06/09/2015

Ces choses quotidiennes / Esas cosas cotidianas

Chose; on apprend, puis on répète que c'est un mot à éviter, presqu'un gros mot quand on écrit. Voyons, chaque chose a un nom!
 
Et pourtant...pourtant. Jorge Luis Borges et Gloria Fuertes, deux “grands” l'ont employé pour écrire des poèmes, de beaux poèmes sur... “des choses”.

  

Cosas; aprendemos, luego repetimos que es una palabra que hay que evitar, casi una palabrota cuande se escribe. Venga, ¡cada cosa tiene un nombre!
Sin embargo...sin embargo. Jorge Luis Borges y Gloria Fuertes, dos “grandes” lo emplearon para escribir poemas, preciosos poemas sobre...”cosas”

 

 

 

 

 

 

Les Choses
 
Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
la serrure docile, les lettres tardives
qui ne seront pas lues dans le peu de jours
qu'il me reste, les cartes de jeu et le damier,
 
un livre, et, entre ses pages, la violette
flétrie, monument d'un soir
sans doute inoubliable mais déjà oublié,
le rouge miroir occidental dans lequel brûle 
 
une illusoire aurore. Combien de choses,
planches, seuils, atlas, tasses, épingles,
nous servent d'esclaves tacites,
 
aveugles et étrangement discrets !
Elles dureront au delà de notre oubli;
elles ne sauront jamais que nous sommes partis. 

 


Jorge Luis Borges (1899-1986)  

Traduit de l'espagnol par E. Dupas, retravaillé à sa manière par Colette.

 

Borges

 

 
Las cosas

El bastón, las monedas, el llavero,
la dócil cerradura, las tardías
notas que no leerán los pocos días
que me quedan, los naipes y el tablero,

un libro y en sus páginas la ajada
violeta, monumento de una tarde
sin duda inolvidable y ya olvidada,
el rojo espejo occidental en que arde

una ilusoria aurora. ¡Cuántas cosas,
láminas, umbrales, atlas, copas, clavos,
nos sirven como tácitos esclavos,

ciegas y extrañamente sigilosas!
Durarán más allá de nuestro olvido;
no sabrán nunca que nos hemos ido.

 

 
 
Picasso "Femme accoudée"
 

 

Les choses    Gloria Fuertes

Les choses, nos choses,
elles aiment qu'on les aime;
ma table aime que j'y appuie mes coudes,
la chaise aime que je m’asseye sur la chaise,
la porte aime que je l'ouvre et la ferme
comme le vin aime que je l'achète et le boive,
mon crayon se libère si je le prends et écris,
mon armoire frissonne quand je l'ouvre et regarde,
les draps sont draps quand je me couche sur eux
et le lit se plaint quand je me lève.
Qu'adviendra-t-il des choses quand l'homme disparaîtra?
Tout comme les chiens, les choses n’existent pas sans le maître.

 

Trad: Colette

 

 

Biblioteca La Granja Foto Colo

 

 

Las cosas Gloria Fuertes

 

Las cosas, nuestras cosas,
les gustan que las quieran;
a mi mesa le gusta que yo apoye los codos,
a la silla le gusta que me siente en la silla,
a la puerta le gusta que la abra y la cierre
como al vino le gusta que lo compre y lo beba,
mi lápiz se deshace si lo cojo y escribo,
mi armario se estremece si lo abro y me asomo,
las sábanas son sábanas cuando me echo sobre ellas
y la cama se queja cuando yo me levanto.
¿Qué será de las cosas cuando el hombre se acabe?
Como perros las cosas no existen sin el amo.

 

Commentaires

Une idée et son contraire : Les choses dureront au delà de notre oubli; Tout comme les chiens, les choses n’existent pas sans le maître.
On peut faire dire aux choses ce que nous souhaitons qu'elles nous disent !
J'ai remarqué avec mon espagnol rudimentaire que le terme "corazón" est assaisonné à toutes les sauces dans les chansons nostalgiques.
J'avais écrit à l'époque quelque chose sur cette chose innomable mais tellement citée, heureusement les photos parlent parfois en place des mots ...(sorry, je n'arrive pas à remettre la photo, caprice de blogspot qui m'a mangé plein de photos !) Tant pis, je fais appel à ton imagination de corazon :-)
http://saravati.blogspot.be/2011/08/cette-chose.html

Écrit par : saravati | 08/09/2015

"Très beau ton texte...une chose multiforme et sans espace précis. Plus reliée à une personne qu'à une endroit. Immatérielle.

Si le choses nous oublieront, certaines vivront en souvenir de nous chez / sur d'autres êtres; je pense à une bague passée de générations aux suivantes.

Merci d'être passée par ici Savarati, bonne semaine.

Écrit par : colette | 08/09/2015

Je ne comprends plus rien à tes blogs, tu publies les mêmes textes ça et là.
Merci Colette pour tes commentaires empathiques et tes belles découvertes poétiques.

Écrit par : saravati | 08/09/2015

Oui, c'est ça! Deux pays différents, note!

Bien amicalement.

Écrit par : colette | 08/09/2015

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