01/04/2017

Un tigre-poète / Un tigre-poeta

Un tigre
 
MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964

 

 
Je pense à un tigre. Il descendra en ville
à l’heure où s’ouvrent les bars
et se répand un intense parfum
humain. La nuit tombe. Assoiffé
il s’accoudera au bar et boira
quelques verres les yeux allumés
du brillant sinistre et métallique,
souple sa langue, parfumé le local
avec le va-et-vient continuel des clients.
Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
endiablé des machines à sous.
Il observe en silence et trempe ses crocs.
La griffe que cache sa chemise le trahit.
Personne ne dirait -à son aspect-
que c’est un cruel assassin de la jungle,
mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
incapable de s’inventer
une autre routine.
Chaque vendredi, tendre et solitaire,
il commettra un crime sans autre trace
qu’un poème oublié sur le bar.
 
(Trad:Colette)
 
Juan Gris, 1912, Hombre en el bar
 

 

Un tigre 
 
MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 
 
Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
a la hora en que abren los bares
y se expande un intenso perfume
humano. Anochece. Sediento
se acodará en la barra y beberá
unas copas con los ojos prendados
del brillo siniestro y metálico,
dúctil su lengua, aromado el local
con un vaivén continuo de clientes.
De fondo un blues elástico y el rugir
endiablado de las máquinas tragaperras.
Observa en silencio y remoja sus fauces.
Le delata la garra que esconde su camisa.
Nadie diría —por su aspecto—
que es un cruel asesino de la selva,
sino un hombre sin prisas, indolente,
incapaz de inventar
se otra rutina.
Cada viernes, tierno y solitario,
cometerá un crimen sin más rastro
que un poema olvidado sobre la barra.
 

Commentaires

Bonsoir Madame,
Bravo pour le choix de l’illustration. Quand on parle cubisme, on cite toujours Picasso ou Braque, Juan Gris pourtant ne leur cède en rien. El Hombre en el bar est une des œuvres que je préfère avec le Canigou, toutes les natures mortes avec les instruments de musique (les guitares !) et le portrait de Picasso (qui était un peu jaloux de la technique de Gris !) qui date de la même époque.
Merci pour ce tigre de café, au regard allumé dans le crépuscule, même s'il ne porte sûrement pas de chapeau-claque...

Écrit par : Gislebert | 01/04/2017

Bonsoir Gislebert et merci!
Juan Gris, un artiste qui est toujours resté fidèle au cubisme, mais qui est mort à 40 ans hélas. J'ignorais tout de la jalousie de Picasso à son égard! Comme quoi...
Sans doute est-il plus connu, ou en parle-t-on plus ici en Espagne qu'en France, mais Picasso fait tant d'ombre à tous!
Un tableau de Juan Gris que j'aime beaucoup aussi, car il a une ouverture lumineuse sur l'extérieur, ce qui n'est pas fréquent dans ses peintures, est "La ventana abierta".
Je vous souhaite un excellent week-end.

Écrit par : colette | 01/04/2017

Les commentaires sont fermés.