03/06/2017

La mémoire de la liberté / La memoria de la libertad

"L'écrivain Almudena Grandes revendique le rôle de la mémoire et le journalisme dans la défense de la liberté et de la pluralité lors de la remise des prix Ortega y Gasset 2009"
Source: http://sociedad.elpais.com/sociedad/2009/05/18/actualidad/1242597614_850215.html


"J’ai appris de ma tante Charo qu’en Espagne il y avait une chose qui s’appelait la censure et qui rendait malheureux des gens qui ne le méritaient pas. Il est juste que ce fût d’elle que je l’apprenne, car ce fût elle aussi qui m’apprit à lire les journaux. Elle en achetait plusieurs par jour, certains le matin, d’autres l’après-midi, et elle les lisait avec un appétit minutieux, détendu, plaisir printanier de qui savoure une glace une soirée de mai, allumant une Chestefield avec le bout de la précédente, et sautant toujours, religieusement, les articles d’opinion. - Et pourquoi croient-ils ceux-là que je dépense tant d’argent en journaux? - disait-elle entre temps -. Mais pour me former ma propre opinion bien sûr, comme si j’avais besoin de connaître la leur!
Ces jours où l’odeur de fumée se confondait à l’arôme âpre et encré du papier journal m’ont appris que la mémoire de la liberté, c’est la liberté.
 
La liberté sans mémoire, une fleur de serre, fragile et anémique, faible, délicate, peut-être intéressante par sa pâleur mais toujours exposée à échouer au moindre contretemps, changement de température, arrosage inadéquat, un simple courant d’air. Moi je le sais parce que j’ai grandi dans un pays sans liberté, mais j’ai vu comment resplendissait sa mémoire dans les yeux de certaines femmes de ma famille qui, en l’évoquant, redevenaient jeunes, heureuses, et aussi libres qu’elle l’avaient été un jour.”
 
(Trad:Colette)

 
 
"La escritora Almudena Grandes reivindica el papel de la memoria y el periodismo en la defensa de la libertad y la pluralidad en su discurso en la entrega de los premios Ortega y Gasset 2009"
Fuente: http://sociedad.elpais.com/sociedad/2009/05/18/actualidad/1242597614_850215.html


Yo aprendí de mi tía Charo que en España había una cosa que se llamaba censura y que hacía infeliz a gente que no se lo merecía. Justo fue que lo aprendiera de ella, porque ella fue también quien me enseñó a leer periódicos. Todos los días compraba varios, unos por la mañana, otros por la tarde, y los leía con un apetito minucioso, relajado, el placer primaveral de quien paladea un helado en una tarde de mayo, encendiendo un Chesterfield con la colilla del anterior, y saltándose siempre, religiosamente, los artículos de opinión. - ¿Y para qué se creerán estos que me gasto yo tanto dinero en periódicos? -decía mientras tanto-.
¡Pues para formarme mi propia opinión, naturalmente, ni que me hiciera falta conocer la suya!
Aquellos días en los que el olor del humo se confundía con el aroma áspero y entintado del papel de periódico, me enseñaron que la memoria de la libertad, es libertad.
La libertad sin memoria, una flor de invernadero, frágil y anémica, débil, delicada, interesante quizás en su palidez, pero expuesta siempre a fracasar por cualquier contratiempo, un cambio de temperatura, un riego inadecuado, una simple corriente de aire. Yo lo sé porque crecí en un país sin libertad, pero vi cómo resplandecía su memoria en los ojos de algunas mujeres de mi familia, que al evocarla, volvían a ser jóvenes, felices, y tan libres como fueron una vez.”
 

Commentaires

Buenas tardes Colette,

¿Y que tal en su isla bonita (canción conocida)? ¿Se ha vuelto, supongo, en el 17o Land de Alemania? y que idioma supera en estos momentos : el castellano, el catalán o el Hochdeutsch?

Bon je vous taquine… Cette semaine, vous faites dans le très médiatique, avec A. Grandes, honorée et décorée à moult reprises. On trouve ses principaux romans traduits en Livre de Poche, c’est dire… Chez votre libraire de quartier, s’il en reste un, survivant.

Le thème de la liberté : aussi fréquenté en littérature que les Champs-Elysées un soir de 31… Les poètes français – ne parlons pas des philosophes, essayistes, historiens, diaristes ou autres pisse-copie – n’ont pas manqué de le traiter, de Charles d’Orléans qui pleure sa doulce France en sa captivité anglaise jusqu’à Prévert, en passant par Hugo, Rimbaud, Eluard et tous les autres éléphants des bonnes anthologies…

Plutôt que de citer le poème d’Eluard, marqué trop collège et rabâché à mon goût, que vous devez d’ailleurs connaître par cœur, je vous envoie de Paris (nuageuse et grisouille) un beau texte d’un auteur qui ne prétend pas être un poète, mais dit écrire des « joliesses ».

Plein de bonheur et de soleil.

Paris
Kamal Zerdoumi

Ville-lumière
ils t’ont de nouveau
plongée dans le noir
comme aux heures
les plus sombres
de ton histoire
Toi
emblème de la gaieté
vivant poème
meurtrie par la mort
de tes citadins innocents
sache que les fous de Dieu
qui au divertissement
préfèrent
le bain de sang
ne briseront pas
le pacte fraternel
O Paris la rebelle
faite de l’heureux mélange
de la liberté des idéaux
et des confessions
et pour laquelle
vivre ensemble
est une passion

Écrit par : Gislebert | 03/06/2017

Bonjour Gislebert,

Le majorquin, variation du catalan, est nettement majoritaire ici, enfin, encore! S'il est vrai qu'il y a une grande communauté d'étrangers-résidents, 16,7% en 2016, principalement allemands et anglais, ils restent le plus souvent entre eux, ont leurs propres médecins, dentistes, bars...on est loin de l'heureux mélange du poème.(bien que tout se passe de façon pacifique)

Je ne connaissais pas du tout Kamal Zerdoumi, merci, merci!
Pour poursuivre sur le thème de la mémoire,j'ai trouvé ce poème "Bonheur" écrit par lui:

Sur le chemin
les décombres
de la mélancolie
Une joie royale
rêve d’un palais
à la gloire du chant


et de la lumière
Quelqu’un brille éphémère
comme le joyau
de la mémoire
entre les mains avides
de l’instant

Mon mari, ses amis, nés comme Almudena Grandes pendant l'époque franquiste, ont découvert la liberté après 20 ans. Je suis si admirative du chemin parcouru en 40 ans par ce pays.
Alors vous m'apprenez que cette auteure est fort médiatisée en France! C'est curieux mais vraiment très mérité.

Les premiers rayons de soleil taquinent les feuilles de l'avocatier devant ma fenêtre...je vous envoie quelques reflets lumineux ce matin.
Bonne semaine, portez-vous bien!

Écrit par : colette | 04/06/2017

@Colette

Très intelligente votre tante! Aujourd'hui, elle puiserait tous azimuts les infos sur internet. Tout comme moi :)

Bon week-end

Écrit par : Patoucha | 04/06/2017

En effet Patoucha, quoique dans certains pays encore aujourd'hui Internet
est contrôlé.
Merci d'être passée!

Écrit par : Colette | 05/06/2017

« (….) on est loin de l'heureux mélange du poème. (bien que tout se passe de façon pacifique) »

Bonsoir Colette,

Bien d’accord avec vous, le texte de K. Zerdoumi tombe un peu (beaucoup) à côté de la plaque après les attentats anglais, en attente hélas de ceux qui ne vont pas manquer en France et ailleurs… Le vivre ensemble dans l’harmonie en a encore pris un bon coup dans l’aile… après tout, la poésie demeure, elle permet entre autres rôles de transcender et de rêver, susciter de l’espoir…

« Mon mari, ses amis, nés comme Almudena Grandes pendant l'époque franquiste, ont découvert la liberté après 20 ans. Je suis si admirative du chemin parcouru en 40 ans par ce pays. »

Aimerais rebondir sur votre propos : la transition démocratique qui, vue de l’étranger, a quelque chose de miraculeux, un peu à la manière de ce qui s’est passé en Afrique du Sud. On sait bien qu’en réalité, les choses ne sont jamais aussi simples, là-bas comme en Espagne. On trouve pas mal de bouquins sur la guerre civile espagnole elle-même, ai lu ceux de Hugh Thomas et d’Antony Beevor, mais ils ne s’étendent pas trop sur l’après 39, les combats qui ont perduré avec les règlements de comptes, les exécutions et la chape de plomb de la dictature. A. Grandes a écrit une « saga », Le Cœur glacé, qui raconte la vie de deux familles des camps opposés pendant cette période, je ne l’ai pas lue. Que vaut-elle ?

Je connais par contre les Soldats de Salamine du Catalan Cercas, il traite bien des vaincus et de vainqueurs, mais de manière baroque, pas toujours très facile.

Si vous avez un-deux ouvrages à conseiller pour les vacances, je suis preneur, pour autant que cela ne vous mange pas votre temps. Merci d’avance.

Bien à vous.

Buenas tardes.

Écrit par : Gislebert | 05/06/2017

Hola Gislebert,

Je voudrais vous conseiller de lire "Inès et la joie" et la suite
"Le lecteur de Jules Vernes" de la même À. Grandes d'abord. Vous vous habituerez à son style
et à sa façon de raconter que j'apprécie particulièrement.
Corazón Helado, Cœur glacé, vous le trouverez peut-être un peu long mais est magnifique également.

Dans un genre tout à fait différent, je vous recommande chaudement Intempéries de Jésus Carrasco, un petit livre dur, plein de poésie et d'humanité. Un petit bijoux!

À très bientôt, gracias por su contribución tan positiva a este blog.

Écrit par : Colette | 05/06/2017

@Patoucha, je vous avais répondu mais rien n'est apparu... mystère d'Internet. Oui la vie est
bien différente avec cet outil, mais je crois savoir que dans les dictatures ce même Internet est verrouillé.
Rien n'est facile ni évident hélas.
Merci pour vos mots, le long week-end est terminé alors je vous souhaite une excellente semaine.

Écrit par : Colette | 05/06/2017

Muchas gracias por el consejo, Colette

Vais aller demain m'enquérir des romans d'Almudena. Ai mis le nez dans un roman de Dulce Chacon "Voix endormies" qui m'a l'air épatant. De la réserve pour l'été...Vais de ce fait vous ficher une paix royale pour quelques semaines.

Buen verano.

Écrit par : Gislebert | 06/06/2017

Passez un bel été Gislebert!
Merci pour ces échanges et bonnes lectures.

Écrit par : Colette | 07/06/2017

Passez un bel été cher Gislebert; excellentes lectures aussi.

Écrit par : Colette | 07/06/2017

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