13/10/2012

Baudelaire en automne / Baudelaire en otoño

Lire et relire.
L'automne revient, ponctuel, la mer est inchangée.
Varie avec l'âge le cheminement de nos pensées.
Ce texte de Baudelaire me semble si différent aujourd'hui,  a si peu à voir avec la lecture d'antan.
 

 

Leer y releer
Vuelve el otoño, puntual, el mar está igual.
Varía con la edad el recorrido de nuestros pensamientos.
Este texto de Baudelaire me parece tan distinto hoy, poco que ver con la lectura de antaño.


                                                              
José Saborit , pintor y poeta/escritor Valenciano    
 

Confiteor de l’artiste  Charles Baudelaire

   Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.

   Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.

Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.  

Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.

 
                                 Photo: Colette
 
Confiteor del artista
 Charles Baudelaire

    ¡Qué penetrante es el final de los días de otoño! ¡Ah, penetrante hasta el dolor! Pues hay ciertas sensaciones deliciosas, cuya vaguedad no excluye la intensidad; y no hay punta más acerada que la del Infinito.
    ¡Gran delicia la de ahogar la mirada en la inmensidad del cielo y del mar! La soledad, el silencio, la incomparable castidad del azul, la pequeña vela que se estremece en el horizonte, y que por su pequeñez y su aislamiento imita mi irremediable existencia, la melodía monótona del oleaje; todas esas cosas piensan por mí, o yo pienso por ellas (¡pues en la grandeza de la meditación, el yo se pierde rápido!); esas cosas piensan, digo, pero musical y pintorescamente, sin argucias, sin silogismos, sin deducciones.
    No obstante, esas ideas, ya salgan de mí o broten de las cosas, se toman bien pronto demasiado intensas. La energía dentro de la voluptuosidad crea un malestar y un sufrimiento positivo. Mis nervios demasiado tensos sólo producen ya vibraciones dolorosas y chillonas.
    Y ahora, la profundidad del cielo me consterna; me exaspera su nitidez. Me sublevan la insensibilidad del mar, la inmutabilidad del espectáculo ...
    ¿Habrá que sufrir eternamente, o eternamente huir de lo bello? ¡Déjame, Naturaleza, hechicera sin piedad, rival siempre victoriosa! ¡Cesa de tentarme, en mis deseos y en mi orgullo! El estudio de la belleza es un duelo en el que el artista grita de espanto antes de ser vencido. 
 
Traducción de Nydia Lamarque 1º edición, 1961, México, Editorial Aguilar.

 

Découverte d'un peintre contemporain, originaire de Valencia, José Saborit. L'art de peindre la mer. Pour en voir plus:

 

Descubrimiento de un pintor contemporáneo, Valenciano, José Saborit. El arte de pintar el mar.

Commentaires

Bonsoir Colette,

D'abord cette peinture: j'ai quelque difficulté à trouver un qualificatif. Fascinante? Ce point d'infini entre ciel et Terre... Et cette mer, ces couleurs, ce ciel...

Et votre photo: encore l'infini. Avec une voile pour y poser un repère! L'infini cerné de l'intérieur, en un point central!

:-)

Enfin ce texte de Baudelaire. Je ne comprends pas toujours Baudelaire. Parfois il écrit d'un langage moderne, clair, et parfois il se complait dans l'artifice. Sa révolte et son exaspération telles que décrites ne me semblent pas authentiques. Ses "Ah!" ? Je les trouve grandiloquents.

Je pense que je ne partage pas le fait d'associer l'intensité à une douleur, ni l'infini à une pointe qui blesserait. Il y a comme un parti-pris me semble-t-il. Un parti-pris peu compatible avec la rêverie telle qu'il la décrit: est-ce lui qui pense, ou les choses qui pensent en lui? (L'image ici est belle et intéressante.)

La fin, ce duel, je ne sais pas. Pour moi le beau n'est pas un combat. Il est peut-être la seule notion et contemplation à laquelle je me soumets sans réserve et avec mon accord.

Voudriez-vous me dire ce qui vous parle dans ce texte? Je comprendrais peut-être mieux ce qui me met en résistance.

Écrit par : hommelibre | 13/10/2012

Bonjour Homme Libre,

Merci d'avoir pris la peine de commenter texte et photos.

Pour vous répondre je vois dans ce texte-poème une illustration du processus de la création artistique, de l'extrême difficulté de reproduire, pour lui en mots, la beauté, ici la Nature. Il ressent une vraie douleur, mène un vrai combat (duel ) pour essayer de restituer cette beauté. Comme un défi que lui lancerait la Nature "Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil!".

S'il est vrai que je peux ressentir le vertige de l'Infini, un sentiment de minuscule et de solitude devant certains ciels étoilés en août, par exemple, jamais je n'ai essayé de restituer cela ni en peinture ni en mots...

Comme vous, je me contente d'admirer, me laisser envahir par la beauté...doux plaisir!

Excellent dimanche à vous.

Écrit par : colette | 14/10/2012

Bonjour Colette,

Je vous réponds avant de m'absenter pour la journée. Nous n'avons pas le même ressenti de l'écriture de Baudelaire. J'entends votre perception, j'y souscris, mais pour moi le texte est presque trop "froid" pour l'illustrer vraiment. Je pourrais me contenter de considérer la difficulté dont il parle. Mais en se disant révolté, j'attendais une expression moins formelle de sa révolte.

Peut-être dois-je me l'imaginer et non pas attendre qu'il l'exprime de manière directe.

Mais j'ai régulièrement cette résistance avec Baudelaire, que je trouve parfois un peu trop formel et pompeux à mon goût. Il est intéressant de constater comment un même texte peut-être perçu ou ressenti différemment, ou comment chacun y voit un un aspect plus qu'un autre.

Merci de votre réponse, beau dimanche à vous aussi.

Écrit par : hommelibre | 14/10/2012

Les commentaires sont fermés.