08/07/2017

Arrivé jusqu'ici / Llegado hasta aqui

Quel âge avait Pedro Mairal, ce brillant écrivain (romans, contes et poèmes) Argentin de 47 ans, quand il écrivit ce poème-bilan? Peut-être 30 ans, l'âge moyen qu'atteint  un cheval…
¿Cuántos años tenía Pedro Mairal, ese brillante escritor (novelas, cuentos y poemas) Argentino de 47 años, cuando escribió este poema? Tal vez 30 años, edad media que alcanza un caballo….
 
Offrande
 
J'ai l'âge où meurent les chevaux,
l'âge où l'arbre
s'offre tout entier au ciel.
Ma peur est une faune secrète qui me cherche,
de la mer je ne suis qu'un nombre de vagues.
J'ai des dents et des peines et des souliers,
j'ai une fête éternelle qui parfois me convoque.
Je connais une femme, peut-être, sauf le mystère
du ventre des étoiles de la nuit.
Je ne sais combien de soleils il reste à ma poitrine,
je sais qu'il a fait bon vivre et j'élève ces années
comme une offrande brûlante.
Par dessus le taureau d'ombre des jours,
par dessus le dégoût et la peur et les miroirs,
je suis arrivé jusqu'ici.
(Trad: Colette)
 
OFRENDA Pedro Mairal
 
Tengo la edad en la que mueren los caballos,
la edad en la que el árbol
se ofrece entero al cielo.
Mi miedo es una fauna secreta que me busca,
del mar soy sólo un número de olas.
Tengo dientes y penas y zapatos,
tengo una fiesta eterna que a veces me convoca.
Conozco a una mujer, tal vez, salvo el misterio
de la panza de estrellas de la noche.
Yo no sé cuántos soles le quedan a mi pecho,
yo sé que ha sido bueno vivir y alzo estos años
como una ofrenda ardiendo.
Por encima del toro de sombra de los días,
por encima del asco y el miedo y los espejos,
he llegado hasta aquí.
 
 

 

 

Commentaires

Hola Colette,

¿Cómo está? ¿Bello tempio en su bella isla (non desierta supongo)? Aqui en Ginebra el cielo es cubierto y tempestuoso.

Les commentateurs ne se bousculent pas au portillon ce matin… Faut dire qu’il est plutôt curieux votre Argentin poète… De belles images qui en télescopent d’autres triviales, ce qui rend le texte un peu hermétique, pour ne pas dire amphigourique… Bon, on sait bien que c’est le privilège des poètes depuis les symbolistes. Jules Renard, jamais en retard d’une vacherie, disait de Mallarmé : le seul poète intraduisible, même en français… L’art poétique nous entraîne à être intuitif, à déchiffrer en jouant sur la musique des mots (toujours plus belle forcément dans l’original que dans la traduction, je ne mets évidemment pas votre talent en cause, l'espagnol est plus musical).

On est content pour lui qu’il ait encore toutes ses chagnottes et au moins une paire de pompes, qu’il connaisse des petits matins triomphants. Laissons-lui l’illusion de connaître une femme, il comprendra assez vite son bonheur, c’est vrai qu’il nuance avec son peut-être… Le ventre des étoiles ? Parle-t-il des pouponnières stellaires observées par les astrophysiciens ? Très bien trouvé par contre : l’offrande brûlante de ces années, à mettre en parallèle avec la belle image de l’arbre qui s’offre au ciel. L’allusion aux vagues de la mer : peut-être relève-t-il son caractère velléitaire ? On lui souhaite de prolonger sa fête intérieure encore de longues années, sans trop s’attarder sur les miroirs. Même en les brisant, on lit les années passées dans le regard des autres.

Un bilan à trente ans, au tout début de l’été de la vie. Ai trouvé cet aphorisme de Beigbeder : « Il vient d’avoir trente ans, c’est un âge bâtard, trop vieux pour être jeune, trop jeune pour être vieux. ». On pourrait rétorquer avec Tonton Georges « le temps ne fait rien à l’affaire… », vous connaissez la suite…

Très bonne semaine à vous.

Écrit par : Gislebert | 09/07/2017

Hola Gislebert,

Estoy muy bien de momento, gracias. Y Usted?

Voilà que je découvre un mot, "chagnotte"! Joli, joli.

Vous avez tout à fait raison en ce qui concerne les images, nombreuses, qui nous semblent parfois tirées par les cheveux; mais elles font partie d'un autre monde, d'une réalité différente de la nôtre. Je l'ai constaté si souvent dans la littérature et poésie sud-américaines.
Sur un terrain plus philosophique, je pense aussi que nous, les occidentaux, partons de l'idée qu'on va tous arriver à un grand âge. Qu'en nous endormant les soirs on s'éveillera évidemment le lendemain. Qu'on vivra ce lendemain qui brille jusqu'au soir... Or rien n'est moins sûr, et ce à n'importe quel âge, et cette idée de la précarité de la vie est bien plus vivante dans d'autres cultures.

Vous dites: "Même en les brisant, on lit les années passées dans le regard des autres" en parlant des miroirs...je me rends compte qu'en vieillissant on devient comme transparent, le regard des autres ne s'arrêtent plus sur nous....est-ce un bien, un mal?

Merci pour votre analyse et pour tout! Passez une excellente semaine. Samedi prochain, en chanson.

Écrit par : colette | 09/07/2017

Hola Colette,

C'est mon allusion aux miroirs brisés qui vous a filé un coup de blues et fait changer la photo de présentation ? Vous faites ainsi très professorale, vais devoir redoubler d'Usted...
Je plaisante bien sûr, z'êtes tout-à-fait charmante.

Bonne semaine.

Écrit par : Gislebert | 09/07/2017

@ Gislebert, il était temps de changer la photo d'une prof maintenant à la retraite;-)
Bonne soirée.

Écrit par : colette | 12/07/2017

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