04/05/2014

Vivre entre deux.../ Vivir entre dos...

Ce billet est long, prenez votre temps...nous poursuivons avec Silvia Baron Supervielle

Esta nota es larga, tomad vuestro tiempo...seguimos con Silvia Baron Supervielle

 

 

 

sans aller vers la mer
ni venir vers le fleuve
ni traduire le murmure
momentané de l'ombre
sans reprendre l'aventure
à la dérive et l'amour
enfoui dans la tranchée
ni retrouver la plaine
suspendue aux étoiles
ni parler du territoire
de l'espace dépris
de son pays

 

 

 

Sin ir hacia el mar
ni venir hacia el río
ni traducir el murmullo
momentáneo de la sombra
sin retomar la aventura
a la deriva y el amor
sepultado en la trinchera
ni encontrar la llanura
suspendida en las estrellas
ni hablar del territorio
del espacio abandonado
de su país.

 

(trad: MAH-Colette)

 

Silvia Baron Supervielle - Autour du vide

(les poèmes sont probablement traduits par elle-même, je n'en ai pas la traduction en espagnol et l'ai réalisée avec MAH)

 

 
Silvia Baron Supervielle vit à Paris depuis 1961 et commença à écrire en français quelques année plus tard. Je vous l'ai dit dans le billet précédent, avec le temps elle est devenue une traductrice hors pair.

 

Née à Buenos Aires en 1934, dans le Río de la Plata, sa mère, qui mourut quand elle avait 2 ans, était Uruguayenne d'origine espagnole, et son père Argentin d'origine française. C'est donc sa grand-mère paternelle, cousine de Jules Supervielle qui l'éleva en français. Mais c'est en espagnol qu'elle vécut son enfance et sa jeunesse.

 

 

“–Una argentina que vive en París, escribe en francés pero se siente del Río de La Plata. ¿Por qué?
- Une Argentine qui vit à Paris, écrit en français mais se sent du Río de la Plata. Pourquoi?

  • Al escribir en francés no varían los recuerdos de la infancia y de la adolescencia, que son esenciales. Además me siento cerca de los escritores del Río de la Plata. Por eso los he traducido. No soy una escritora francesa. Escribo en francés pero pertenezco al Río de la Plata.
    - En écrivant en français, les souvenirs de l'enfance et de l'adolescence, qui sont essentiels, ne varient pas. De plus je me sens proche des écrivains du Río de la Plata. C'est pour cela que je les ai traduits. Je ne suis pas une écrivaine française. J'écris en français mais je suis du Río de la Plata.”




Adulte elle voyage et décide de s'installer à Paris. Elle raconte:


"–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía.


- J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."

 

 

alrededor del vacío
me desnudo
para unirme
al perfil
en suspenso
aéreo

 


 autour du vide
je me dénude
pour m’unir
au profil
en suspens
aérien 

 

 
 
On lui doit des traductions en français de Jorge Luís Borges, Alexandra Pizarnik, Silvina Ocampo, de Robeto Juarroz (tous originaires de Buenos Aires), puis la traduction en espagnol de Marguerite Yourcenar*

 

 

 

–“Yo pertenezco a los ausentes”, usted ha dicho.
-”J'appartiens aux absents” avez-vous dit.


Tengo la casa llena de fotos de ausentes. Los que están lejos y los que se han ido mas lejos aún. Todos mis amigos están entre mis libros junto a escritores que admiro como Borges, Silvina Ocampo, Marguerite Yourcenar, etc. Sus rostros se acompañan. Estoy rodeada de ausentes maravillosos. No los cambiaría por muchos presentes.
-J'ai la maison pleine de photos d'absents. Ceux qui sont loin et ceux qui sont partis plus loin encore. Tous mes amis sont entre mes livres à côté d'écrivains que j'admire comme Borges, Silvana Ocampo, Marguerite Yourcenar, etc. leurs visages m'accompagnent. Je suis entourée de merveilleux absents. Je ne les échangerais pas pour beaucoup`de présents.”

 

 

Leon Spilliaert Marine avec sillon

 

 

 

au cours de la traversée
la mer articula une langue
hors des registres du son 
et ce fut voir le sillage
se détacher de la cabine
et les périodes de la houle
ouvrir un étrange miroir
sur la surface circonscrite
ce fut commencer à suivre
des inflexions étonnantes
sur le hublot hermétique 
et ni taire ni chanter
mais fendre le rythme 
naturel du courant

 


 

(Extrait de Pages de voyage)

 


 

durante la travesía
el mar articuló un lenguaje
fuera del registro del sonido
y ver la estela
separarse de la cabina
y los periodos de oleaje
abrir un extraño espejo
sobre la superficie circunscrita
fue comenzar el rastreo
de inflexiones sorprendentes
sobre la hermética ventanilla
y ni cantar ni callarse
sino atravesar el ritmo
natural de la corriente

 

(Trad. MAH; Colette)




Pour terminer, et c'est la partie de son interview qui me touche le plus, elle explique comment elle se sent toujours “entre deux” et contente de l'être:



"-¿Podría volver a Buenos Aires a vivir?
-Pourriez-vous revenir à Buenos Aires?
Siempre me he dejado llevar por lo que se imponía. No creo que pueda hacer una elección. Si llega el momento, en que el regreso se impone, volveré. Si no, me quedaré en París. Ser extranjero –y ahora lo soy en todas partes– es también una manera de ser libre. La no integración es una libertad. No estoy integrada en ningún lado. Y no busco estarlo. No sé formar parte de un grupo humano. Pertenezco sólo a los que quiero que estén allí o aquí. Y Al Margen es quizá mi patria.

- Je me suis toujours laissé porter par ce qui s'imposait. Je ne pense pas pouvoir choisir. Si arrive le moment où le retour s'impose, je reviendrai. Sinon je resterai à Paris. Être étranger – et maintenant je le suis partout- est aussi une façon d'être libre. La non intégration est une liberté. Je ne suis intégrée nulle part. Et je ne cherche pas à l'être. Je ne sais pas faire partie d'un groupe humain. Je n'appartiens qu'à ceux que je veux qu'ils soient ici ou ailleurs. Et EN MARGE est peut-être ma patrie."

 

Source de l'interview, (2-09-2013)

Traduction Colette

 

 * Si l'amitié qui a surgi entre elle et Marguerite Yourcenar vous intéresse, lisez ceci:

 http://www.bm-lyon.fr/spip.php?page=video&id_video=459

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