19/08/2017

Laisser couler le temps / Dejar fluir el tiempo

 
 
 
 
Courte nuit d’été;
entre les joncs, s’écoulant,
l’écume des crabes.
 
Haïku de Yosa Buson.(...)
 
Le haïku est une émotion mais aussi l’étonnement de découvrir qu’on a besoin de peu pour transmettre le maximum, qui, en certaines occasions comme dans le haïku de Yosa Boson, coïncide avec le vide, avec le silence profond d’un courant par une nuit d’été avec des crabes glissant entre des joncs immobiles. Il ne faut pas aller si loin pour sentir le même étonnement ni l’émotion qu’on ressent en savourant les vers d’un vrai poète: “Ces jours bleus et ce soleil de l’enfance”, qui fut le dernier qu’écrivit Antonio Machado dans son exil français de Collioure et que ceux qui l’enterrèrent trouvèrent dans la poche de sa veste, écrit au crayon sur un papier.
Peut-on dire plus avec moins?
 
L’été est un haïku qui passe en volant. Comme la poésie, il n’a pas besoin de grands événements pour passer, au contraire: plus il est vide, plus il est répétitif et rempli de tranquillité, plus il glisse vite.
Comme les haïkus, les vacances sont un temps en suspension, vide dans le calendrier qui à peine contient plus de notes dans l’agenda qu’un dîner, un paysage ou le souvenir d’une nuit, mais qui nous accompagneront toujours précisément par leur intemporalité. Haïku signifie court, confrontation entre deux idées qui tendent à être la même et entre lesquelles s’interpose une autre, comme les vacances le font avec notre temps présent.
Pour cette raison – et par leur brièveté- il faut en profiter, et non parce que l’industrie des loisirs le dit, elle qui ignore consciemment, car elle en vit, que profiter du temps ne signifie pas le remplir d’obligations et de rendez-vous; tout au contraire: profiter du temps consiste à le laisser couler librement, comme les crabes du haïku de Yosa Buson, et de nos pensées.
 
Une année de plus a passé
Une ombre de voyageur sur ma tête
Sandales de paille à mes pieds", écrivit son maître Matsuo Bashô.
 
(Trad: Colette)
NB: c'est moi qui ai souligné les haïkus et  la phrase de Machado.
 
PS: cet article a été écrit et traduit avant les attentats de Barcelone. L'ombre du voyageur s'est voilée de deuil...
 
Berthe Morisot 1879, Jour d'été / Día de verano

Noche corta de verano: / entre los juncos, fluyendo, / la espuma de los cangrejos”.
(El) haiku de Yosa Buson, (...)
El haiku es una emoción pero también el asombro de descubrir que no se necesita mucho para trasmitir el máximo, que en ocasiones, como en el haiku de Yosa Buson, coincide con el vacío, con el silencio profundo de una corriente bajo una noche de verano con cangrejos deslizándose entre los juncos inmóviles. No hay que ir tan lejos para sentir ese mismo asombro ni la emoción que se experimenta al paladear los versos de un verdadero poeta: “Estos días azules y este sol de la infancia”, fue el último que escribió Antonio Machado en su exilio francés de Collioure y que quienes lo enterraron encontraron en el bolsillo de su chaqueta escrito a lápiz en un papel. ¿Se puede decir más con menos?
El verano es un haiku que pasa volando. Como la poesía, no necesita de grandes sucesos para discurrir, al revés: se desliza más rápido cuando más vacío, más repetido y lleno de tranquilidad. Como los haikus, las vacaciones son tiempos de suspensión, vacíos en el calendario que apenas dejan notas en las agendas más allá de una comida, un paisaje o el recuerdo de una noche pero que nos acompañarán ya siempre precisamente por su intemporalidad. Haiku significa corte, enfrentamiento entre dos ideas que vienen a ser la misma y entre las que se interpone otra, como las vacaciones hacen con nuestro tiempo presente. Por eso —y por su brevedad— hay que aprovecharlas, no porque nos lo diga la industria del ocio, que ignora conscientemente, puesto que vive de ello, que aprovechar el tiempo no significa llenarlo de obligaciones y citas; al revés: aprovechar el tiempo consiste en dejarlo fluir libremente, como los cangrejos del haiku de Yosa Buson, y con él nuestros pensamientos. “Un año más ha pasado / Una sombra de viajero en mi cabeza / Sandalias de paja a mis pies”, escribió su maestro Matsuo Bashô.

 
 
 

12/08/2017

Au plus haut de nous-mêmes / En lo más alto de nosotros mismos

Sans aucun doute les épreuves d’athlétisme du moment ont-elles un rôle dans le choix de ce poème, mais surtout les encouragements reçus et donnés au long de ma vie .
 
Sin ninguna duda las pruebas de atletismo del momento tienen algo que ver con la elección de este poema, pero sobre todo los ánimos recibidos y dados a lo largo de mi vida.
 
 
DULCE CHACÓN (Madrid 1954-2003)

 

 
La construction d’un rêve
 
On a toujours le temps pour un rêve.
 
Il est toujours temps de se laisser emporter
par une passion qui nous entraîne vers le désir.
 
Il est toujours possible de trouver la force
nécessaire pour prendre son envol et se diriger vers
le haut.
 
Et c’est là, là seulement sur les hauteurs ,que
nous pouvons déployer nos ailes de toute leur
extension.
 
Là seulement, au plus haut de nous-mêmes,
au plus profond de nos inquiétudes,
que nous pourrons écarter les bras, et voler.
 
(Trad: Colette)
 
 
 
Nafissatou Thiam saut en longueur
 
 
 

LA CONSTRUCCIÓN DE UN SUEÑO

Siempre hay tiempo para un sueño.
  Siempre es tiempo de dejarse llevar
por una pasión que nos arrastre hacia el deseo.

Siempre es posible encontrar la fuerza
necesaria para alzar el vuelo y dirigirse hacia
lo alto.

Y es allí, y solo allí, en la altura, donde
podemos desplegar nuestras alas en toda su
extensión.

Solo allí, en lo más alto de nosotros mismos,
en lo más profundo de nuestras inquietudes,
podremos separar los brazos, y volar.

 

05/08/2017

Les hirondelles / Las golondrinas

Manuel Vicent

El País, 30 julio 2017
 
 
"Peut-être, dans des années, des enfants qui jouent maintenant dans le jardin de la maison près de la mer, garderont en mémoire cet été 2017, ces vacances, comme celles où des hirondelles avaient fait leur nid dans une poutre de la terrasse.
Elles arrivèrent en avril, la femelle choisit un mâle à son goût pour s’accoupler et ensemble ils commencèrent à coller avec leurs becs de petites mottes de boue; et une fois l’œuvre terminée, elle pondit cinq œufs blancs avec de petites taches noires et les deux les couvèrent à tour de rôle. C’était leur seconde couvée.
Il fallut mettre quelques fauteuils de côté et poser un journal ouvert par terre.
Que se passait-il dans le monde entre-temps? De petits excréments d’hirondelles tombaient sur une page où on pouvait lire: bombardement à Alep, un suicide cause une autre boucherie en Irak. Au bout de trois semaines apparurent au bord du nid cinq oisillons, la bouche toujours ouverte, et que les parents essayaient de rassasier faisant au moins 300 voyages par jour, amenant des insectes qu’ils chassaient en vol. Un des oisillons, le plus faible, lors d’une lutte féroce pour la nourriture, fut expulsé du nid par ses frères.
Il apparut mort un matin sur le titre du journal qui annonçait le naufrage d’une autre barque et d’une centaine de migrants noyés dans la mer d’Alboran.
Les enfants l’enterrèrent avec des larmes, sous le citronnier, mais la lutte fratricide pour la vie continuait. Quelques jours plus tard un autre oisillon tomba du nid et mourut sur la nouvelle d’une tuerie en Afghanistan. Et dans le jardin il y eut un autre enterrement.
Les trois frères plus costauds grandirent, un jour ils abandonnèrent le foyer, les parents continuèrent à les alimenter, posés sur un fil; ils leur apprirent à voler, à chasser et quand ils eurent appris la leçon, ils disparurent.
Dans des années de ces vacances les enfants ne se rappelleront que de cet événement; ce sera cet été 2017 où ils enterrèrent deux oisillons d’hirondelles sous un citronnier."
(Trad: Colette)
 
 

 

"Tal vez dentro de muchos años para unos niños que ahora juegan en el jardín de la casa junto al mar este verano de 2017 será recordado como el de aquellas vacaciones en que unas golondrinas habían hecho su nido en una viga de la terraza. Llegaron en abril, la hembra eligió un macho de su gusto para aparearse y juntos comenzaron a pegar con el pico pequeñas cargas de barro y terminada la obra, ella puso cinco huevos blancos con motas negras y los dos por turno los incubaron. Esta era su segunda nidada. Hubo que apartar algunos sillones y poner un periódico abierto en el suelo. ¿Qué pasaba en el mundo mientras tanto? Pequeños excrementos de golondrina caían sobre una página en la que se podía leer: bombardeo en Alepo, un suicida causa otra carnicería en Irak. A las tres semanas asomaron por el filo del nido cinco polluelos con la boca siempre abierta que los padres trataban de saciar con al menos 300 viajes al día trayendo insectos que cazaban en el aire. A uno de los polluelos, al más débil, en la pelea feroz por la comida lo expulsaron del nido sus hermanos. Una mañana apareció muerto sobre el titular del periódico que daba el naufragio de otra patera con un centenar de inmigrantes ahogados en el mar de Alborán. Los niños lo enterraron con lágrimas bajo el limonero, pero la lucha fratricida por la vida continuaba. Días después otro polluelo cayó del nido y expiró sobre la noticia de una matanza en Afganistán y en el jardín hubo otro entierro. Los tres hermanos más fuertes crecieron, un día abandonaron el hogar, los padres los siguieron alimentando posados en un hilo; los enseñaron a volar, a cazar y cuando aprendieron la lección, desaparecieron. Dentro de muchos años de estas vacaciones los niños no recordarán otro acontecimiento; será aquel verano de 2017 en que enterraron dos polluelos de golondrina bajo el limonero."
Manuel Vicent
El País, 30 julio 2017