08/03/2014

La montre / El reloj

Célébration de la fantaisie 

 

 Conte - Le livre des Étreintes

 

 Eduardo Galeano (Uruguay, 1940)

 

Ce fut à l'entrée du village de Ollantaytambo, près de Cuzco. J'avais pris congé d'un groupe de touristes et j'étais seul, je regardais de loin les ruines de pierres, quand un enfant du lieu, malingre, en haillons, s'approcha et me demanda de lui offrir un crayon. Je ne pouvais lui donner celui que j'avais car je l'employais pour je ne sais quelles annotations ennuyeuses, mais je lui proposai de lui dessiner un petit cochon sur la main.

 

Immédiatement le bruit courût. Et sitôt je me vis entouré d'un essaim d'enfants qui exigeaient à grands cris que je leur dessine des bestioles sur les mains craquelées de crasse et de froid, peaux de cuir brûlé: il y en avait qui voulaient un condor ou un serpent, d'autres préféraient des perroquets ou des chouettes et il ne manquait pas ceux qui demandaient un fantôme ou un dragon.

 

Et alors, au milieu de ce brouhaha, un petit laissé-pour-compte qui ne faisait pas plus d'un mètre, me montra une montre dessinée à l'encre noire à son poignet:

- Mon oncle qui vit à Lima me l'a envoyée, dit-il. 

- Et elle fonctionne bien? lui demandais-je.
- Elle retarde un peu reconnût-il.

 

 

(Trad. Colette)

Luna en la Plaza 1959 - Amalia Nieto (Uruguay)

 

CELEBRACIÓN DE LA FANTASÍA

(cuento)

Eduardo Galeano (Uruguay, 1940)

 

Fue a la entrada del pueblo de Ollantaytambo, cerca de Cuzco. Yo me había despedido de un grupo de turistas y estaba solo, mirando de lejos las ruinas de piedra, cuando un niño del lugar, enclenque, haraposo, se acercó a pedirme que le regalara una lapicera. No podía darle la lapicera que tenía, porque la estaba usando en no sé qué aburridas anotaciones, pero le ofrecí dibujarle un cerdito en la mano.

 

Súbitamente, se corrió la voz. De buenas a primeras me encontré rodeado de un enjambre de niños que exigían, a grito pelado, que yo les dibujara bichos en sus manitas cuarteadas de mugre y frío, pieles de cuero quemado: había quien quería un cóndor y quien una serpiente, otros preferían loritos o lechuzas y no faltaban los que pedían un fantasma o un dragón.

 

Y entonces, en medio de aquel alboroto, un desamparadito que no alzaba más de un metro del suelo, me mostró un reloj dibujado con tinta negra en su muñeca:

 

-Me lo mandó un tío mío, que vive en Lima -dijo.
-Y ¿anda bien? -le pregunté.

 -Atrasa un poco -reconoció.

 

El libro de los abrazos (1989)

 


 


 

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