24/03/2012

Un si profond mal être / un malestar tan profundo

Je me souviens des noirs matins du soleilAlejandra Pizarnik.jpg

Quand j'étais fillette

Recuerdo las negras mañanas de sol

Cuando era niña

 

La poésie d'Alejandra Pizarnik est faite de silences, de miroirs, d'ombres inquiétantes, de jardins, de murs fissurés, de blessures mortelles...

Comme le dit Angèle Paoli (Terres de femmes – poèmes en espagnol) dans un superbe texte, tout en délicatesse et nuances, on s'attache à ses mots et essaye de trouver où se raccrocher, une lueur.

Curieux qu'elle soit si peu connue par ici, elle qui est presque vénérée en Argentine. Alejandra a pourtant passé plusieurs années de sa vie à Paris et a traduit Bonnefoy, Artaud, Michaux et Aimé Césaire.

Peut-être effraye-t-elle trop?

Vous trouverez sa biographie, des poèmes en français et une excellente analyse de ses mots sur le blog Esprits Nomades.

 

Alors j'ai cherché une lueur, j'en ai trouvé une dans l'érotisme.

 

AMANTES

Una flor

no lejos de la noche

mi cuerpo mudo

se abre

a la delicada urgencia del rocío

De "Los trabajos y las noches" 1965

Amants

Une fleur

pas loin de la nuit

mon corps muet

s'ouvre

à la délicate urgence de la rosée.

(Traduction: Colette)

 

Plus sombres ces mots extraits d'un de ses recueils, “L'arbre de Diane”.

Más oscuras, estas palabras de uno de sus libros “El árbol de Diana”.

 

7

Salta con la camisa en llamas

de estrella a estrella,

de sombra en sombra.

Muere de muerte lejana

la que ama al viento.

Saute la chemise en feu

d'étoile en étoile,

d'ombre en ombre.

Meure de mort lointaine

celle qui aime le vent.

11
ahora

en esta hora inocente

yo y la que fui nos sentamos

en el umbral de mi mirada

maintenant

en cette heure innocente

moi et celle que je fus nous asseyons

sur le seuil de mon regard.



37
más allá de cualquier zona prohibida

hay un espejo para nuestra triste transparencia

au-delà de toute zone interdite

il y a un miroir pour notre triste transparence.

 

van_gogh_noche_estrellada.jpg

Et quelques vers d'un poème.

 

Exilio

Exil

A Raúl Gustavo Aguirre


(...)
¿Y quién no tiene un amor?

¿Y quién no goza entre amapolas?

¿Y quién no posee un fuego, una muerte,

un miedo, algo horrible,

aunque fuere con plumas,

aunque fuere con sonrisas?

Siniestro delirio amar a una sombra.

La sombra no muere.

Y mi amor

sólo abraza a lo que fluye

como lava del infierno:

(...)

Et qui n'a un amour?

Et qui ne jouit parmi les coquelicots?

Et qui ne possède un feu, une mort,

une peur, quelque chose d'horrible,

même s'il y a des plumes,

même s'il y a des sourires?

 

Sinistre délire que d' aimer une ombre.

L'ombre ne meurt.

Et mon amour

n'embrasse que ce qui coule

comme lave de l'enfer:

(…)

(Trad: Colette)


Pour terminer, cet extrait d'une interview d'Alejandra qui donne un éclairage supplémentaire à cette personnalité si particulière et émouvante.
Para terminar, ese extracto de una entrevista a Alejandra que da un luz más a esta personalidad tan particular y conmovedora.

A.P. - Entre otras cosas, escribo para que no suceda lo que temo; para que lo que me hiere no sea; para alejar al Malo (cf. Kafka). Se ha dicho que el poeta es el gran terapeuta. En este sentido, el quehacer poético implicaría exorcizar, conjurar y, además, reparar. Escribir un poema es reparar la herida fundamental, la desgarradura. Porque todos estamos heridos.

AP- Entre autres choses j'écris pour que n'arrive pas ce que je crains; pour que ce qui me blesse ne soit pas; pour éloigner le Malin (cfr Kafka). On a dit que le poète est le grand thérapeute. En ce sens, l'affaire poétique impliquerait exorciser, conjurer et, de plus, réparer. Écrire un poème est réparer la blessure fondamentale, la déchirure. Car nous tous sommes blessés.


M.I.M. - (…) creo, casi con certeza, que el viento es uno de los principales autores de la herida, ya que a veces se aparece en tus escritos como el gran lastimador.*

M.I.M.- (…) je crois, je suis presque certaine, que le vent est l'un des principaux auteurs de la blessure, car il apparait parfois dans tes écrits comme le grand “blesseur”.


A.P. - Tengo amor por el viento aun si, precisamente, mi imaginación suele darle formas y colores feroces. Embestida por el viento, voy por el bosque, me alejo en busca del jardín.

A.P: – J'ai de l'amour pour le vent même si, précisément, mon imagination lui donne souvent des formes et couleurs féroces. Agressée par le vent, je vais dans les bois, je m'éloigne à la recherche du jardin.

 

M.I.M.- ¿En la noche?
A.P. - Poco sé de la noche pero a ella me uno. Lo dije en un poema: Toda la noche hago la noche. Toda la noche escribo. Palabra por palabra yo escribo la noche.*

M.I.M. - La nuit?

A.P. Je sais peu de la nuit mais je m'unis à elle. Je l'ai dit dans un poème: Toute la nuit je fais la nuit. Toute la nuit j'écris. Mot à mot j'écris la nuit.

 

M.I.M.- En un poema de adolescencia también te unís al silencio.
A.P. - El silencio: única tentación y la más alta promesa. Pero siento que el inagotable murmullo nunca cesa de manar (...). Por eso me atrevo a decir que no sé si el silencio existe.

M.I.M.- Dans un poème d'adolescence tu t'unis aussi au silence.

A.P.- Le silence: unique tentation et la plus haute promesse. Mais je sens que l'inépuisable murmure jamais ne cesse de surgir. (…) . C'est pour cela que j'ose dire que je ne sais si le silence existe.

 

Entrevista a Alejandra Pizarnik (extracto)

Por Marta Isabel Moia [*]

Entrevista de Martha Isabel Moia, publicada en El deseo de la palabra, Ocnos, Barcelona, 1972.

 

10/03/2012

La voix et les mains / Arianna Savall / La voz y las manos

C'est l'amour des voix, la recherche de voix féminines actuelles, qui m'ont incitée à vous parler aujourd’hui d'Arianna Savall. Je vous recommande de visiter, de l'écouter sur son site.

L'écouArianna Savall.jpegter jouer de la harpe et chanter est un rêve qui emporte âme et esprit dans un monde, souvent baroque, toujours au-delà du présent. On parle d'elle comme d'une fée à la voix d'ange. Je vous laisse juges…

Fille du célèbre Jordi Savall et de la magnifique soprano Montserrat Figueras, son frère, Ferran Savall, est également musicien et chanteur.


Ensemble ils ont enregistré un album intitulé «Du temps et de l'instant» dont vous pouvez écouter un (fort long mais superbe) extrait ici:(à la minute 17.50 une chanson mère-fille-fils-père à ne pas rater!)

Es el amor por la voz, la búsqueda de voces femeninas actuales lo que me ha incitado a hablaros hoy de Arianna Savall. Os recomiendo visitar su website.

Escucharle tocar el harpa y cantar es un sueño que lleva alma y espíritu a un mundo, a menudo barroco, siempre más allá del presente. Se habla de ella como de un hada con voz de ángel. Os dejo juzgar...

Arianna Savall2.jpg

Hija del celebre Jordi Savall y de la magnífica soprano Montserrat Figueras, su hermanoSavall y Montserrat Figueras.jpg, Ferran Savall, es también músico y cantante.

Juntos han grabado un álbum titulado “Du temps et de l'instant”, aquí podéis escuchar un (muy largo pero precioso) extracto; (en el minuto 17.50 una canción madre-hija-hermano y padre, no os lo perdáis)

 

Pour compléter le tableau vous dire que son compagnon est le ténor et musicien Petter Udland Johansen avec lequel elle créa en 2009 la formation Hirundo Maris, spécialisée dans la musique ancienne et la création.

Para completar el cuadro, deciros que su compañero es el tenor y músico Petter Udland Johansen con el cual creó en 2009 la formación Hirundo Maris, especializada en música antigua y la creación.

 

Para terminar (muy a pesar mío) os dejo con Ánima Nostra

Pour terminer (à grand regret) je vous laisse avec Ánima Nostra:

Hirundo Maris, Peiwoh en concert

 

 

03/03/2012

"Oubliés" sur l'île de Cabrera / "Olvidados" en la isla de Cabrera

À 15km du sud de l'île de Majorque, l'archipel de Cabrera dont l'île la plus grande du même nom est un havre de paix et de beauté.

Grâce à l'occupation militaire depuis 1916, il n'y a là âme qui vive, pas de touristes non plus. De plus cette mini île de 15,69km2 a été déclarée en 1991 Parque Nacional Maritimo Terrestre.

Flore et faune endémiques, magnifiques, il faut demander la permission pour s'y rendre, – au maximum une journée – et bien sûr la chasse et la pêche y sont interdites. Un paradis.

 

Cabrera parque natural ultima hora.jpg

 

A unos 15km al sur de la isla de Mallorca, el archipiélago de Cabrera y la isla mayor del mismo nombre es un remanso de paz y belleza.

Gracias a la ocupación militar a partir de 1916, no hay allí alma viva ni turistas.

Además esa mini isla de 15,69km2 fue declarada en 1991 Parque Nacional Marítimo y Terrestre.

Flora y fauna endémicas, magníficas, hay que pedir permiso para pasar un día allí y, claro está, la pesca y la caza están prohibidos. Un paraíso.

 

Et rien, ou presque, ne laisse deviner la «tragédie inhumaine» qui s'y déroula pendant les cinq ans où l'île fut transformée en prison, «le premier camp de concentration de l'Histoire».

Les prisonniers, sans prison ni barreaux, étaient des grognards, soldats français de l'armée de Napoléon. Voici le récit, en grandes lignes de cinq ans en enfer.

grognards cabrera.jpg

 

Y nada, o casi, deja adivinar la “tragedia inhumana” que tuvo lugar allí durante los cinco años donde la isla fue trasformada en cárcel “el primer campo de concentración de la Historia”.

Los presos, sin cárcel ni barrotes, eran grognards, soldados franceses del ejército de Napoleón. Aquí el relato, en grandes lineas, de cinco años en el infierno.

 

 

Après la défaite de l'armée française lors de la bataille de Bailén (guerre d'Indépendance Espagnole 1808), plus ou moins 18.000 soldats français furent faits prisonniers. Les plus haut gradés furent renvoyés (et fort mal reçus par Napoléon!) en France; 4.000 furent embarqués pour les îles Canaries où ils s'intégrèrent peu à peu aux habitants et le reste, 9.000...ah, les malheureux!

En principe ils allaient être envoyés en France, échangés contre des prisonniers espagnols, mais ceci ne se fit pas (en partie à cause des Anglais) et ils restèrent d'abord confinés dans des bateaux au large de Cadix (maladies à bord, ...), puis ils partirent enfin: espoir de revoir leur pays.

Mais hélas leur voyage se terminera aux Baléares. Mallorca ne voulut pas d'eux, prétextant un manque d'infrastructures pour les accueillir; les Anglais qui occupaient Menorca non plus, alors on les abandonna sur l'île de Cabrera, l'île aux chèvres.

 

Carte_Majorque.jpgDespués de la derrota del ejército francés en la batalla de Bailén (guerra de Independencia española 1808), unos 18.000soldados franceses fueron hechos presos.

Los de mayor fueron devueltos (¡y muy mal acogidos por Napoleón!) a Francia; 4.000 fueron embarcados para las islas Canarias donde se integraron poco a poco a la población y el resto, 9.000...¡pobres desgraciados!

Se suponía que se les iba a llevar a Francia e intercambiar por presos españoles, pero eso no se hizo(en parte por culpa de los Ingleses) y se quedaron primero hacinados en unos buques a lo largo de Cádiz (enfermedades a bordo...), y por fin zarparon: esperanza de volver a su país.

Pero por desgracia acabaron en Baleares. Mallorca no les quiso, alegando falta de infraestructuras para acogerlos; los Ingleses que ocupaban Menorca tampoco los quiso, entonces se decidió abandonarlos en la isla de Cabrera, la isla de las cabras.

 

Beaucoup étaient déjà atteints de dysenterie et l'euphorie de se retrouver en terre ferme disparut rapidement en découvrant le manque quasi total de ressources en eau douce et nourriture.

En principe un bateau venant de Majorque devait les ravitailler tous les quatre jours, mais suite à de nombreuses péripéties, ils ont été très souvent «oubliés», une fois même pendant deux mois, sur leur île-prison.

Folie, famine, tous les maux imaginables et inimaginables comme, semble-t-il le cannibalisme et la coprophagie s'emparèrent des prisonniers au cours des cinq ans que dura cet enfer.

Car ce n'est qu'en 1814 après la signature d'un traité de paix que les quelque 3.000 survivants furent rapatriés.

Et certains ont raconté.

 

les prisonniers de Cabrera livre.gif

 

 

Muchos de ellos padecían disentería y la euforia de encontrarse en tierra firme desapareció rápidamente al descubrir la carencia casi total de recursos en agua dulce y comida.

En principio un barco procedente de Mallorca debía abastecerles cada cuatro días, pero debido a diversas peripecias, eran “olvidados”, una vez incluso durante dos meses, en su isla-cárcel.

Locura, hambruna, todos los males imaginables e inimaginables como, parece ser, el canibalismo y la coprofagia, se apoderaron de los presos en el curso de los cinco años que duró aquel infierno.

Sólo fue en 1814 con la firma de un tratado de paz que los 3.000 sobrevivientes fueron repatriados.

Y algunos han contado.

 

Cuando-el-padre-nos-olvida.png

NB: Les chiffres de prisonniers cités varient d'une source à l'autre et je me suis limitée à vous raconter ce mortel cauchemar de façon très succincte, mais vous pourrez lire l'histoire en détails à diverses adresses, par exemple :

http://lesapn.forumactif.fr/t7352-les-grognards-de-cabrera

http://desaix.unblog.fr/2007/11/10/page-sombre-au-coeur-de-lepopee-napoleonienne/

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-31853181.html

 

NB: Las cifras de presos varían según las fuentes y me he limitado a contar esa mortal pesadilla de manera muy sucinta, pero podéis leer la historia con todo detalles en varios sitios, por ejemplo:

http://historiasdelahistoria.com/2011/01/21/memorias-de-un-prisionero-frances-en-la-isla-de-cabrera/

http://abelgalois.blogspot.com/2007/03/lost-en-cabrera-el-cementerio-de-los.html