27/05/2017

Parfum d'un visage disparu / Perfume de un rostro desaparecido

Deux courts poèmes d’Alejandra Pizarnik, cette poétesse Argentine si vénérée là-bas, si peu connue de notre côté dont je vous avais longuement parlé ici
 
Dos poemas cortos de Alejandra Pizarnik, esa poetisa Argentina tan venerada en su país de la cual os había hablado aquí.
 
 
INFANCIA
 
Hora en que la yerba crece
en la memoria del caballo.
El viento pronuncia discursos ingenuos
en honor de las lilas,
y alguien entra en la muerte
con los ojos abiertos
como Alicia en el país de lo ya visto.
 
Enfance
 
Heure où pousse l’herbe
dans la mémoire du cheval.
Le vent prononce des discours ingénus
en honneur aux lilas,
et quelqu’un entre dans la mort
les yeux ouverts
comme Alice dans le pays du déjà vu.
 
(Trad:Colette)
 
  
 
 


 
Sens de son absence
 
si j’ose
regarder et dire
c’est pour son ombre
si doucement unie
à mon nom
là au loin
dans la pluie
dans ma mémoire.
Par son visage
qui brûlant dans mon poème
disperse joliment
un parfum
de visage aimé disparu
 
(Trad:Colette)
 
SENTIDO DE SU AUSENCIA
 
si yo me atrevo
a mirar y a decir
es por su sombra
unida tan suave
a mi nombre
allá lejos
en la lluvia
en mi memoria
por su rostro
que ardiendo en mi poema
dispersa hermosamente
un perfume
a amado rostro desaparecido
 

Commentaires

Hola Colette,

Usted aporta cada semana el rayo de sol del domingo…

Drôle de livraison cette fois-ci, pas tellement solaire, le moins que l’on puisse dire… Trop ethnocentré sur la littérature française, je ne connaissais évidemment pas cette poétesse, sa vie semble avoir été un chemin de souffrance, un long combat contre ses démons intérieurs qui l’ont conduite au suicide, après deux tentatives.

La fréquentation de Michaux et Antonin Artaud, deux angoissés notoires, souvent délirants, consommateurs déclarés de drogues psychotropes, n’a pas dû arranger ses billes. Le style par contre s’en ressent, nourri de l’absurde et du paradoxe, dépouillé à l’os, un peu abscons comme il se doit… Vous avez dit épure ?

Et puis le télescopage des images dans Infancia - à propos, le cheval entend-il l’herbe pousser ? - la mort qui arrive en intruse dans cette mémoire de l’enfance. Cette association de la mort et de l’enfance, on la retrouve, en romantique pour sûr, chez Totor (juste le premier quatrain.)

L'enfant chantait; la mère au lit, exténuée,
Agonisait, beau front dans l'ombre se penchant ;
La mort au-dessus d'elle errait dans la nuée ;
Et j'écoutais ce râle, et j'entendais ce chant.

Dans le second poème, une pépite : « le parfum du visage aimé disparu ». Un peu trivialement, cette magnifique image m’a fait penser à une citation à propos de la culture : le souvenir d’un parfum dans un flacon vide. (Ne me rappelle pas l’auteur). La métaphore du flacon vide pour notre cerveau, passé un certain âge, s’avère fichtrement indiquée… Tous nos souvenirs, amoureux ou non, ont l’évanescence du parfum d’Alejandra.

Bon, ne vais pas monopoliser le blog. Je vous souhaite plein de soleil (apparemment, c’est garanti).

Hasta proximo.
.

Écrit par : Gislebert | 27/05/2017

Buenas noches Gislebert,

Ici le soleil est à 99% garanti vous savez; et les touristes ne s'y trompent pas, mon île en est déjà pleine.

Je vois que vous avez approfondi la découverte de A. Pizarnik. J'aime particulièrement sa façon imagée et brillante de parler de son désespoir. Une forme poétique simple en apparence, seulement en apparence.

Ce "disperse joliment" est sublime. Dans ses poèmes tout est suggéré, vous l'avez vu. (ce qui est moins le cas, disons-le, chez V. Hugo..que vous appelez Totor, vous m'avez fait rire!)

L'âge, oui. Les souvenirs remontent de plus en plus fréquemment en vieillissant (je devrais changer la photo de mon profil, elle date!!), et deviennent l'ombre de leur réalité passée. Et puis les visages aimés disparus sont de plus en plus nombreux...

Mais trêve de tristesses, je vous souhaite un dimanche agréable, merci de votre fidélité.

Écrit par : colette | 27/05/2017

Colette, votre âme est trop belle pour enlaidir les années qui passent!

Écrit par : Patoucha | 04/06/2017

Les commentaires sont fermés.