28/09/2014

Nuages 2 / Nubes 2

 

  Cette semaine j'ai découvert des extraits de ZOCALO d'Adonis...et ces écrits m'ont enchantée, dans le sens premier du mot: envoûté donc.


Esta semana descubrí (en francés ya que creo que esta obra no está todavía traducida al español) unos extractos de ZOCALO de Adonis y esos textos me han realmente encantado.


Foto Colette                              

Une mouette dort sur le bras d'une mouette
Une vague pend au cou d'une vague - berceau pour ceux affublés du saroual de la mer.
Calmez-vous, calmez-vous, papillons du sens.
Les images improvisent les ailes et l'espace improvise l'encre.
C'est ainsi que je mets les choses entre parenthèses, et que je fends mon chemin entre ses signes.
J'ai sellé des chevaux que je n'ai pas touchés et touché des autres que je n'ai pas vus.
Les montagnes marchaient autour de moi, nuages serrés dans leurs mains.

Adonis (Ali Ahmed Said Esther), Zocalo, extrait


Una gaviota duerme en el brazo de una gaviota
Una ola cuelga del cuello de una ola – cuna para los adornadoscon los bombachos del mar.
Calmaos, calmaos, mariposas del sentido.
Las imágenes improvisan las alas y el espacio improvisa la tinta.
Así es como pongo las cosas entre paréntesis, y que surco mi camino entre los signos.
Ensillé caballos que no toqué y toqué otros que no vi.
Las montañas andaban alrededor mío, apretando nubes en sus manos.
Adonis (Ali Ahmed Said Esther)- Extracto de Zocalo

(Trad: Colette)

 

21/09/2014

Nuages / Nubes

 

 

                             Photo Colette, aube à Puigpunyent, Mallorca 2014
 
            Nuages ( Jorge Luis Borges)
I. Pas une chose au monde qui ne soit
nuage. Nuages, les cathé­drales,
pierre impo­sante et bibliques ver­rières,
qu’aplanira le temps. Nuage l’
Odys­sée,
mou­vante, comme la mer, neuve
tou­jours quand nous l’ouvrons. Le reflet
de ta face est un autre, déjà, dans le miroir
et le jour, un laby­rinthe impal­pable.
Nous sommes ceux qui partent. Le nuage
nom­breux qui s’efface au cou­chant
est notre nuage. Telle rose
en devient une autre, indé­fi­ni­ment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.
Nuages (I), Jorge Luis Borges, Les Conju­rés,
tra­duc­tion par Claude Este­ban,

                           Photo Colette, aube à Puigpunyent, Mallorca 2014


NUBES   (de Jorge Luis Borges)
 
  1. No habrá una sóla cosa que no sea
    una nube. Lo son las catedrales
    de vasta piedra y bíblicos cristales
    que el tiempo allanará. Lo es la Odisea,
    que cambia como el mar. Algo hay distinto
    cada vez que la abrimos. El reflejo
    de tu cara ya es otro en el espejo
    y el día es un dudoso laberinto.
    Somos los que se van. La numerosa
    nube que se deshace en el poniente
    es nuestra imagen. Incesantemente
    la rosa se convierte en otra rosa.
    Eres nube, eres mar, eres olvido.
    Eres también aquello que has perdido.
                        Photo Colette, Mallorca
 
 
 
 
 

Nubes II (extracto) JL Borges
(...)
¿Qué son las nubes? ¿Una arquitectura
del azar? Quizá Dios las necesita
para la ejecución de Su infinita
obra y son hilos de la trama oscura.
Quizá la nube sea no menos vana
que el hombre que la mira en la mañana.
 
        Nuages ll (extrait) JL Borges
 
        (...)
        Que sont les nuages? Une architecture
        du hasard? Dieu, peut-être, en a-t-il besoin
        pour l'exécution de son oeuvre infinie.
        Ils sont le fil d'une trame obscure.
        Le nuage, peut-être, est aussi vain
        que l'homme qui le regarde dans le matin.
         (Trad: Colette)
 

14/09/2014

Lope de Vega et les tumultes amoureux / Lope de Vega y los tumultos amorosos

Le grand, l'immense et prolifique (bel homme aux traits fins aussi!) Lope de Vega 1562-1635, admiré de tous les écrivains (exception faite de Góngora), celui qui a révolutionné le théâtre espagnol pendant le Siècle d'Or, eut une vie amoureuse pour le moins tumultueuse. Ces "agitations" du corps et de l'âme lui firent rater de belles occasions et même mené à l'exil...
Aujourd'hui, un poème sur l'amour qui lui semblait aussi turbulent que le fut sa vie.
 
 

El gran, el inmenso y prolífico (y hombre guapo de rasgos finos!) Lope de Vega, admirado por todos los escritores (excepto Góngora), el que revolucionó el teatro español durante el Siglo de Oro, tuvo una vida amorosa tumultuosa. Esas “agitaciones” del cuerpo y del alma le hicieron perder muchas buenas ocasiones y le llevaron incluso al exilio...
Hoy, un poema sobre el amor que le parecía tan turbulento como fue su vida.

S'évanouir, oser, être furieux,
rugueux, tendre, libéral, revêche,
brave, mortel, défunt, vivant,
loyal, traître, lâche et courageux ;

ne pas chercher le repos hors du bien,
se montrer joyeux, triste, humble, fier,
courroucé, vaillant, fuyant,
satisfait, offensé, méfiant ;

fuir le visage à la claire désillusion,
boire le poison comme une suave liqueur,
oublier le profit, aimer la perte ;

croire qu'un ciel tient dans un enfer,
donner vie et âme à une désillusion,
tel est l'amour, qui l'a éprouvé le sait.
 
(trad: Colette)
 
 
Desmayarse, atreverse, estar furioso,
áspero, tierno, liberal, esquivo,
alentado, mortal, difunto, vivo,
leal, traidor, cobarde y animoso;

no hallar fuera del bien centro y reposo,
mostrarse alegre, triste, humilde, altivo,
enojado, valiente, fugitivo,
satisfecho, ofendido, receloso;

huir el rostro al claro desengaño,
beber veneno por licor suave,
olvidar el provecho, amar el daño;

creer que un cielo en un infierno cabe,
dar la vida y el alma a un desengaño;
esto es amor, quien lo probó lo sabe.

06/09/2014

Un conte "fantastique" de Silvina Ocampo / Un cuento "fantástico" de Silvina Ocampo

Un conte fantastique, jamais je n'en avais jamais traduit.
Plaisir, difficultés et sueurs pour essayer de rendre les images et juxtapositions opérées par Silvina Ocampo.
Il est long, étrange,  prenez votre temps...
 
La tête collée à la vitre
Cela faisait quinze ans que Mlle Dargére avait à sa charge une colonie d'enfants fluets qui avait été créée par une de ses grand-mères. La maison était située en bord de mer et elle avait vécu depuis sa jeunesse dans l'aile de l'asile, au dernier étage de la tour.
Les premiers temps elle vivait au premier étage, mais la nuit aux vitres de la fenêtre lui apparaissait la tête d'un homme en feu. Une tête affreusement rouge, collée à la vitre comme les peintures des vitraux. Elle déménagea au second: la même tête la poursuivait. Elle déménagea au troisième: la même tête la poursuivait; elle déménagea de toutes les pièces de la maison avec le même résultat.
Mlle Dargére était extrêmement jolie et les enfants l'aimaient, mais une préoccupation constante s’installa entre les sourcils, en forme de lignes verticales qui dérangeaient un peu sa beauté. Ses nuits s'emplissaient d'insomnies et dans ses veilles elle entendait monter les chœurs des rêves des enfants, d'une blancheur de chemise de nuit, depuis les chambres de vingt lits où elle déposait des baisers quotidiens.
Les matinées étaient diaphanes au bord de la mer; les enfants sortaient, tous vêtus de costumes de bain trop longs qui s'enroulaient dans les vagues. Ce n'était pas la faute des costumes, pensait Mlle Dargére appuyée à la balustrade de la terrasse; les enfants, pour ne pas être ridicules, ne pouvaient utiliser que des costumes faits sur mesure.
Ils avaient un maître-nageur noir qui les tourmentait quotidiennement par un plongeon douloureux, qui le protégeait à lui seul, soigneusement, des vagues. Mais elle ne pouvait entendre pleurer les enfants et elle se rappelait le supplice des bains avec des maîtres-nageurs de son enfance qui avaient rempli sa vie de rêves éternels de raz-de marée.
Elle se baignait le soir, l'eau à hauteur des genoux, quand la plage était déserte; elle emportait parfois un livre qu'elle ne lisait pas et se couchait sur le sable après le bain; c'était l'unique moment de la journée où elle se reposait. Elle était la mère de cent cinquante enfants pâles malgré le soleil, maigres malgré l'alimentation étudiée par les médecins, hystériques malgré la vie saine qu'ils menaient.
Mlle Dargére répandait sur eux son prestige de beauté. Sa proximité les tranquillisait un peu et les faisait grossir plus que les aliments étudiés par les meilleurs médecins, mais la tête de l'homme en flammes était toujours à la fenêtre, la nuit, au point de devenir une chose horrible mais nécessaire qu'on cherche derrière les rideaux.
Une nuit elle ne dormit pas une seule minute; la tête était absente, elle la chercha derrière les rideaux et l'inquiéta cette fois la possibilité de dormir tranquille: la tête semblait s'être perdue pour toujours.
Le matin suivant, dans les chambres, une étrange exaspération maintenait les enfants au bord des larmes. Des pleurs contenus s'accumulaient dans les bouches. Mlle. Dargére crut voir un asile de vieux en maillots de bain bleu marine allant en file vers la plage. Caroline, sa préférée, la seule qui avait un corps qui pouvait remplir un maillot de bain, s'échappa de ses bras.
La plage, ce matin-là, s'emplit de pleurs obscurs coincés dans les vagues.
Mlle Dargére, après avoir appuyé sa mélancolie à la balustrade, ce qui fut comme un adieu à la beauté, monta en courant vers le miroir de sa chambre. La tête de l'homme en flammes lui apparut de l'autre côté; vue de si près c'était une tête mouchetée de variole qui avait la même émotivité que les flans bien cuits. Mlle Dargére attribua l'emportement de sa figure aux brûlures du soleil qui se déversent en liquides brûlants sur les peaux fines. Elle s'appliqua des compresses d'huile calcaire, mais l'image de la tête en flammes s'était logée dans le miroir.
 (Trad: Colette)
LA CABEZA PEGADA AL VIDRIO
Desde hacía quince años Mlle. Dargére tenía a su cargo una colonia de niños débiles que había sido fundada por una de sus abuelas. La casa estaba situada a la orilla del mar y ella desde su juventud había vivido en la parte lateral del asilo, en el último piso de la torre.
En los primeros tiempos vivía en el primer piso, pero de noche en los vidrios de la ventana se le aparecía la cabeza de un hombre en llamas. Una cabeza espantosamente roja, pegada al vidrio como las pinturas de los vitraux. Se mudó al segundo piso: la misma cabeza la perseguía. Se mudó al tercer piso: la misma cabeza la perseguía; se mudó de todos los cuartos de la casa con el mismo resultado.
Mlle. Dargére era extremadamente bonita y los chicos la querían, pero una preocupación constante se le instaló en el entrecejo en forma de arrugas verticales que estropeaban un poco su belleza. Sus noches se llenaban de insomnios y en sus desvelos oía los coros de los sueños de los niños subir, con blancura de camisón, de los dormitorios de veinte camas en donde depositaba besos cotidianos.
Las mañanas eran diáfanas a la orilla del mar; los chicos salían todos vestidos con trajes de baño demasiado largos que se enredaban en las olas. No era la culpa de los trajes, pensaba Mlle. Dargére apoyada contra la balaustrada de la terraza; los chicos no podían usar sino trajes hechos a medida, para no quedar ridículos. Tenían un bañero negro que los mortificaba diariamente con una zambullida dolorosa, que lo resguardaba a él sólo, cuidadosamente, de las olas. Pero ella no podía oír llorar a los chicos y se acordaba del suplicio de los baños con bañeros en su infancia, que habían llenado su vida de sueños eternos de maremotos.
Se bañaba de tarde con el agua a la altura de las rodillas, cuando la playa estaba desierta; entonces llevaba a veces un libro que no leía y se acostaba sobre la arena después del baño; era el único momento del día en que descansaba. Era la madre de ciento cincuenta chicos pálidos a pesar del sol, flacos a pesar de la alimentación estudiada por los médicos, histéricos a pesar de la vida sana que llevaban.
Mlle. Dargére derramaba su prestigio de belleza sobre ellos. Su proximidad los serenaba un poco y los engordaba más que los alimentos estudiados por los mejores médicos, pero la cabeza del hombre en llamas seguía de noche en la ventana hasta que llegó a ser una horrible cosa necesaria que se busca detrás de las cortinas.
Una noche no durmió un solo minuto; la cabeza estaba ausente, la buscó detrás de las cortinas, y la desveló esta vez la posibilidad de poder dormir tranquila: la cabeza parecía haberse perdido para siempre.
A la mañana siguiente, en los dormitorios, una extraña exasperación retenía a los chicos al borde de las lágrimas. Llantos contenidos se amontonaban en las bocas. Mlle. Dargére creyó ver un asilo de ancianos en traje de baño azul marino desfilando hacia la playa. Carolina, su preferida, la única que tenía un cuerpo capaz de rellenar el traje de baño, se escapó de entre sus brazos.
La playa esa mañana se llenó de llantos obscuros y atorados dentro de las olas.
Mlle. Dargére, después de apoyar su melancolía sobre la balaustrada, que fue como una despedida a la belleza, subió corriendo hasta el espejo de su cuarto. La cabeza del hombre en llamas se le apareció del otro lado; vista de tan cerca era una cabeza picada de viruela y tenía la misma emotividad de los flanes bien hechos. Mlle. Dargére atribuyó el arrebato de su cara a las quemaduras del sol que se derraman en líquidos hirvientes sobre las pieles finas. Se puso compresas de óleo calcáreo, pero la imagen de la cabeza en llamas se había radicado en el espejo.