21/07/2012

Lumière des tomates / Luz de tomates

Lui seul pouvait chanter la tomate, lui dédier une ode. Je parle de Pablo Neruda bien sûr. Voici ma traduction, le style est haché, je vous recommande, pour en goûter toute la saveur, de la lire un peu vite, en rythme...

Sólo él podía cantar el tomate, dedicarle un oda. Hablo de Pablo Neruda, claro.
Para disfrutar de todo su sabor os recomiendo leerla un poco rápido, con ritmo.
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Récolte du jour / Cosecha del día



ODE À LA TOMATE

La rue
s'est emplie de tomates,
midi,
été,
la lumière
se sépare
en deux
moitiés
de tomate,

coule
le jus
dans les rues .
En décembre
la tomate
se déchaîne,
envahit
les cuisines,
s'introduit dans les repas
s'assied
calmement
sur les buffets,
parmi les verres,
les beurriers,
les salières bleues.
Elle a
sa lumière propre,
la majesté bénigne.
Nous devons,
par malheur,
l'assassiner :
le couteau
plonge
dans sa pulpe vivante,
c'est un rouge
viscère,
un soleil
frais,
profond,
inépuisable,
inonde les salades
du Chili,
elle se marie allégrement
avec le clair oignon
et pour fêter ça
on laisse
tomber
l'huile,
fille
essentielle de l'olivier,
sur ses hémisphères entrouverts,
le poivre
ajoute
sa fragrance
le sel son magnétisme :
ce sont les noces
du jour,
le persil
plante
ses banderilles
les patates
bouillent vigoureusement,
l' arôme
du rôti
frappe
à la porte,
c'est l'heure,
vamos!
Et sur
la table, à la ceinture
de l'été,
la tomate,
astre de terre,
étoile
répétée
et féconde,
nous montre
ses circonvolutions,
ses canaux,
l'insigne plénitude
et l'abondance
sans noyau,
sans cuirasse,
sans écailles
ni arêtes,
nous livre
le cadeau
de sa chaleur fougueuse
et la totalité de sa fraîcheur.

Pablo Neruda (Trad: Colette)

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Variété coeur de boeuf / corazón de buey (délicieuse)

Oda al Tomate

La calle
se llenó de tomates,
mediodía,
verano,
la luz
se parte
en dos
mitades
de tomate,
corre
por las calles
el jugo.
En diciembre
se desata
el tomate,
invade
las cocinas,
entra por los almuerzos,
se sienta
reposado
en los aparadores,
entre los vasos,
las matequilleras,
los saleros azules.
Tiene
luz propia,
majestad benigna.
Debemos, por desgracia,
asesinarlo:
se hunde
el cuchillo
en su pulpa viviente,
es una roja
víscera,
un sol
fresco,
profundo,
inagotable,
llena las ensaladas
de Chile,
se casa alegremente
con la clara cebolla,
y para celebrarlo
se deja
caer
aceite,
hijo
esencial del olivo,
sobre sus hemisferios entreabiertos,
agrega
la pimienta
su fragancia,
la sal su magnetismo:
son las bodas
del día
el perejil
levanta
banderines,
las papas
hierven vigorosamente,
el asado
golpea
con su aroma
en la puerta,
es hora!
vamos!
y sobre
la mesa, en la cintura
del verano,
el tomate,
astro de tierra,
estrella
repetida
y fecunda,
nos muestra
sus circunvoluciones,
sus canales,
la insigne plenitud
y la abundancia
sin hueso,
sin coraza,
sin escamas ni espinas,
nos entrega
el regalo
de su color fogoso
y la totalidad de su frescura.
Pablo Neruda

Ce sont mes photos. / Son mis fotos.

15/07/2012

Robert Graves devant son miroir / delante de su espejo

Ma lecture du moment est “Une femme inconnue”, écrit par la fille de Robert Graves, Lucia Graves. Mon amie Tania en avait fait une chronique (ici), me l'avait gentiment passé et je suis emballée . A travers son récit autobiographique, la vie de l'écrivain et de sa famille à Deià, Mallorca, tout m'est familier.

J'ai senti donc l'urgence d'interrompre ma lecture pour aller visiter leur maison, ouverte au public et qu'elle décrit si bien; urgence aussi de me balader dans ce village entouré de montagnes que je connais depuis longtemps.

 

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Mi lectura del momento es “Mujer desconocida”, escrito por la hija de Robert Graves, Lucia Graves

Apenas empecé que sentí la urgencia de interrumpir mi lectura e ir a visitar su casa en Deià, Mallorca, abierta al público, y que Lucia describe tan bien, urgencia también de pasear por ese pueblo rodeado de montañas que hace tiempo que conozco.

 

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Robert Graves y a vécu de 1929 à 1936, l'a quitté durant et à cause de la guerre civile, mais y revint en 1946 et y resta jusqu'à sa mort en 1985. Sa tombe se trouve dans le petit cimetière, au sommet du village, et en visitant la maison on se rend compte qu'il était très proche des habitants (hijo-fils adoptivo)

Robert Graves vivió allí de 1929 a 1936, se fue durante y por culpa de la guerra civil, pero volvió en 1946 y se quedó hasta su muerte en 1985. Su tumba se encuentra en el pequeño cementerio, en lo alto del pueblo, y al visitar su casa uno se da cuenta que vivía muy cerca de los habitantes (hijo adoptivo).

 

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C'est ici qu'il écrivit la majeure partie de son oeuvre dont “Moi, Claudio” ou la magnifique “Déesse Blanche” (mythes celtes) ou Mythes grecs.

Es aquí donde escribió la mayor parte de sus obras, entre otras, “Yo, Claudio” o la magnífica ·Diosa Blanca” (mitos celtas) o Mitos griegos.

 

Dans la maison, un miroir, et l'enregistrement de ce poème “The face in the mirror” que j'ai traduit du mieux possible, mais toute suggestion est bienvenue!

En la casa, un espejo y la grabación de ese poema “The face in the mirror” .

 

Le visage dans le miroir


Des yeux gris, tourmentés, lumineux et absents

Dans de grandes orbites inégales; un sourcil légèrement

Penché sur un oeil

A cause d'un débris de missile logé dedans,

Profond dans la peau, comme un souvenir fou d'une vieille guerre mondiale.


Nez cassé et tordu; un placage au rugby en fut le coupable.

Joues sillonnées; cheveu grossier et gris qui flotte avec délire;

Front haut et ridé;

Menton proéminent; grandes oreilles; machoire “pugilistique”;

Dents rares; lèvres grosses et rouges; bouche ascétique.


J'arrête de me raser, je retire la lame, renfrogné, me moquant

De l'homme dans le miroir dont la barbe exige mon attention,

Et je lui demande une fois de plus pourquoi

Avec une présomption juvénile, il se dispose encore

A faire la cour à la reine dans son haut pavillon de soie.

 

 

 

EL ROSTRO EN EL ESPEJO

Ojos grises atormentados, luminosos y ausentes
en grandes órbitas desiguales; una ceja ligeramente
caída sobre un ojo
a causa de una esquirla de misil alojada dentro,
muy dentro de la piel, como un loco recuerdo de una vieja guerra mundial.

Rota y torcida la nariz: un placaje en el rugby fue el culpable.
Mejillas surcadas; pelo tosco y gris que flota con delirio;
alta frente arrugada;
prominente mentón; grandes orejas; quijada pugilística;
dientes escasos; labios gruesos y rojos; ascética boca.

Dejo de afeitarme, retiro la navaja, burlándome ceñudo
del hombre en el espejo cuya barba exige mi atención,
y una vez más le pregunto por qué
todavía, con presunción juvenil, se dispone
a cortejar a la reina en su alto pabellón de seda.

(Traducción encontrada aquí: http://www.poesiagrupocero.com/seleccion/editados/2002/julio2002.htm

07/07/2012

Une chanson de mes étés / María Dolores Pradera / Una canción de mis veranos

L'été c'était Bautista et ses chansons, toujours les mêmes, il les connaissait par cœur. Il chantait bien et ses plus de quatre-vingt ans n'avaient pas altéré sa voix.
La chanson espagnole de toujours, des airs dansants, et soudain, ¡hop ! il faisait un petit pas de côté.
En boucle passaient “Los Panchos” que je n'appréciais que très modérément, et la merveilleuse María Dolores Pradera, une grande dame de la chanson espagnole. C'est sur l'une de ses chansons, sublime,  écrite par Mario Cavagnaro dans les années '60, « Le chapelet de ma mère » que nos vues divergeaient.
Histoire d'une femme abandonnée/trompée par son mari qui fait preuve d'une fierté peu commune. Je vous laisse d'abord l'écouter en suivant, si vous voulez, la traduction.

El verano era Bautista y sus canciones, siempre las mismas, se las sabía de memoria. Cantaba bien y sus más de ochenta años no habían alterado su voz.
La canción española de siempre, aires para bailar y de repente, ¡hop! daba un pasito de lado.
Enlazaba sin pausa “Los Panchos”, que me gustaban muy moderadamente con la maravillosa María Dolores Pradera. Es sobre una de sus sublime canciones, “El rosario de mi madre”, escrita en los años '60 por Mario Cavagnaro, donde nuestros puntos de vista divergían. Historia de una mujer abandonada/ engañada por su marido que demuestra una dignidad poco común.
Primero os dejo escucharla.







El rosario de mi madre / Le chapelet de ma mère

Aunque no creas tú
Como que me oye Dios
Esta será la última cita de los dos
Comprenderás que es por demás
Que te empeñes en fingir
Même si tu le crois pas
Dieu m'est témoin
Ce sera notre dernière rencontre
Tu comprendras qu'il est inutile
Que tu t'obstines à feindre

Porque el dolor de un mal amor
No es como para morir
Pero desecha ya
Mi más bella ilusión
A nadie ya en el mundo
Daré mi corazón
Car la douleur d'un mauvais amour
N'est pas mortelle
Mais détruit
Ma plus belle illusion
À personne au monde
Je ne donnerai plus mon coeur

Devuélveme mi amor
Para matarlo
Devuélveme el cariño que te di
Tú no eres quien merece conservarlo
Tú ya no vales nada para mí
Rends-moi mon amour
Pour le tuer
Rends-moi l'affection donnée
Ce n'est pas toi qui mérites de la conserver
Tu ne vaux plus rien pour moi.

Devuélveme el rosario de mi madre
Y quédate con todo lo demás
Lo tuyo te lo envío cualquier tarde
No quiero que me veas nunca más
Rends-moi le chapelet de ma mère
Et garde tout le reste
Tes biens, je te les renvoie un de ces jours
Je veux que tu ne me voies jamais plus.

.(Répétitions)
(Trad: Colette)

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« Rends-moi mon amour pour le tuer » , n'imagine-t-on pas ce vers déclamé avec emphase dans une grande tragédie classique ?

Mais c'est arrivée à ce couplet que je partais immanquablement d'un grand fou rire.
« Rends-moi le chapelet de ma mère et garde tout le reste ». Quelle dignité ! Tragiquement parfait.
Autres temps, autres mœurs.
Le coté tragique des chansons - j'imagine que chacun de vous, en votre langue, pense à l'une ou l'autre- devient-il souvent comique avec le temps ?

Devuélveme mi amor para matarlo” ¿No nos imaginamos este verso declamado con énfasis en una tragedia clásica?

Y con el siguiente verso, siempre me entraba una carcajada.
Devuélveme el rosario de mi madre y quédate con todo lo demás.” ¡Qué dignidad! Trágicamente perfecto. Otros tiempos, otras costumbres.

El lado trágico de las canciones -me imagino que cada uno, en su idioma, piensa en algunas - ¿se vuelve a menudo cómico con el tiempo?

01/07/2012

L'âme mystérieuse de l'Espagne populaire / El alma misteriosa de la España popular

L'endroit est superbe et si frais en été; ce fut le premier hôtel de Palma transformé maintenant en salles d'exposition par La Caixa. En ce moment il y en a deux : la plus importante, et à ne pas rater, offre de très nombreux dessins, souvent fort féroces, sarcarstiques, de George Grosz.
El sitio es magnífico y tan fresco en verano ; fue el primer hotel de Palma ahora trasformado en salas de exposición por La Caixa. En este momento hay dos: la más importante, no se la pierdan, ofrece numerosos dibujos, a menudo feroces, satíricos, de George Grosz.



Mais c'est au deuxième étage que je vous mène aujourd'hui, une vraie découverte pour moi, la photographe Cristina García Rodero. La première femme espagnole devenue membre de l'agence Magnum.
Pero hoy os llevo al segundo piso. Fue para mí un verdadero descubrimiento, las fotos de Cristina García Rodero. La primera mujer española miembro de la agencia Magnum.
Il est rare de voir des sourires lors des visites d'expos, non ? Des trois personnes dans la salle, deux d'entre elles, plus très jeunes, riaient doucement devant certaines photos dont celles-ci.
Pocas veces se ven sonrisas en las visitas de exposiciones, ¿no ? Des las tres personas presentes en la sala, dos de ellas, ya no muy jóvenes, reían por bajo delante de algunas fotos, de las cuales estas.
cristina-garcía-rodero-5.jpgEl ofertorio / Amil 1979

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Las potencias del alma / 1976 Puente Genil (Córdoba)

Le sujet est « Espagne occulte » , une longue série de photos en noir et blanc, des fêtes religieuses, des gens, plutôt des gens pendant les fêtes, dans les années '70-'80.
« J'ai essayé de photographier l'âme mystérieuse, vraie et magique de l'Espagne populaire avec sa passion, son amour, humour, tendresse, rage, douleur, avec sa vérité ; et les moments les plus intenses et pleins de la vie des personnages, aussi simple qu'irrésistibles, avec toute leur force intérieure, en un défi personnel qui me donna force et compréhension et dans lequel j'ai investi tout mon coeur. » C. García Rodero.

El tema es « España oculta », una larga serie de fotos en blanco y negro, de fiestas religiosas, de gente, mejor dicho de gente durante las fiestas, en los años '70-'80.
Cristina García Rodero
"Intenté fotografiar el alma misteriosa, verdadera y mágica de la España popular con su pasión, su amor, humor, ternura, rabia, dolor, con su verdad; y los momentos más intensos y plenos en la vida de los personajes, tan simples como irresistibles, con toda su fuerza interior, en un desafío personal que me dio fuerza y comprensión y en el cual invertí todo mi corazón."

C'est l'Espagne d'hier, d'aujourd'hui aussi ; sinon allez vous promener dans les villages en fête.
Es la España de ayer, también la de hoy ; sino vayan a pasearse por los pueblos en fiestas.

Sa photo préférée ? Il paraît que c'est la petite fille qui saute en chantant devant un cimetière et qui représente un fort contraste vie-mort, la magie et le mélange réel-irréel.
¿Su foto preferida ? Parece ser la niña que salta y canta delante de un cementerio y que representa un fuerte contraste vida-muerte, la magia y la mezcla real-irreal.
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Les miennes? Celles-ci peut-être.
¿Las mías ? Estas tal vez.
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Los angelitos / Morella 1987
Il y en a tant, toutes émouvantes, que voici un document en PDF où vous pourrez en regarder des dizaines...bien que la qualité ne soit pas très bonne.


Photos: Cristina García Robero trouvées sur la toile / Fotos de Internet