13/05/2017

Reconnaissante / Agradecida

ENRIQUETA ARVELO LARRIVA (VENEZUELA, 1886-1962)
 
ÉMOTION ET AVANTAGE DE LA PROFONDEUR ÉTABLIE
 
Merci à ceux qui s'en furent par l'obscur sentier
écrasant les feuilles brunies.
À ceux qui me dirent: attends-nous sous cet arbre.

Merci à ceux qui s'en furent chercher du feu pour leurs cigarettes
me laissant seule
emmêlée dans de petits soleils d’une ombre odorante.

Merci à ceux qui s'en furent chercher de l'eau pour ma soif
me laissant là
à boire l'eau essentielle d'un monde ébranlé.

Merci à ceux qui me laissèrent à écouter un chant boisé
et à voir, ensommeillée, 
les troncs bordés de laines fanées. 

Maintenant je marche, indemne, parmi les gens.
 
(Trad: Colette)
 
 
 
EMOCIÓN Y VENTAJA DE LA PROBADA PROFUNDIDAD 
 
Gracias a los que se fueron por la vereda oscura 
moliendo las hojas tostadas.
A los que me dijeron: espéranos bajo ese árbol.

Gracias a los que se fueron a buscar fuego para sus cigarrillos
y me dejaron sola
enredada en los soles pequeños de una sombra olorosa. 

Gracias a los que se fueron a buscar agua para mi sed 
y me dejaron ahí
bebiéndome el agua esencial de un mundo estremecido. 

Gracias a los que me dejaron oyendo un canto enselvado
y viendo soñolienta
los troncos bordados de lanas marchitas.

Ahora voy indemne entre las gentes. 

Source/fuente: http://www.tinta-china.net/ealarriva.htm 
 

Commentaires

¡Hola! Colette,

El agradecimiento es la memoria del corazón.
(H.C.Andersen)

Encore une fois un fort beau poème, bien en situation avec le dimanche de la Fête de nos mères ou de leur souvenir, d’un auteur de moi inconnu, je l’avoue, ignare que je suis de la littérature sud-américaine...

Belle ode aux parents, maîtres et mentors, tous ces passeurs qui sont autant de jalons formateurs de notre jeunesse.

Suis pas flagorneur pour deux ronds, mais j’admire vos traductions qui respectent le mot-à-mot, sans lourdeur (le français est tellement moins chantant !), sans en dénaturer le sens. Vraiment bien.


Sin embargo, no tome la cabeza grande, Colette … :)))

Tal vez la próxima.

Buen domingo.

Écrit par : Gislebert | 13/05/2017

Bonsoir Gislebert,

Quelle belle citation d'Andersen: la reconnaissance comme mémoire du cœur, c'est si vrai, merci.

Avoir la grosse tête se dit en espagnol "subirle (a uno) los humos a la cabeza", une expression qui m'a toujours fait rire!
Ou "subir a la cabeza" mais là c'est plus évident.
Aucun danger dans mon cas, je traduis par plaisir et n'en parle jamais.

J'aime énormément la poésie (et la littérature)centre et sud-américaine. J'y découvre des images inattendues, une grande imagination et une profonde humanité. Ceci dit que je m'y connais pas fort, je lis et pêche ce qui me plaît.

Je vous souhaite une excellent dimanche, et merci d'être si fidèle sur ce blog!

Écrit par : colette | 13/05/2017

Gracias por su correción, Colette.

Ne connaissais pas l’expression équivalente, la flemme de consulter un dico – d’ailleurs pas garant d’exactitude en ce domaine… La transcription littérale d’expressions imagées amène presque inévitablement à des pataquès ou des contresens.

J’aime bien aussi le « comerse el coco » que l’on entend en Hispanie, qui n’a pas le même sens bien sûr. Les expressions populaires, le sel de la langue et le casse-tête des tradutores qui ne veulent pas devenir des traidores …

En anglais, il existe un bouquin tout a fait marrant avec illustrations « Sky my husband » qui en répertorie les plus usuelles. Peut-être qu’il existe l’équivalent pour l’espagnol ?

Bonne journée.

Écrit par : Gislebert | 14/05/2017

@ Gislebert, je ne connais pas l’équivalent, s'il existe, de "Sky my husband", par contre de temps à autre j'ai fait un billet sur ces expressions, vous en trouverez un ici (qui renvoie à 3 autres précédents)...si vous avez l'envie et le temps...:
http://espacesinstants.blog.tdg.ch/archive/2016/07/17/manger-le-marron-comerse-el-marron-277674.html

Bon dimanche, grand soleil ici aujourd'hui.

Écrit par : colette | 14/05/2017

Quel beau poème, que je lis dans le contexte de la "fête des mères".

C'est l'éloge de l'autonomie et de moments magnifiques de solitude.

"canto enselvado" - comme c'est bien dit ! Et "chant boisé" le rend parfaitement.

Si je le lis en tant qu'enfant, le dernier vers, détaché du reste, solitaire et indépendant, est dit par l'enfant qui prend son destin en mains. Il ou elle est indemne, parce que jeune.
Si je le lis en tant que mère d'enfants adultes, c'est moi qui remarche seule et également indemne, parce qu'une mère n'est pas qu'une mère.

Quatre fois merci ! Merci à ceux qui ... m'ont lassée être moi.
C'est ainsi que je lis ce poème vraiment fort.

Merci à celle qui me l'a fait découvrir. ;-)))

Écrit par : Calendula | 14/05/2017

Bonsoir Calendula,

Oui, c'est tout ce que vous dites. C'est ce chemin qu'à force d'abandons, de solitudes, de forces intérieures, nous parcourons, accompagnés par tant, en accompagnant d'autres.

La fête des mères était le week-end dernier ici, mes enfants sont venus, c'était bien gai; j'espère que vous avez passé une journée des plus agréables aujourd'hui.

Bien amicalement, merci pour vos mots si justes.

Écrit par : colette | 14/05/2017

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