette pourrait nous renseigner.

Cela dit, bravo pour votre humour teinté d’autodérision, c’est assez rare chez nos compagnes, mais point trop n’en faut car on finit par se sous-estimer…

PS : M’en vais jeudi, dites à Mario, qui semble avoir hâte de me voir les baskets (de marche), qu’en fait de caroubiers et d’oliviers, pour l’instant je taille les thuyas de ma haie… le régime crétois, c'est pour la fin de la semaine :)))

Merci à Colette pour son hospitalité.

Bonne soirée.

Écrit par : Gislebert | 11/09/2017

"No soy un bombero, Patoucha…"

LOL! Google ne pouvait savoir que vous aviez substitué votre coeur par une pompe qu'il a traduit par une bombe.... :)))) MDR MDRRRRR

Un pompier... une bombe!? LOLLLLL

Au secours Colette :)))))))

Merci pour l'info Colette :)

Écrit par : Patoucha | 11/09/2017

@ Gislebert, qui a fait remarquer à Patoucha:
"Aurait peut-être mieux valu utiliser corazón."
Hélas, Gislebert, Patoucha (alias Loutchia) ne sait pas ce que c'est qu'un "corrazon". Pour la bonne et simple raison qu'elle n'en a pas...

Écrit par : Mario "Rocco" Jelmini | 11/09/2017

Gislebert, pour ne pas abuser de l'hospitalité de Colette je vous ai répondu chez PJ :)

"je taille les thuyas de ma haie…"

Sous la pluie? Blindé contre l'électrocution notre Gislebert! :)

Écrit par : Patoucha | 11/09/2017

@À tous, pour mettre fin à une discussion bien lointaine de mon billet,(je vous rappelle qu'il s'agissait de rêves et de lieux, oui oui!) on dit en espagnol en effet "la bomba del corazón"; et "pompa" existe dans le sens "en grandes pompes" ou alors "pompas de jabón" qui sont les bulles de savon.

Bonne soirée, jolis rêves!

Écrit par : colette | 11/09/2017

Merci Colette pour la précision :)

J'aimerais tout de même préciser à Mario Jelmini que l'alias est aussi vrai que Los Angeles :))))))

Très douce nuit à vous

Écrit par : Patoucha | 12/09/2017

Bonjour Colette, J'ai trouvé cette traduction du poème de Silvina Ocampo

Vieillir

[Poème - Texte intégral.]

Silvina Ocampo
Le vieillissement traverse aussi une mer d'humiliation chaque jour;
est de regarder la victime de loin, avec une perspective
qui, au lieu de diminuer les détails, les agrandit.
Le vieillissement ne peut pas oublier ce qui est oublié.
Le vieillissement transforme une victime en un auteur.

J'ai toujours pensé que les âges sont tous cruels,
et qui sont soit compensés ou compensés
les uns avec les autres. Quel a été l'utilisation de cette façon?
Je m'attends à une révélation. Pourquoi est-ce un arbre
embellissant le vieillissement? Et un homme espère se racheter
seulement avec le butin de la jeunesse.

Je ne pensais jamais que l'âge devenait le plus pénible des exercices,
une sorte d'acrobatie qui est un danger pour le cœur.
Chaque déguisement repousse le porteur. La vieillesse
est un déguisement avec des ajouts inutiles.
Si les anciens semblent déguisés, les enfants aussi.
Ces âges manquent de naturalité. Personne ne l'accepte
être vieux parce que personne ne sait comment être,
comme un arbre ou comme une pierre précieuse.

J'ai rêvé d'être vieux pour avoir du temps pour beaucoup de choses.
Je ne voulais pas être jeune, parce que je perdais le temps d'aimer seul.
Maintenant, je perds plus de temps que jamais en aimant,
parce que tout ce que je fais, je double.
Le temps qui s'est écoulé nous recule; il nous semble
que ce qui a été laissé derrière a plus de réalité
pour réduire le présent à un précipice intéressant.

Je pense que c'est à partir de cette traduction qu'il faudrait trouver les mots justes.

Écrit par : Patoucha | 15/09/2017

@Patoucha, merci! Il y a du boulot, beaucoup, mais une aide est toujours bienvenue.
J'avais prévenu, le poème est peu encourageant: "Mourir, la belle affaire, mais vieillir..!" disait Jacques Brel.
Bonne soirée.

Écrit par : colette | 15/09/2017

Bonsoir Colette,

C'est peut-être un poème en espagnol, mais en français serait plutôt une réflexion banale sur la vieillesse. C'est sans doute cette banalité qui rend la traduction française plate (sic)

Excellente nuit

Écrit par : Patoucha | 17/09/2017

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