22/04/2017

Doutes et amples horizons / Dudas y anchos horizontes

 
Quand j'arriverai à la vieillesse
-si j'y arrive-
et me regarderai dans le miroir
et compterai mes rides
comme une délicate orographie
de peau distendue.
Quand je pourrai compter les marques
qu'ont laissé les larmes
et les préoccupations,
et que déjà mon corps répondra lentement
à mes désirs,
quand je verrai ma vie enrobée
de veines bleues,
de profondes cernes,
et que je lâcherai ma chevelure blanche
pour m’endormir tôt
-comme il se doit-
quand viendront mes petits-enfants
s’asseoir sur mes genoux
rouillés par le passage de tant d’hivers,
je sais qu’encore mon cœur
sera -rebelle- à tictaquer
et que les doutes et les amples horizons
salueront aussi
mes matins.

(Trad: Colette)

*André Derain -  Madame Matisse au kimono

 

 
Desafío a la vejez Gioconda Belli
Cuando yo llegue a vieja
-si es que llego-
y me mire al espejo
y me cuente las arrugas
como una delicada orografía
de distendida piel.
Cuando pueda contar las marcas
que han dejado las lágrimas
y las preocupaciones,
y ya mi cuerpo responda despacio
a mis deseos,
cuando vea mi vida envuelta
en venas azules,
en profundas ojeras,
y suelte blanca mi cabellera
para dormirme temprano
-como corresponde-
cuando vengan mis nietos
a sentarse sobre mis rodillas
enmohecidas por el paso de muchos inviernos,
sé que todavía mi corazón
estará -rebelde- tictaqueando
y las dudas y los anchos horizontes
también saludarán
mis mañanas.
 
 
*André Derain (Chatou, 1880 - Garches, 1954) peintre fauviste, grand ami de Matisse.

Commentaires

C'est vrai que vieillir est un éternel défi, mais le relever aide aussi à l'accepter et rester si possible jeune d'esprit. Bonne soirée.

Écrit par : grindesel | 22/04/2017

Colette, bonsoir.
Je me demande à chaque fois quelle surprise vous nous réservez.
Celle-ci est belle et profonde – ni plus ni moins que d'autres, mais son lent mouvement vers ce tictac, et les doutes et les amples horizons des matins, nous disent que jusqu'au bout tout quelque chose reste intact.

Merci, merci Colette.

Écrit par : hommelibre | 22/04/2017

Je vois que j'ai écrit "jusqu'au bout tout quelque chose"... hum hum... tout quelque chose...
Ce n'était pas prévu. Ou alors je n'ai inconsciemment pas voulu choisir...
:-)

Écrit par : hommelibre | 22/04/2017

Bonjour Grindesel, l'acceptation, vous avez raison, et puis, mais c'est très personnel, le rire et ses multiples vertus. Rire de soi, de ses lenteurs et maladresses. Si on y arrive bien sûr.
Bon dimanche, amicalement.

Écrit par : colette | 23/04/2017

Bonjour Homme Libre,

Ah mais j'aime beaucoup votre formule "tout quelque chose"! On dit bien "tous ces petits rien";-)
N’empêche que vieillir c'est en effet l'accumulation, lente, de dégradations du corps. De l'esprit parfois aussi.
Et je crois, comme la poète, qu'être rebelle aide grandement à tictaquer longtemps.
Bon dimanche, pas chaud mais lumineux ici.

Écrit par : colette | 23/04/2017

Bonjour Colette,

L’inexorable sablier… on peut s’en moquer à l’espagnole, avec l’autodérision et le deuxième degré… Genre assez peu pratiqué sur cette plateforme, soit dit en passant. C’est toujours plus facile quand on n'a pas les risorius bloqués par le Parkinson… Une fois le deux pieds envasés dans les sables mouvants du dernier rivage, les perspectives changent...vienen los anchos horizontes... Rarement observé en milieu hospitalier tant de moribonds rigolos à danser le rigodon. Quant aux vieux mal foutus, ils geignent et se plaignent. L'autodérision, c'est réservé aux âmes d'élite...
Histoire de rire un peu(genre rictus),on peut toujours relire Queneau le malicieux (l'Instant fatal).

De Paris ensoleillé, bien à vous.

(...)

Quand on est vieux on n'est plus jeune
On finit par perdre ses dents
Après avoir mangé on jeûne
Personne n'est jamais content
On regrette ses jouets d'enfant
On râle après le téléphone
On pleure comme un caïman
L'hiver arrive après l'automne

ENVOI

Prince ! tout ça c'est le chiendent
C'est encore pis si tu raisonnes
La mort t'a toujours au tournant
L'hiver arrive après l'automne

Écrit par : Gislebert | 23/04/2017

Bonjour Gislebert,

L’autodérision quand on est vieux et gravement malade est impensable, en effet; je ne pensais, vu le poème, qu'au vieillissement.

Ah, Queneau,merci!

Dans un genre plus philosophique j'aime énormément le poème Envejecer de Silvina OCampo que je vais essayer de traduire pour un prochain billet.Nous pourrions continuer sur notre lancée de réflexions, peut-être.

Bonne semaine.

Écrit par : colette | 24/04/2017

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