31/10/2015

Si c'était-elle! ¡Si será ella!

Nocturno       Rúben Darío (1867-1916, Nicaragua)

Un poème dans la pure ligne Romantique

Silence de la nuit, douloureux silence
nocturne...Pourquoi l'âme tremble-t-elle ainsi?
J'entends le bourdonnement de mon sang,
une douce tempête passe dans mon crâne.
Insomnie! Ne pas dormir et
pourtant
rêver. Être l
'auto-sujet
de dissection spirituelle, l'auto-Hamlet!
Diluer ma tristesse
dans un vin de nuit
dans le merveilleux cristal des ténèbres...
Et je me dis: à quelle heure viendra l'aube?
Une porte s'est fermée...
Quelqu'un est passé...
L’horloge a sonné trois heures...Si c'était elle!
 
Trad: Colette
 
Photo gentiment prêtée par Kwarkito, merci! http://kwarkito.blogspot.com.es/  

 

 
 
Silencio de la noche, doloroso silencio
nocturno… ¿Por qué el alma tiembla de tal manera?
Oigo el zumbido de mi sangre,
dentro de mi cráneo pasa una suave tormenta.
¡Insomnio! No poder dormir y, sin embargo,
soñar. Ser la auto-pieza
de disección espiritual, ¡el auto-Hamlet!
Diluir mi tristeza
en un vino de noche
en el maravilloso cristal de las tinieblas…
Y me digo: ¿a qué hora vendrá el alba?
Se ha cerrado una puerta…
Ha pasado un transeúnte…
Ha dado el reloj tres horas… ¡Si será ella!...
 

Le voici traduit en anglais (pas par moi)

Silence of the night, painful silence,
Nocturne... Why does my soul tremble like this?
I hear the low hum of my blood.
I watch a calm storm pass inside my skull.
Insomnia! Not to sleep, and perchance
to dream. To be the whole soliloquy
of spiritual dissection, my Hamlet!
To dissolve my sadness
in one night's wine,
in the marvelous crystal darkness...
And then I wonder: When will it be dawn?
A door just closed...
Someone is passing on the street...
The clock strikes three...It must be Her!

24/10/2015

Chutes et ombres / Caídas y sombras

Nous poursuivons donc avec Roberto Juarroz. Né dans la Pampa Humide Argentine en 1925, il est mort à Buenos Aires en 1995. Très lié à la France où il étudia la Philosophie et les Lettres à la Sorbonne, sa “Poésie verticale”, œuvre de sa vie entière, est publiée d'abord en France.
 
J'ai choisi et traduit deux poèmes de lui aujourd'hui, avec une explication tirée de la dernière interview qu'il avait donnée en 1993.
 
Seguimos con Roberto Juarroz. Nacido en la Pampa húmeda Argentina en 1925, murió en Buenos Aires en 1995. Muy ligado a Francia donde estudió Filosofía y Letras en La Sorbona, su “Poesía Vertical”, es la obra de toda su vida, y fue publicada primero en Francia.

 

Elegí dos poemas, con una explicación sacada de la última entrevista que dió en 1993.

 

Ce billet est un peu long, prenez votre temps...

 Esta entrada es un poca larga, tomad vuestro tiempo...

 

 

 

 

"C'est toujours un instant, un instant de plénitude, qui nous signale ou nous situe avec les yeux ouverts dans la réalité la plus libre, la plus illimitée.

(...) la poésie est justement la voie pour exprimer l’ineffable. Dans le poème il se peut qu'il reste quelques morceaux, fragments qui parfois nous transmettent des messages inattendus. Ceci se rattache à ce que disait Rimbaud pour qui le poète n'est pas un prophète, dans le sens de quelqu’un qui anticipe les choses, mais celui qui cultive la vision verbale qui l'amène un peu plus loin, habituée à ce que le regard devienne "vision". C'est ici qu'entre en jeux le rôle fondamental de l’imagination qui découvre des ressorts insoupçonnables entre les choses.
J'ai la sensation qu'on s'est méfié de la présence de l'intelligence et de la raison dans le poème et je pense que c'est une erreur. Je pense que l'intellect joue intensément dans l'écriture. Le poème n'est pas un délire plus ou moins modelé par des recherches capricieuses.(..)"

"Siempre es un instante, un instante de plenitud, lo que nos señala o nos sitúa con los ojos abiertos en la realidad más suelta, más ilimitada.  (…) la poesía es justamente la vía para expresar lo inefable. En el poema pueden quedar algunos pedazos, fragmentos que nos transmiten a veces mensajes inesperados. Esto también se empalma con lo que decía Rimbaud, para quien el poeta no es profeta, en el sentido de alguien que anticipa las cosas, sino que cultiva la visión verbal y eso lo lleva un poco más allá, acostumbra a que la mirada se vuelva "visión". Aquí es donde entra a jugar un papel fundamental la imaginación, que descubre resortes insospechados en todas las cosas. 

Yo tengo la sensación de que se ha desconfiado de la presencia de la inteligencia y de la razón en el poema y pienso que es un error. Pienso que también lo intelectual juega con intensidad en la escritura. El poema no es un delirio más o menos configurado de búsquedas caprichosas,(...)"

 

Night shadows Edward Hopper

 


Quand s'éteint la dernière lampe
s'éteint plus que la lumière:
l'ombre s'allume elle aussi.
Il devrait pourtant y avoir des lampes
qui serviraient exclusivement
à allumer l'ombre.
N'y a-t-il pas peut-être des regards pour ne pas voir,
des vies rien que pour mourir
et des amours destinés à l'oubli?

Il y a du moins certains ténèbres préférés
qui méritent leur propre lampe de l'obscurité. 

(Trad: Colette)  



Cuando se apaga la última lámpara

no sólo se apaga algo mayor que la luz:

también se enciende la sombra.

Debería haber sin embargo lámparas

que sirvieran exclusivamente para encender la sombra.

¿No hay acaso miradas para no ver,

vidas nada más que para morir

y amores sólo para el olvido?



Hay por lo menos ciertas tinieblas predilectas

que merecen su propia lámpara de oscuridad.

 

 
 
 
"J'ai été attiré par une vision, celle que de tous les mouvements de l'homme il y en a un vers lequel nous allons inévitablement, qui se répète au long de la vie jusqu'à prendre une forme définitive: la chute. Tomber comprend depuis la chute de la feuille de l'arbre à tout ce qui existe dans l'univers. La chute est un peu le centre de nos vies et de nous-mêmes.
J'ai pourtant senti que, paradoxalement, le mouvement inverse se produisait également. Comme si dans le fond de la chute il y avait un rebond, où se trouve l’ascension. (...) Héraclite dit "le chemin qui descend est le même chemin qui monte". (...) une espèce de loi de la gravité à l'envers."
"Me atrajo una visión, y es que de todos los movimientos del hombre hay uno hacia el cual inevitablemente vamos, que se repite a lo largo de la vida hasta que se da en forma definitiva: la caída. El caer abarca desde la hoja del árbol hasta todo lo que existe en el universo. La caída es algo así como el centro de nuestras vidas y de nosotros mismos.
Sin embargo sentí que paradójicamente se producía también el movimiento inverso. Como si en el fondo de la caída hubiera un rebote, y es allí donde se encuentra el ascenso. (...) Dice Heráclito "el camino que baja es el mismo camino que sube". (...) una especie de ley de gravedad invertida."
 
Picasso La chute d'Icare  
 
Il faut tomber et on ne peut choisir où.
Mais il existe une certaine forme du vent dans les cheveux,
une certaine pause du coup,
un certain angle du bras
que nous pouvons obliquer dans la chute.
Ce n'est que l'extrémité d'un signe,
la pointe sans y penser d'une pensée.
Mais il suffit pour éviter le fond avare de mains
et la misère bleue d'un Dieu désert.

Il s'agit de plier plus qu'une virgule
dans un texte que nous ne pouvons corriger.
 
(Trad: Colette)
 
Hay que caer y no se puede elegir dónde.

 Pero hay cierta forma del viento en los cabellos,

cierta pausa del golpe,
 
cierta esquina del brazo

 que podemos torcer mientras caemos.

Es tan sólo el extremo de un signo,
 
la punta sin pensar de un pensamiento.
 
Pero basta para evitar el fondo avaro de unas manos

 y la miseria azul de un Dios desierto. 

 

Se trata de doblar algo más que una coma

 en un texto que no podemos corregir.

 

 

17/10/2015

Sans le savoir / Sin saberlo

Roberto Juarroz. 


 
Argentina (1925-1995)

"Una hoja en el árbol, justifica al árbol. Pero un árbol sin hojas lo justifica todo."
"Une feuille dans l'arbre justifie l'arbre. Mais un arbre sans feuilles justifie tout"
 
(les poèmes de Juarroz sont sans titre) (los poemas de Juarroz no tienen título)
 
 
 Le jour où sans le savoir
Nous faisons une chose pour la dernière fois,
regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu’un,
écouter une voix,
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n’allions la refaire,
la vie probablement s’arrêterait
comme une poupée sans enfant ni ressort.

Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois,
regarder un visage,
nous appeler par notre nom,
achever d’user une chaussure,
éprouver un frisson
comme si la première ou la millième fois
pouvait nous préserver de la dernière.

Il nous faudrait un tableau noir
marquant toutes les entrées et les sorties,
où serait clairement annoncé, jour après jour,
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu’à quand on doit faire chaque chose,
jusqu’à quand on vit
jusqu’à quand on meurt.
 
 
(Trad: Colette)
 

Ce poème a été traduit par Jacques Ancet, bien avant moi; vous trouverez sa version ici: http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juarroz/jua...

Tommy Ingberg http://www.ingberg.com/



El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.

Roberto Juarroz.
 
 
 
 
Le prochain billet sera consacré à ce poète Argentin (1925-1995), auteur d'une “poésie verticale”; les pieds sur terre, la tête imprégnée de spiritualité, de philosophie. Une poésie sans artifices, à la recherche d'une “troisième dimension”, entre la vie et la mort, le bonheur et la disgrâce...loin du manichéisme d'une certaine poésie traditionnelle.


La próxima entrada será dedicada a ese poeta Argentino (1925-1995), autor de una “Poesía Vertical”; los pies en la tierra, la cabeza impregnada de espiritualidad, de filosofía. Una poesía sin artefactos, que busca una “tercera dimensión” entre la vida y la muerte, la felicidad y la desgracia...lejos del maniqueísmo de cierta poesía tradicional.

10/10/2015

Balade d'automne / Paseo otoñal

Dimanche dernier soufflait un vent doux et chaud, comme une caresse sur les bras nus.
El domingo pasado soplaba un viento dulce y cálido, parecido a una caricia en los brazos desnudos.

 


Tiens, il fait à nouveau chaud? Je ne suis pas très calée en saints, mais il paraît que c'est "le petit été de Saint Michel".
Anda, ¿otra vez hace calor? No estoy muy puesta en los santos, pero parece que es "el veranillo de san Miguel".
La ciel est couleur crème, un peu de bleu par moments, une balade dans les sous-bois se décide: les arbouses sont-elles mûres? L'Erica en fleur? En route pour la zone de Galilea, Capdellá, Calvià.


El cielo es de color crema, algo azul a ratos, decidimos dar un paseo por el sotobosque: ¿están maduros los madroños? ¿La Erica en flor?. Carretera hacia la zona de Galilea, Capdellá, Calviá.

 

Sur la route cette sculpture, fragile. En la carretera esta frágil escultura.

 

(clic pour agrandir)

 

A un tournant surgit une belle plante d'Erica, mais plus loin c'est tout le flanc de la montagne qui en est couvert.
En una curva aparece una bella planta de Erica, pero más allá es toda la ladera de la montaña que está cubierta.

 

Erica

 



 

Voilà les arbouses, pas encore rouges, les oiseaux en feront bientôt leur déjeuner; ne pas en abuser, ils contiennent de l'alcool...!
Por fin unos madroños todavía verdes, pero pronto los pájaros los convertirán en almuerzo; no hay que abusar, contienen alcohol...!

 

 

Madroño / Arbousier

 



Encore de quoi faire un festin, un lentisque.
Otro festín, un lentisco.

 

 
Lentisco

 


Dans la plaine, l'arbre qui attire le plus mon attention est le caroubier.
Un arbre généreux aux feuilles d'un beau vert et joliment découpées. Les troncs les plus anciens ont souvent des formes extraordinaires, et les fruits employés pour l’alimentation du bétail, mais aussi pour faire un chocolat délicieux, pas gras du tout (contrairement au cacao), des farines sans gluten, et autres.

En el llano, el árbol que más me llama la atención es el algarrobo.
Un árbol generoso con hojas de un bonito verde y finamente dibujadas. Los troncos antiguos tienen a menudo unas formas extraordinarias y los frutos, empleados en la alimentación del ganado pero también para hacer un delicioso chocolate, nada grasiento (la contrario del cacao), harinas sin gluten y multiples usos más.

 

Algarrobo / Caroubier

 

 

 

Le Galatzó vu de Capdellà

 


Avant de reprendre la route qui mène à Calvià, je traîne encore un moment. Ce peut sembler un peu "simplet" mais je me sens en harmonie avec ces sous-bois, cette nature sauvage. Peut-être, comme disait Nietzsche, est-ce parce qu'elle n'a pas d'opinion sur moi/nous....

Antes de retomar la carreta hacia Calviá, me demoro un poco más. Puede parecer un poco "simplote" pero me siento en armonía con el sotobosque, esa naturaleza salvaje. Tal vez, como decía Nietzsche, es porque ella no tiene opinión sobre mí/nosotros...

 

Algarrobo / caroubier

03/10/2015

Pluie dans le patio / Lluvia en el patio

Dans les pays asiatiques il n'y a que deux saisons: la sèche et l'humide.
Cette mousson si attendue, indispensable à la vie, causant parfois des catastrophe aussi.

 

En los países asiáticos sólo hay dos estaciones: la seca y la húmeda. Ese monzón tan esperado, indispensable para la vida, causando a veces desastres también.

J'y pense ce matin en regardant la campagne inondée; les oiseaux se bousculent dans les immenses flaques, et j'imagine les semences se gorgeant goulûment d'eau.

 

 

Pienso en ello esta mañana mirando al campo inundado; los pájaros se atropellan en los inmensos charcos, y me imagino las simientes llenándose de agua con gula.

Voici cette semaine un poème de J.L. Borges avec ce vers intraduisible et génial:
 Esta semana un poema de Borges y este verso tan conseguido:

 

" Y el curioso color del colorado."

 


Pluie, patio, père...

 

Lluvia, patio, padre...

 

"La pluie"

 

 
Brusquement le soir s'est éclairé

 

car déjà tombe la pluie fine.

 

Elle tombe ou tomba. La pluie est une chose

 

qui bien sûr survient dans le passé

 

 

 

Celui qui l'entend tomber a retrouvé

 

Le temps où le sort heureux

 

Lui révéla une fleur appelée rose

 

et la curieuse couleur qu'est le carmin.

 

 

 

Cette pluie qui aveugle les vitres

 

Réjouira dans des quartiers perdus

 

Les noirs raisins d'une treille en un certain

 

 

 

Patio qui n'existe plus. Le soir

 

Mouillé m'apporte la voix, la voix désirée

 

De mon père qui revient et qui n'est pas mort.

 

 

 

(trad: Colette)

 

 

 

"Comme beaucoup, je tiens qu'un poème est intraduisible, mais qu'il peut être recréé dans une autre langue (je sais bien qu'en bonne logique, il suffirait d'un seul vers bien traduit pour réfuter cette assertion). Tout dépend, bien sûr, de ce qu'on entend par "bien traduit". Pour moi, je suis nominaliste; je me méfie des affirmations abstraites, et je préfère m'en tenir aux cas particuliers."

 

Jorge Luis Borges

 

 

"La lluvia"

 

 

Bruscamente la tarde se ha aclarado

 

Porque ya cae la lluvia minuciosa.

 

Cae o cayó. La lluvia es una cosa

 

Que sin duda sucede en el pasado.

 

 

 

Quien la oye caer ha recobrado

 

El tiempo en que la suerte venturosa

 

Le revelo una flor llamada rosa

 

Y el curioso color del colorado.

 

 

 

Esta lluvia que ciega los cristales

 

Alegrara en perdidos arrabales

 

Las negras uvas de una parra en cierto

 

 

 

Patio que ya no existe. La mojada

 

Tarde me trae la voz, la voz deseada

 

De mi padre que vuelve y que no ha muerto