17/10/2015

Sans le savoir / Sin saberlo

Roberto Juarroz. 


 
Argentina (1925-1995)

"Una hoja en el árbol, justifica al árbol. Pero un árbol sin hojas lo justifica todo."
"Une feuille dans l'arbre justifie l'arbre. Mais un arbre sans feuilles justifie tout"
 
(les poèmes de Juarroz sont sans titre) (los poemas de Juarroz no tienen título)
 
 
 Le jour où sans le savoir
Nous faisons une chose pour la dernière fois,
regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu’un,
écouter une voix,
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n’allions la refaire,
la vie probablement s’arrêterait
comme une poupée sans enfant ni ressort.

Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois,
regarder un visage,
nous appeler par notre nom,
achever d’user une chaussure,
éprouver un frisson
comme si la première ou la millième fois
pouvait nous préserver de la dernière.

Il nous faudrait un tableau noir
marquant toutes les entrées et les sorties,
où serait clairement annoncé, jour après jour,
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu’à quand on doit faire chaque chose,
jusqu’à quand on vit
jusqu’à quand on meurt.
 
 
(Trad: Colette)
 

Ce poème a été traduit par Jacques Ancet, bien avant moi; vous trouverez sa version ici: http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/juarroz/jua...

Tommy Ingberg http://www.ingberg.com/



El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.

Roberto Juarroz.
 
 
 
 
Le prochain billet sera consacré à ce poète Argentin (1925-1995), auteur d'une “poésie verticale”; les pieds sur terre, la tête imprégnée de spiritualité, de philosophie. Une poésie sans artifices, à la recherche d'une “troisième dimension”, entre la vie et la mort, le bonheur et la disgrâce...loin du manichéisme d'une certaine poésie traditionnelle.


La próxima entrada será dedicada a ese poeta Argentino (1925-1995), autor de una “Poesía Vertical”; los pies en la tierra, la cabeza impregnada de espiritualidad, de filosofía. Una poesía sin artefactos, que busca una “tercera dimensión” entre la vida y la muerte, la felicidad y la desgracia...lejos del maniqueísmo de cierta poesía tradicional.

Commentaires

Superbe texte Colette.
Oui, c'est exactement cela.
Figurez-vous que ces jours je compose pour mon prochain album et j'étais sur une inspiration presque identique.

Parfois je ne désire que poésie. Mes implications dans le monde n'améliorent pas le monde et je ne suis pas sûr qu'elles m'améliorent moi-même.
J'ai heureusement pu soulager certaines personnes dans mon travail, été disponible à de beaux échanges, tenu la porte quand c'était utile.
Et goûté à la poésie.

Commentaire en demi-teinte aujourd'hui...

Belle soirée, Colette.

Écrit par : hommelibre | 18/10/2015

Bonjour Homme Libre,

Je vous lis attentivement et pense à une interview de R. Juarroz où il dit que la (sa) poésie est peu lue parce qu'elle nous parle, souvent de façon très directe, sans artifices, de nous-mêmes. De nous-mêmes dans le monde bien sûr. De passage donc.
La vie aurait-elle plus de sens si éternelle? Évidemment non.

Je suis sûre qu'aider les autres à vivre/survivre ici-bas, ce que vous faites dans votre travail, est éminemment utile. Et la poésie, la nature peuvent y aider, j'en suis tout aussi sûre.

Bon dimanche Homme Libre, merci de votre fidélité.

Écrit par : colette | 18/10/2015

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