28/09/2013

L'imagination d'Emily / La imaginación de Emily

Emily Brontë a surtout écrit des poèmes, nous les connaissons peu. Avant de lire celui-ci, quelques mots.
 
Après quelques essais infructueux de vie en dehors de la propriété familiale, “Elle restera donc à Haworth, là où, pense-t-elle, est sa vie, là où les gens vivent plus sérieusement, plus eux-mêmes, moins en surface, en changements, en frivolités intérieures.
Et n'en bougera plus.”
(Virginia Woolf visitant Haworth, en 1904, écrira: Haworth exprime les Brontë; les Brontë expriment Haworth; elles y sont comme un escargot dans sa coquille.)”*
 
* Extrait de 7 Femmes – Lydie Salvayre
 
Haworth
 
 
Vivre éloignée de tout et de tous; et pour écrire, faire appel à son imagination. D'où le choix de ce poème.

Emily Brontë escribió una novela pero muchos poemas, poco conocidos.
 
Después de algunos infructuosos intentos de vivir fuera de la propiedad familiar “Ella decide quedarse en Haworth donde, piensa ella, está su vida, donde la gente vive con más seriedad, más auténticidad, menos en superficie, en cambios, en frivolidades interiores.
Y ya no se moverá de allí.”
(Virginia Woolf, visitando Haworth, en 1904, escribirá: Haworth expresa las Brontë, las Brontë expresan Haworth; ellas están allí como un caracol en su concha.)”
 
Vivir alejada de todo y todos, y, para escribir, apelar a su imaginación. De allí el poema que elegí.
 
 
 

 
À l'imagination
 
Lorsque, lassée du long souci du jour
Et ballottée de peine en peine
Je suis perdue, prête à désespérer,
Ta bonne voix de nouveau me rappelle.
Ô ma fidèle amie, comment serais-je seule
Tant que tu peux parler sur pareil ton ?
 
Le monde du dehors est si vide d’espoir
Que m’est deux fois précieux le monde du dedans,
Ce tien monde où jamais ne règnent ruse et haine
Non plus que doute et froid soupçon ;
Où toi et moi et la Liberté,
Exerçons souveraineté indiscutée.
 
Qu’importe que, de toutes parts,
Le Péril, le Péché, la Ténèbre nous pressent
Si nous gardons ancré au fond de notre cœur
Un brillant ciel immaculé,
Chaud des mille rayons mêlés
De soleils qui jamais ne connaissent l’hiver ?
 
La Raison peut souvent se plaindre en vérité
Du triste train de la Nature,
Et révéler au cœur souffrant combien ses rêves
Sont voués à demeurer vains ;
Et la Réalité peut piétiner, brutale,
Les fleurs de l’Imagination à peine écloses.
 
Mais tu es toujours là pour ramener
Les visions latentes, pour parer
Le printemps dépouillé de nouvelles splendeurs
Et tirer de la mort une vie plus exquise,
Évoquant d’un souffle divin
De vrais mondes aussi lumineux que le tien.
 
Je ne crois guère en ta félicité fantôme,
Mais à l’heure apaisée du soir,
C’est toujours, oui, toujours avec reconnaissance
Que je te vois venir, ô bienfaisant pouvoir,
Infaillible consolatrice
Et quand l’espoir se meurt, plus radieux espoir.

 
Emily Brontë, 3 septembre 1844, traduction Pierre Leyris, éditions Gallimard, 1963
 
 
 
A la imaginación
 
Cuando, cansada de las preocupaciones del día

y rebotando de pena en pena

estoy perdida, dispuesta a la desesperación

De nuevo tu cálida voz me llama

Oh mi fiel amiga, ¿como podría estar sola

si de tal tono hablarme puedes?

 
Tan falto de esperanza esta el mundo de fuera
que dos veces preciado me parece el de dentro,
Ese mundo tuyo donde nunca reina ni la treta ni el odio
como tampoco la duda y la sospecha
donde tú y yo y la Libertad
Ejercemos una soberanía indiscutida.
 
¿Qué importa que a la ronda
el Peligro, el Pecado, las Tinieblas nos acechen
Si anclado en el corazón guardamos
Un brillante cielo inmaculado
Caliente de mil rayos enredados
De soles que el invierno desconocen?
 
De verdad la Razón puede quejarse
Del triste paso de Natura
Y revelar al corazón
sufriente como esos sueños
condenados están a resultar vanos;
Y la Realidad puede atropellar, brutal,
Las flores de la imaginación apenas broten.
 
Pero siempre estás allí para devolver
las visiones latentes, para adornar
la primavera despojada de nuevos esplendores
y sacar de la muerte una vida más amable,
Evocando con divino soplo
Verdaderos mundos tan luminosos como el tuyo.
 
Ya no creo en tu felicidad fantasma
Pero en las horas quietas de la noche
Siempre, sí, siempre con agrado
veo tu llegada, oh benéfico poder,
consoladora infalible.
La más brillante esperanza nace
allí donde la esperanza muere.
 
Traduction réalisée par MAH y Colette à partir du texte français.
 
Poème en anglais: online literature

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