28/04/2013

Intemporel / Intemporal


(Si vous comprenez un peu l'espagnol, vous n'aurez aucune peine cette fois à suivre le poème chanté par le grand J. Manuel Serrat)

 
Vaincus León de Felipe (1884-1968)
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer.
 
Et maintenant, oisive et bosselée, sur le baudet va l'armure
et va oisif le chevalier, sans cuirasse ni dossière,
il va chargé d'amertume,
car là-bas trouva sépulture
son amoureux combat.
Il va chargé d'amertume
car là-bas “resta sa quête”
sur la plage de Barcino, face à la mer.
 
(…)
 
Combien de fois, Don Quijote, dans cette même plaine,
aux heures de désespoir je te regarde passer!
Et combien de fois je te crie: fais-moi une place sur ta monture
et sur tes terres emmène-moi;
fais-moi une place sur ta monture,
chevalier vaincu, fais-moi une place sur ta monture
car je suis moi aussi chargé
d'amertume
et batailler je ne peux!
 
Mets-moi en croupe,
chevalier de l'honneur,
mets-moi en croupe avec toi,
et emmène-moi pour être berger.
avec toi.
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer...
 
(Trad: Colette)
 
 

VENCIDOS Léon de Felipe (1884-1968)


Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar.

Y ahora ociosa y abollada va en el rucio la armadura,
y va ocioso el caballero, sin peto y sin espaldar,
va cargado de amargura,
que allá encontró sepultura
su amoroso batallar.
Va cargado de amargura,
que allá «quedó su ventura»
en la playa de Barcino, frente al mar.

(...)

¡Cuántas veces, Don Quijote, por esa misma llanura,
en horas de desaliento así te miro pasar!
¡Y cuántas veces te grito: Hazme un sitio en tu montura
y llévame a tu lugar;
hazme un sitio en tu montura,
caballero derrotado, hazme un sitio en tu montura
que yo también voy cargado
de amargura
y no puedo batallar!

Ponme a la grupa contigo,
caballero del honor,
ponme a la grupa contigo,
y llévame a ser contigo
pastor.

Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar...

23/04/2013

Roses et livres en fête / Rosas y libros de fiesta

 

Le 23 avril a été choisi par L'Unesco en 1995 comme jour du livre et de la défense des droits d' auteurs et fut célébré pour la première fois en 1996. Ce jour correspond au jour de la mort de Cervantes, de Shakespeare et d'autres écrivains. C'est aussi la fête de saint Jorge (Sant Jordi), patron de la Catalogne.
La coutume (qui s'est étendue aux Baléares) veut qu'on offre à ses proches et amis un livre et une rose, rouge de préférence.
Partout dans les villes, villages, des stands de livres, des auteurs qui les signent, les dédicacent.
Un beau jour! Je reviens de la ville, déjà des amateurs, des écoliers à 10h30. Un rayon de soleil.

 
 
 

 

J'ai acheté, pour l'offrir car je l'ai déjà, le dernier livre de Rosa Montero, “La ridícula idea de no volver a verte.” (L'idée ridicule de ne plus te revoir). La vie de Marie Curie mais pas que...je vous en parlerai quand il sera traduit en français. 
Et puis des livres d'occasion, de poésie et du/de la parfait(e) cultivateur/trice bien sûr.
 
 
 

 

El 23 de abril fue elegido por la Unesco en 1995 como día del libro y de la defensa del derecho de autor y fue celebrado por primera vez en 1996. Este día corresponde al día de la muerte de Cervantes, Shakespeare y otros escritores. También es la San Jorge (Sant Jordi), patrón de Catalina.
La costumbre (que se extendió a las Baleares) es ofrecer un libro y una rosa (si roja, mejor) a sus amigos, su familia. Vuelvo de la ciudad,
compré “La ridícula idea de no volver a verte.” de Rosa Montero, unos libros de poesía y del perfecto horticultor. ¿Y vosotros?
 

20/04/2013

Où Sancho Panza conte un conte.../ Donde Sancho Panza cuenta un cuento...

Le long, sans doute trop long - mais qui peut couper une savoureuse histoire? - extrait de cette semaine n'est pas un des plus connus mais réunit beaucoup des qualités de l'entièreté du roman: le parler et les expressions populaires, les idées toute faites aussi, la transmission orale, l'absurde...et puis il m'a semblé si drôle!
El largo, tal vez demasiado – pero ¿quién puede cortar una historia deliciosa? - extracto de esta semana no es de los más conocidos pero reúne muchas de la cualidades de la novela:  el habla y las expresiones populares, las ideas preconcebidas, la trasmisión oral, el absurdo...y finalmente ¡me pareció tan divertido! 


Don Quichotte dit alors à Sancho de lui conter un conte, comme il le lui avait promis.
« Je le ferais de bon cœur, répondit l’écuyer, si la peur me laissait la parole ; et cependant je vais m’efforcer de vous dire une histoire telle, que, si je parviens à la conter et si je n’en oublie rien, ce sera la meilleure de toutes les histoires. Que Votre Grâce soit donc attentive, je vais commencer.

 
« Il y avait un jour ce qu’il y avait… que le bien qui vient soit pour tout le monde, et le mal pour celui qui l’est allé chercherEt je vous prie de remarquer, mon seigneur, le commencement que les anciens donnaient à leurs contes de la veillée ; ce n’était pas le premier venu, mais bien une sentence de Caton, l’encenseur romain, qui dit : « Et le mal pour celui qui l’est allé chercher. » Laquelle sentence vient ici comme une bague au doigt, pour que Votre Grâce reste tranquille, et pour qu’elle n’aille chercher le mal d’aucun côté ; mais bien plutôt pour que nous prenions un autre chemin, puisque personne ne nous force à continuer celui où nous assaillent tant de frayeurs.

Continue ton conte, Sancho, dit don Quichotte ; et du chemin que nous devons prendre, laisse-m’en le souci. 
Je dis donc, continua Sancho, que, dans un endroit de l’Estrémadure, il y avait un pâtre chevrier, c’est-à-dire qui gardait les chèvres, lequel pâtre ou chevrier, comme dit mon histoire, s’appelait Lope Ruiz, et ce Lope Ruiz était amoureux d’une bergère qui s’appelait Torralva, laquelle bergère appelée Torralva était fille d’un riche propriétaire de troupeaux, et ce riche propriétaire de troupeaux…
Mais si c’est ainsi que tu contes ton histoire, Sancho, interrompit don Quichotte, répétant deux fois ce que tu as à dire, tu ne finiras pas en deux jours. Conte-la tout uniment, de suite, et comme un homme d’intelligence ; sinon, tais-toi, et n’en dis pas davantage. 
De la manière que je la conte, répondit Sancho, se content dans mon pays toutes les histoires de veillées ; je ne sais pas la conter autrement, et il n’est pas juste que Votre Grâce exige que je fasse des modes nouvelles. 
Conte donc comme tu voudras, s’écria don Quichotte, et, puisque le sort m’a réduit à t’écouter, continue.
Vous saurez donc, seigneur de mon âme, poursuivit Sancho, que, comme j’ai déjà dit, ce berger était amoureux de Torralva la bergère, laquelle était une fille joufflue et rebondie, assez farouche et même un peu hommasse, car elle avait quelques poils de moustache, si bien que je crois la voir d’ici. 
Tu l’as donc connue quelque part ? demanda don Quichotte.
Non, je ne l’ai pas connue, reprit Sancho ; mais celui qui m’a conté l’histoire m’a dit qu’elle était si véritable et si certaine, que, quand je la raconterais à un autre, je pourrais bien jurer et affirmer que j’avais vu tout ce qui s’y passe. Or donc, les jours allant et venant, comme on dit, le diable qui ne s’endort pas et qui se fourre partout pour tout embrouiller, fit si bien, que l’amour qu’avait le berger pour la bergère se changea en haine et en mauvais vouloir ; et la cause en fut, selon les mauvaises langues, une certaine quantité de petites jalousies qu’elle lui donna les unes sur les autres, et telles, ma foi, qu’elles passaient la plaisanterie. Depuis ce temps, la haine du berger devint si forte, que, pour ne plus voir la bergère, il résolut de quitter son pays, et d’aller jusqu’où ses yeux ne pussent jamais la revoir. La Torralva, tout aussitôt qu’elle se vit dédaignée de Lope, l’aima bien plus fort que lui ne l’avait jamais aimée.

C’est la condition naturelle des femmes, interrompit don Quichotte, de dédaigner qui les aime, et d’aimer qui les dédaigne. Continue, Sancho.


 - Il arriva donc, reprit Sancho, que le berger mit en œuvre son projet, et, poussant ses chèvres devant lui, il s’achemina dans les champs de l’Estrémadure, pour passer au royaume de Portugal. La Torralva, qui eut vent de sa fuite, se mit aussitôt à ses trousses ; elle le suivait de loin, à pied, ses souliers dans une main, un bourdon dans l’autre, et portant à son cou un petit bissac qui contenait, à ce qu’on prétend, un morceau de miroir, la moitié d’un peigne, et je ne sais quelle petite boîte de fard à farder pour le visage. Mais, qu’elle portât ces choses ou d’autres, ce que je n’ai pas envie de vérifier à présent, toujours est-il que le berger arriva avec son troupeau pour passer le Guadiana, dans le temps où les eaux avaient tellement crû, que la rivière sortait presque de son lit ; et du côté où il arriva, il n’y avait ni barque, ni bateau, ni batelier, pour le passer lui et ses chèvres, ce qui le fit bien enrager, parce qu’il voyait déjà la Torralva sur ses talons, et qu’elle allait lui faire passer un mauvais quart d’heure avec ses pleurs et ses criailleries. Mais il regarda tant de côté et d’autre, qu’à la fin il aperçut un pêcheur qui avait auprès de lui un petit bateau, mais si petit qu’il ne pouvait y tenir qu’une chèvre et une personne. Et pourtant il l’appela, et fit marché pour qu’il le passât à l’autre bord, lui et trois cents chèvres qu’il conduisait. Le pêcheur se met dans la barque, vient prendre une chèvre et la passe ; puis revient et en passe une autre, puis revient encore et en passe encore une autre… Ah çà ! que Votre Grâce fasse bien attention de compter les chèvres que passe le pêcheur ; car si vous en échappez une seule, le conte finira sans qu’on puisse en dire un mot de plus. Je continue donc, et je dis que la rive de l’autre côté était escarpée, argileuse et glissante, de sorte que le pêcheur tardait beaucoup pour aller et venir. Il revint pourtant chercher une autre chèvre, puis une autre, puis une autre encore.
Eh, pardieu ! suppose qu’il les a toutes passées ! s’écria don Quichotte, et ne te mets pas à aller et venir de cette manière, car tu ne finirais pas de les passer en un an.
Combien y en a-t-il de passées jusqu’à cette heure ? demanda Sancho.
Et qui diable le sait ? répondit don Quichotte.
Je vous le disais bien, pourtant, d’en tenir bon compte, reprit Sancho. Eh bien ! voilà que l’histoire est finie, et qu’il n’y a plus moyen de la continuer.
Comment cela peut-il être ? s’écria don Quichotte ; est-il donc si essentiel à ton histoire de savoir par le menu le nombre de chèvres qui ont passé, que, si l’on se trompe d’une seule, tu ne puisses en dire un mot de plus ?
 – Non, seigneur, en aucune façon, répondit Sancho ; car, au moment où je demandais à Votre Grâce combien de chèvres avaient passé, et que vous m’avez répondu que vous n’en saviez rien, tout aussitôt ce qui me restait à dire s’en est allé de ma mémoire, et c’était, par ma foi, le meilleur et le plus divertissant.
De façon, reprit don Quichotte, que l’histoire est finie ?
Comme la vie de ma mère, répondit Sancho.

Livre 3 ch XX




Díjole Don Quijote que contase algún cuento para entretenerle, como se lo había prometido, a lo que Sancho dijo que sí hiciera si le dejara el temor de lo que oía:
- Pero con todo eso yo me esforzaré a decir una historia, que si la acierto a contar y no me van a la mano, es la mejor de las historias, y estéme vuestra merced atento, que ya comienzo.
- Erase que se era, el bien que viniera para todos sea, y el mal para quien lo fuere a buscar; y advierta vuestra merced, señor mío, que el principio que los antiguos dieron a sus consejas no fue así como quiera, que fue una sentencia de Caton Zonzorino romano, que dice: "y el mal para quien lo fuere a buscar", que viene aquí como anillo al dedo, para que vuestra merced se esté quedo, y no vaya a buscar el mal a ninguna parte, sino que nos volvamos por otro camino, pues nadie nos fuerza a que sigamos este donde tantos miedos nos sobresaltan. 
- Sigue tu cuento, Sancho, dijo Don Quijote, y del camino que hemos de seguir déjame a mí el cuidado.
- Digo, pues, prosiguió Sancho, que en un lugar de Extremadura había un pastor cabrerizo, quiero decir, que guardaba cabras, el cual pastor o cabrerizo, como digo de mi cuento, se llamaba Lope Ruiz, y este Lope Ruiz andaba enamorado de una pastora que se llamaba Torralva, la cual pastora llamda Torralva era hija de un ganadero rico, y este ganadero rico...
- Si desa manera cuentas tu cuento, Sancho, dijo Don Quijote, repitiendo dos veces lo que vas diciendo, no acabarás en dos días; dílo seguidamente y cuéntalo como hombre de entendimiento, y si no, no digas nada. 
- De la misma manera que yo lo cuento, respondió Sancho, se cuentan en mi tierra todas las consejas, y yo no sé contarlo de otra, ni es bien que vuestra merced me pida que haga usos nuevos.
- Di como quisieres, respondió Don Quijote, que pues la suerte quiere que no pueda dejar de escucharte, prosigue.


- Así que, señor mío de mi ánima, prosiguió Sancho, que como ya tengo dicho, este pastor andaba enamorado de Torralva la pastora, que era una moza rolliza, zahareña, y tiraba algo a hombruna, porque tenía unos pocos bigotes, que parece que ahora la veo.
- ¿Luego conocístela tú? dijo Don Quijote. 
- No la conocí yo, respondió Sancho, pero quien me contó este cuento me dijo que era tan cierto y verdadero, que podía bien cuando lo contase a otro afirmar y jurar que lo había visto todo: así que yendo días y viniendo días, el diablo, que no duerme y que todo lo añasca, hizo de manera que el amor que el pastor tenía a la pastora se volviese en homecillo y mala voluntad; y la causa fue, según malas lenguas, una cierta cantidad de celillos que ella le dió, tales que pasaban de la raya y llegaban a lo vedado; y fue tanto lo que el pastor la aborreció de allí adelante, que por no verla se quiso ausentar de aquella tierra, e irse donde sus ojos no la viesen jamás. La Torralva que se vio desdeñada del Lope, luego le quiso bien, más que nunca le había querido.
- Esa es natural condición de mujeres, dijo Don Quijote, desdeñar a quien las quiere, y amar a quien las aborrece: pasa adelante, Sancho.

- Sucedió, dijo Sancho, que le pastor puso por obra su determinación, y antecogiendo sus cabras, se encaminó por los campos de Extremadura para pasarse a los reinos de Portugal: la Torralva, que lo supo, fue tras él, y seguíale a pie y descalza desde lejos con un bordón en la mano y con unas alforjas al cuello, donde llevaba, según es fama, un pedazo de espejo y otro de un peine, y no sé qué botecillo de mudas para la cara; mas llevase lo que llevase, que yo no me quiero meter ahora en averiguallo, sólo diré que dicen que el pastor llegó con su ganado a pasar el río Guadiana, y en aquella sazón iba crecido y casi fuera de madre, y por la parte que llegó no había barca ni barco, ni quien le pasase a él ni a su ganado de la otra parte, de lo que se congojó mucho, porque veía que la Torralva venía ya muy cerca, y le había de dar mucha pesadumbre con sus ruegos y lágrimas, mas tanto anduvo mirando, que vio un pescador que tenía junto a sí un barco tan pequeño, que solamente podían caber en él una persona y una cabra, y con todo esto le habló y concertó con él que le pasase a él y a trescientas cabras que llevaba. Entró el pescador en el barco y pasó una cabra, volvió y pasó otra, tornó a volver y tornó a pasar otra: tenga vuestra merced cuenta con las cabras que el pescador va pasando, porque si se pierde una de la memoria se acabará el cuento, y no será posible contar más palabra dél: sigo, pues, y digo, que el desembarcadero de la otra parte estaba lleno de cieno y resbaloso, y tardaba el pescador mucho tiempo en ir y volver: con todo esto volvió por otra cabra, y otra y otra.

- Haz cuenta que las pasó todas, dijo Don Quijote; no andes yendo y viniendo desa manera, que no acabarás de pasarlas en un año. 
-¿Cuántas han pasado hasta ahora? dijo Sancho.
- ¿Yo qué diablos sé? respondió Don Quijote.  
- He ahí lo que yo dije que tuviese buena cuenta; pues por Dios que se ha acabado el cuento, que no hay pasar adelante.
- ¿Cómo puede ser eso? respondió Don Quijote. ¿Tan de esencia de la historia es saber las cabras que han pasado por extenso, que si se yerra una del número no puedes seguir adelante con la historia?  
- No, señor, en ninguna manera, respondió Sancho, porque así como yo pregunté a vuestra merced que me dijese cuántas cabras habían pasado, y me respondió que no sabía, en aquel mismo instante se me fue a mí de la memoria cuanto me quedaba por decir, y a fe que era de mucha virtud y contento.
- ¿De modo, dijo Don Quijote, que ya la historia es acabada?  
- Tan acabada es como mi madre, dijo Sancho.

Libro 3 capítulo XX


Sources:

 

 

13/04/2013

Rossinante et le péché de la chair / Rocinante y el pecado de la carne

Bien sûr, nous connaissons tous l'histoire de la folie du Caballero Andante, le topique des moulins à vent et la fameuse Dulcinea.
Pourtant, à chaque (re) lecture de ce roman touffu, bourré d'aventures et de réflexions sur le monde, la religion, les femmes, la jalousie, la vanité....je me re-passionne; ne pensant qu'en lire un chapitre, je me laisse emporter.

Alors, voici plusieurs billets avec des extraits choisis par moi.Pas tristes!
Par chance, car l'espagnol du XVIIº n'est pas aisé,  une traduction online existe, elle est fidèle, je m'en suis donc servie.

G. Doré Rossinante

Todos conocemos la historia de la locura del Caballero Andante, los tópicos de los molinos de viento y la famosa Dulcinea.
Sin embargo, a cada (re) lectura de esa novela tupida, llena de aventuras y reflexiones sobre el mundo, la religión, las mujeres, los celos, la vanidad... me vuelvo a apasionar; pienso leer un capítulo y me dejo llevar.

Os propongo varias entradas con extractos por mi elegidos. ¡Nada tristes!

Don Quichotte et Sancho mirent pied à terre, et, laissant l’âne et Rossinante paître tout à leur aise l’herbe abondante que le pré leur offrait, ils donnèrent l’assaut au bissac, et, sans cérémonie, en paix et en bonne société, maître et valet se mirent à manger ensemble ce qu’ils y trouvèrent. 

Sancho n’avait pas songé à mettre des entraves à Rossinante ; car il le connaissait pour si bonne personne et si peu enclin au péché de la chair, que toutes les juments des herbages de Cordoue ne lui auraient pas donné la moindre tentation. Mais le sort ordonna, et le diable aussi, qui ne dort pas toujours, que justement dans ce vallon se trouvassent à paître un troupeau de juments galiciennes que menaient des muletiers yangois, lesquels ont coutume de faire la sieste avec leurs bêtes dans les endroits où se trouvent l’herbe et l’eau. Celui où s’était arrêté don Quichotte était donc fort à leur convenance.
Or, il arriva que Rossinante sentit tout à coup le désir d’aller folâtrer avec mesdames les juments, et sortant, dès qu’il les eut flairées, de ses habitudes et de ses allures naturelles, sans demander permission à son maître, il prit un petit trot coquet, et s’en alla leur communiquer son amoureuse envie. Mais les juments, qui avaient sans doute plus besoin de paître que d’autre chose, le reçurent à coups de pieds et à coups de dents, si bien qu’en un moment elles rompirent les sangles de la selle, et le laissèrent tout nu sur le pré. Mais une autre disgrâce l’attendait, plus cuisante encore : les muletiers, voyant qu’il voulait faire violence à leurs juments, recoururent aux pieux qui servaient à les attacher, et lui assenèrent une telle bastonnade, qu’ils l’eurent bientôt jeté les quatre fers en l’air.

Cependant don Quichotte et Sancho, qui voyaient la déconfiture de Rossinante, accouraient tout haletants, et don Quichotte dit à son écuyer :

« À ce que je vois, ami Sancho, ces gens-là ne sont pas des chevaliers, mais de la vile et basse canaille. Ainsi, tu peux, la conscience tranquille, m’aider à tirer une vengeance légitime de l’outrage qu’ils ont fait devant nos yeux à Rossinante.

Quelle diable de vengeance avons-nous à tirer, répondit Sancho, s’ils sont plus de vingt, et nous seulement deux, ou plutôt un et demi ?

Moi, j’en vaux cent, » répliqua don Quichotte ; et, sans plus de discours, il mit l’épée à la main et fondit sur les Yangois. Sancho fit de même, excité par l’exemple de son maître.

Livre 3º chap 15

 

Apeáronse Don Quijote y Sancho, y dejando al jumento y a Rocinante a sus anchuras pacer de la mucha yerba que allí había, dieron saco a las alforjas, y sin ceremonia alguna, en buena paz y compañía, amo y mozo comieron lo que en ellas hallaron.

No se había curado Sancho de echar sueltas a Rocinante, seguro de que le conocía por tan manso y tan poco rijoso que todas las yeguas de la dehesa de Córdoba no le hicieran tomar mal siniestro. Ordenó, pues, la suerte y el diablo, que no todas veces duerme, que andaban por aquel valle paciendo una manada de jacas galicianas de unos arrieros yangüeses, de los cuales es costumbre sestear con su recua en lugares y sitios de yerba y agua; y aquel donde acertó a hallarse Don Quijote era muy a propósito de los yangüeses.

 

 

 
Sucedió, pues, que a Rocinante le vino en deseo de refocilarse con las señoras jacas, y saliendo, así como las olió, de su natural paso y costumbre, sin pedir licencia a su dueño, tomó un trotillo algo pacadillo, y se fue a comunicar su necesidad con ellas; mas ellas, que a lo que pareció, debían de tener más gana de pacer que de él, recibiéronle con las herraduras y con los dientes, de tal manera que a poco espacio se le rompieron las cinchas, y quedó sin silla en pelota; pero lo que él debió más de sentir fue que viendo los arrieros la fuerza que a sus yeguas se les hacía, acudieron con estacas, y tantos palos le dieron, que le derribaron mal parado en el suelo. Ya en esto Don Quijote y Sancho, que la paliza de Rocinante habían visto, llegaban hijadeando, y dijo Don Quijote a Sancho:

- A lo que veo, amigo Sancho, estos no son caballeros, sino gente soez y de baja ralea; dígolo, porque bien me puedes ayudar a tomar la debida venganza del agravio que delante de nuestros ojos se le ha hecho a Rocinante.

- ¿Qué diablos de venganza hemos de tomar, respondió Sancho, si estos son más de veinte, y nosotros no más de dos, y aun quizá no somos sino uno y medio?

- Yo valgo por ciento, respondió Don Quijote. Y sin hacer más discursos, echó mano a su espada y arremetió a los yangüeses, y lo mismo hizo Sancho Panza, incitado y movido del ejemplo de su amo;
 Libro 3, capítulo 15
 


 

 

06/04/2013

Douleurs et ombres / Rosalía de Castro / Dolores y sombras

Rosalia de Castro est née en 1837 en Galice, à Saint Jacques de Compostelle de “parents inconnus”. Pas si inconnus que ça, mais sa mère, fille-mère comme on disait à l'époque, n'osa pas la déclarer et son père, un prêtre, ne put pas le faire. Pas facile en effet, ni alors (sacrilège), ni aujourd'hui.
Pendant les cinq premières années de sa vie elle fut élevée par des soeurs de son père. Mais après, sa mère, affrontant la société, décida de l'éduquer elle-même.
Un lien très étroit se crée alors entre la mère et la fille. Rosalía ne reprochera jamais à sa mère de l'avoir abandonnée et a pour elle un amour sans borne, admire son courage.
Rosalía reçoit une éducation sommaire dans la campagne de Galice.

Rosalía de Castro nació en 1837 en Galicia, Santiago de Compostela, de “padres desconocidos”. No tan desconocidos pero su madre, madre soltera, no se atrevió a declararla y su padre, un sacerdote, no pudo. No era fácil, ni entonces (sacrilegio) ni ahora tal vez.
Durante los cinco primeros años de su vida fue criada por unas hermanas de su padre. Pero después, enfrentándose a la sociedad, su madre decidió educarla ella misma.
Un lazo muy estrecho se estableció entre madre e hija y Rosalía nunca le reprochó su abandono a su madre, la adora, admira.
Su educación escolar fue básica, en el campo gallego.



À 19 ans elle part à Madrid, écrit la première série de Poèmes Flores, en espagnol, d'inspiration romantique. Puis elle rencontre et se marie avec le journaliste et intellectuel connu Manuel Martínez Murguía qui l'introduit dans le monde, l'encourage à écrire, à publier. Elle écrira en galicien.
Deux malheurs successifs, la mort de sa mère adorée et celle d'un enfant d'un an, la plongent dans une douleur immense. Elle écrira des poèmes déchirants. 

A los 19 años se marcha a Madrid, escribe su primera serie de poemas Flores, en español, de inspiración romántica. Luego encuentra y se casa con el periodista e intelectual Manuel Martínez Murguía que la introduce en el mundo, la anima a escribir, a publicar.
Dos desgracias sucesivas, la muerte de su madre querida y la de un hijo de un año la sumergen en un inmenso dolor. Escribe varios poemas desgarradores.
 
Pour aujourd'hui nous en resterons là de sa vie, nous en savons assez pour comprendre le poème que j'ai choisi.
La mort déguisée en ombre noire, omniprésente.
Ce poème est devenu une des chansons les plus emblématiques de la musique galicienne car le musicien Xoán Montés Capón (1840) a uni mots et musique.
Luz Casals, Carlos Nuñoz, deux grands artistes pour interpréter ce poème-chanson en galicien.

Llegados a este punto de su vida, nos pararemos, sabemos bastante para entender el poema que elegí.
La muerte disfrazada de sombra negra, omnipresente.
Este poema se ha convertido en una de las canciones más emblemáticas gallegas ya que el músico  Xoán Montés Capón (1840) unió palabras y música.

 



Voici le poème en espagnol et ma traduction en français. 

Negra sombra Rosalía de Castro

 

 

Cuando pienso que te fuiste,
negra sombra que me asombras,
a los pies de mis cabezales,
tornas haciéndome mofa.

 

Quand je pense que tu es partie,
ombre noire qui m'inquiètes,
à mon chevet,
tu reviens te moquer de moi.

 

Cuando imagino que te has ido,
en el mismo sol te me muestras,
y eres la estrella que brilla,
y eres el viento que zumba.

 

Quand j'imagine que tu t'en es allée,
en plein soleil tu te montres,
et tu es l'étoile qui brille,
et tu es le vent qui bruit.

 

 
Si cantan, eres tú que cantas,
si lloran, eres tú que lloras,
y eres el murmullo del río
y eres la noche y eres la aurora.

 

S'ils chantent, c'est toi qui chantes,
s'ils pleurent, c'est toi qui pleures,
et tu es le murmure du ruisseau,
et tu es la nuit et l'aurore.

 

En todo estás y tú eres todo,
para mí y en mi misma moras,
ni me abandonarás nunca
sombra que siempre me asombras.

 

Tu es en tout et tu es tout,
pour moi et en moi tu vis,
jamais tu ne m'abandonneras
ombre qui toujours m'inquiètes.  

 

 (Trad en français: Colette)