28/04/2013

Intemporel / Intemporal


(Si vous comprenez un peu l'espagnol, vous n'aurez aucune peine cette fois à suivre le poème chanté par le grand J. Manuel Serrat)

 
Vaincus León de Felipe (1884-1968)
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer.
 
Et maintenant, oisive et bosselée, sur le baudet va l'armure
et va oisif le chevalier, sans cuirasse ni dossière,
il va chargé d'amertume,
car là-bas trouva sépulture
son amoureux combat.
Il va chargé d'amertume
car là-bas “resta sa quête”
sur la plage de Barcino, face à la mer.
 
(…)
 
Combien de fois, Don Quijote, dans cette même plaine,
aux heures de désespoir je te regarde passer!
Et combien de fois je te crie: fais-moi une place sur ta monture
et sur tes terres emmène-moi;
fais-moi une place sur ta monture,
chevalier vaincu, fais-moi une place sur ta monture
car je suis moi aussi chargé
d'amertume
et batailler je ne peux!
 
Mets-moi en croupe,
chevalier de l'honneur,
mets-moi en croupe avec toi,
et emmène-moi pour être berger.
avec toi.
 
Dans la plaine de La Mancha
on revoit la figure
de Don Quijote passer...
 
(Trad: Colette)
 
 

VENCIDOS Léon de Felipe (1884-1968)


Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar.

Y ahora ociosa y abollada va en el rucio la armadura,
y va ocioso el caballero, sin peto y sin espaldar,
va cargado de amargura,
que allá encontró sepultura
su amoroso batallar.
Va cargado de amargura,
que allá «quedó su ventura»
en la playa de Barcino, frente al mar.

(...)

¡Cuántas veces, Don Quijote, por esa misma llanura,
en horas de desaliento así te miro pasar!
¡Y cuántas veces te grito: Hazme un sitio en tu montura
y llévame a tu lugar;
hazme un sitio en tu montura,
caballero derrotado, hazme un sitio en tu montura
que yo también voy cargado
de amargura
y no puedo batallar!

Ponme a la grupa contigo,
caballero del honor,
ponme a la grupa contigo,
y llévame a ser contigo
pastor.

Por la manchega llanura
se vuelve a ver la figura
de Don Quijote pasar...

Commentaires

Bonjour, Colette !

On a l'impression d'être sur le dos d'un cheval, par moments. Ces répétitions, la fin qui rejoint le début.
Mon espagnol est bien insuffisant pour percevoir si dans la v.o. il y a cet effet de balancement que vous avez su produire dans la version française.
Est-ce que l'accent tonique est plus mobile qu'en français et est-ce que le balancement peut s'en trouver ... accentué ?

Écrit par : Calendula | 28/04/2013

Bonjour Calendula!
Un mouvement ondulant, c'est celui que j'ai perçu en le traduisant; si j'ai réussi à le rendre en français, vous me faites grand plaisir, merci!
L'accent tonique tombe généralement sur l'avant-dernière syllabe en espagnol, un accent aigu signale un changement.
Je pense que les rimes en "ra" et "go" accentuent le rythme, mais ceci est intraduisible, bien sûr. De là les quelques changements de place des mots en français...j'ai beaucoup hésité, travaillé!!

Beau dimanche à vous, ici avec un ciel si bas que...je n'en vois pas mes poules!

Écrit par : colette | 28/04/2013

La version chantée donne bien sûr un aperçu de la prononciation, mais l'orchestration un peu excessive occulte la mélodie de la phrase.

Ici, le ciel est également bien gris et ce matin, on pouvait constater qu'il avait neigoté sur le Jura la nuit passée.
Les "moutons" me cachent désormais la vue d'en face !

Écrit par : Calendula | 28/04/2013

Les "moutons" ,Calendula...j'y pense souvent en ce moment: l'"ennemi" est flou et multiple, de là l’énorme difficulté du "batallar", de la révolte, malgré les plus de 6 millions de chômeurs...comme la poussière soulevée par un troupeau de moutons pris pour une armée ennemie par ce vaillant Don Quijote.

Ou alors vos moutons se confondent-ils dans la neige? ;-)

Belle fin de journée.

Écrit par : colette | 28/04/2013

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