14/02/2015

En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

Tricoteuse, Albert Anke

 

Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
Une ode fort amusante, voyez plutôt.

Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
 
 
Magritte, pieds            
 
Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
 
 
Oda a los calcetines
 
Ode aux chaussettes 
 
Pablo Neruda
 
Me trajo Mara Mori
un par de calcetines,
que tejió con sus manos de pastora,
dos calcetines suaves como liebres.
En ellos metí los pies
como en dos estuches
tejidos con hebras del
crepúsculo y pellejos de ovejas.
 
Mara Mori m'a apporté
une paire de chaussettes,
tricotées de ses mains de bergère,
deux chaussettes douces comme des lièvres.
J'y ai glissé mes pieds
comme dans deux étuis
tricotés de fils du
crépuscule et peau de mouton.


Violentos calcetines,
mis pies fueron dos pescados de lana,
dos largos tiburones
de azul ultramarino
atravesados por una trenza de oro,
dos gigantescos mirlos,
dos cañones;
mis pies fueron honrados de este modo
por estos celestiales calcetines.
 
Violentes chaussettes,
mes pieds furent deux poissons de laine,
deux longs requins
bleu outremer
traversés d'une tresse en or,
deux gigantesques merles,
deux canons;
ainsi furent honorés mes pieds
par ces chaussettes célestes.

Eran tan hermosos que por primera vez
mis pies me parecieron inaceptables,
como dos decrépitos bomberos,
bomberos indignos de aquel fuego bordado,
de aquellos luminosos calcetines.
 
Elles étaient si belles que pour la première fois
mes pieds m'ont paru inacceptables,
comme deux pompiers décrépis,
pompiers indignes de ce feu brodé,
de ces lumineuses chaussettes.

Sin embargo, resistí la tentación
aguda de guardarlos como los colegiales
preservan las luciérnagas,
como los eruditos coleccionan
documentos sagrados,
resistí el impulso furioso de ponerlos
en una jaula de oro y darles cada
día alpiste y pulpa de melón rosado.
 
Je résistai pourtant à la tentation
aigüe de les garder comme les écoliers
conservent les vers luisants,
comme les érudits collectionnent
des documents sacrés,
je résistai à l'élan furieux de les enfermer
dans une cage dorée et de leur donner chaque
jour du millet et de la pulpe de melon rose.


Como descubridores que en la selva
entregan el rarísimo venado verde
al asador y se lo comen con remordimiento,
estiré los pies y me enfundé
los bellos calcetines, y luego los zapatos.
Y es esta la moral de mi Oda:
Dos veces es belleza la belleza,
y lo que es bueno es doblemente bueno,
cuando se trata de dos calcetines
de lana en el invierno.
 
Comme les explorateurs qui dans la jungle
livrent le très rare gibier vert
à la broche et le mangent avec remords,
j'étirai les pieds et j'enfilai
les belles chaussettes, puis les souliers.
Voici la morale de mon Ode:
Par deux fois la beauté est beauté,
et ce qui est bon est doublement bon,
quand il s'agit de deux chaussettes
de laine en hiver.
 
Trad: Colette

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