31/05/2014

Gardiens des signes / Guardianes de los signos

Les figuiers de barbarie qui bordent l'entrée des villages ont toujours été les gardiens des signes. Quand nous étions enfants, il y a quelques minutes, les figuiers nous indiquaient le chemin. C'est pour cela que nous restions dehors fort tard, en compagnie des chacals et des étoiles. C'est pour cela que nous cachions les broutilles que nous volions – une datte, une figue sèche, un cahier – dans leurs lits d'épines. Quand nous grandîmes, sans savoir ni comment ni quand, leurs fleurs jaunes nous incitaient à aborder les filles qui allaient à la fontaine, souriantes, et nous nous vantions des épines qui s'enfonçaient dans nos mains. Quand la fleur se fana et surgit le fruit, les figuiers se montrèrent incapables de repousser les armes de l'armée assassine. Mais ils poursuivirent le rôle de gardiens des signes: là-bas, derrière les figuiers, il y a des maisons enterrées vivantes, et des royaumes, des royaumes de souvenirs, et une vie qui attend un poète qui ne se délecte pas dans les ruines, à moins que le poème ne l'exige.”

 

Mahmud Darwix, L'empreinte du papillon
(trad: Colette)

 

Il fleurit en ce moment ici / Florece en este momento aquí ....foto Colette

 

 

Las chumberas que flanquean la entrada de los pueblos han sido siempre las guardianas de los signos. Cuando éramos niños, hace unos minutos, las chumberas nos indicaban el camino. Por eso nos quedábamos hasta tarde fuera, en compañía de los chacales y de las estrellas. Por eso escondíamos las pequeñeces que sisábamos —un dátil, un higo seco, un cuaderno— en sus alcobas de espinas. Cuando crecimos, sin saber cómo ni cuándo, sus flores amarillas nos incitaron a abordar a las chicas que iban a la fuente risueña, y nos jactábamos de las espinas que se nos clavaban en las manos. Cuando la flor se ajó y el fruto brotó, las chumberas se mostraron incapaces de repeler las armas del ejército asesino. Pero siguieron siendo las guardianas de los signos: allí, detrás de las chumberas, hay casas enterradas vivas, y reinos, reinos de recuerdos, y una vida que aguarda a un poeta que no se recree en las ruinas, a menos que el poema lo exija.”

 

 

La huella de la mariposa , Mahmud Darwix

Traducción de Luz Gómez García

Commentaires

Bonjour Colette,

Je suis entré dans le texte et j'ai vu toutes les scènes qu'il décrit.
Une touche colorée fort suggestive et chaleureuse alors que le matin est ici gris.

Non week-end!

Écrit par : hommelibre | 31/05/2014

Bonjour Homme Libre, en peu de mots il arrive à décrire et raconter à la fois, comme toute une vie dans ce court paragraphe que j'ai trouvé superbe, oui.

Temps instable ici cette année et jusqu'à présent, mais, oui, du bleu par moments!
Bonne journée.

Écrit par : colette | 31/05/2014

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