26/11/2011

Du haut du pont / Desde lo alto del puente

Dans “Ma vie” Sofia Tolstoï explique comment la philosophie, la musique et la lecture de certains romans l’ont sauvée du désespoir.

En ce moment de pleurs et de peines, « Faim et oignon, glace noire et givre » écrivait Miguel Hernández (1910-1942) dans sa Nana (berceuse) de l’oignon,  je vous propose de suivre l’enseignement de Sofia.

En « Mi vida » Sofía Tolstoï explica como la filosofía, la música y la lectura de algunas novelas la salvaron de la desesperanza.

En estos momentos de penas y lagrimas, « Hambre y cebolla / hielo negro y escarcha »como escribía Miguel Hernández en su Nanas de la cebolla, os propongo seguir el camino se Sofía.

 

Un concierto para piano escrito por Joaquín Nin-Culmell, hermano de Anaïs Nin.

 Voici d'abord un concert pour piano écrit par Joaquín Nin-Culmell, frère d’Anaïs Nin.

 

 

 

Et puis un peu de philosophie...

 

 

« Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promenaient sur le pont de la rivière Hao.

Zhuang Zi observa :

« Voyez les petits poissons qui frétillent agiles et libres : comme ils sont heureux ! »

Hui Zi objecta : « Vous n’êtes pas un poisson ; d’où tenez-vous que les poissons sont heureux ?

– Vous n’êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ?

– Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis pas savoir ce que vous savez. Mais comme vous n’êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux.

– Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, quand vous m’avez demandé « d’où tenez-vous que les poissons sont heureux » la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant vous voulez savoir d’ je le sais – eh bien, je le sais du haut du pont »

Le Bonheur des poisons, Lettres des antipodes. Simon Leys.

Livre de poche, p 13-14.

Poissons chinois.JPG

 

Y ahora un poco de filosofía...  

« Zhuang Zi y el logico Hui Zi paseaban sobre el puente del río Hao. Zhuang Zi advirtió:

-         Observad como los pececillos colean ágiles y libres: ¡son tan felices!

-         Hui Zi objetó: Vd no es un pez; ¿de donde sacáis que los peces son felices?

-         Vd no sois yo. ¿Cómo podéis saber lo que yo sé de la felicidad de los peces?

-         De acuerdo en que yo no soy vos y, a partir de eso, que no puedo saber lo que Vd sabe. Pero como Vd no es un pez, Vd no puede saber si los peces son felices.

-         Retomemos las cosa desde el principio – replicó Zhuang Zi – Cuando Vd me ha preguntado ¿de donde sacáis que los peces son felices? la forma misma de la pregunta implicaba que Vd sabía que yo lo sabía. Pero ahora Vd quiere saber “desde donde” lo sé, pues bien, lo sé desde lo alto de este puente.

La felicidad de los peces, Cartas desde las antípodas. Simón Leys

(Trad MAH, Colette)

 Photo poissons : http://zuihitsu-ac.blogspot.com/2009_09_01_archive.html

12/11/2011

Je suis une pause / Soy una pausa

Entre partir et rester

Entre partir et rester doute le jour,
amoureux de sa transparence.
...

Tout est visible et tout est évasif,
tout est près et tout est intouchable.

Les papiers, le livre, le verre, le crayon
reposent à l'ombre de leurs noms.
...

L’instant se dissipe. Sans bouger,
je reste et je pars: je suis une pause.


(Trad. Colette)

Octavio Paz.

ciel noir 1.jpg

Entre irse y quedarse

Entre irse y quedarese duda el día,
enamorado de su transparencia.
...

Todo es visible y todo es elusivo,

todo está cerca y todo es intocable.


Los papeles, el libro, el vaso, el lápiz

reposan a la sombra de sus nombres.
...

Se disipa el instante. Sin moverme,
yo me quedo y me voy: soy una pausa.

Octavio Paz.

Faire une pause, m'envoler pour quelques jours;
quand on vit sur une île, tout déplacement est un voyage.
Je vous retrouverai vers la fin du mois et " vous souhaite le meilleur", comme on dit en espagnol.
Tomar una pausa, coger el vuelo por unos días;
cuando se vive en una isla, cada desplazamiento es un viaje.
Nos volveremos a encontrar a final de mes, os deseo lo mejor.


Photo: OM, merci!

05/11/2011

García Lorca, La peine noire / Romance de la pena negra

Federico García Lorca, j’y reviens encore et encore...

Aujourd’hui ce poème qui réunit ses thèmes de prédilection : les gitans,  les chevaux, la nature, la mer, la tristesse…

 

Siempre vuelvo a Federico García Lorca.

Hoy este poema que reúne sus temas de predilección: los gitanos, los caballos, la naturaleza, el mar, la tristeza…

 

 

 

Romance de la peine noire

 

Les coups de bec des coqs
creusent, cherchent l’aurore,
quand de la colline sombre
descend Soledad Montoya.
De cuivre jaune, sa chair
sent le cheval et l’ombre.
Ses seins, noires enclumes,
gémissent des chansons rondes.

Soledad: Qui cherches-tu
seule et à cette heure?
Je cherche qui je veux,

dis-moi, si cela t’importe?
Je chercher ce que je cherche,
ma joie et ma personne.
Soledad de mes chagrins,
cheval qui s’emballe,
finit par trouver la mer
et les vagues le dévorent.
Ne me rappelle pas la mer
car la peine noire pousse
au pays des olives
sous la rumeur des feuilles.
Soledad, comme tu es triste !
Quelle peine désolante !
Tu pleures du jus de citron
si aigre à l’attente et à la bouche.
Que ma peine est grande ! Je traverse
ma maison comme une folle

traînant mes nattes,

de la cuisine à l’alcôve.

Quelle tristesse ! Ma chair

et mon linge deviennent noir jais.
Aïe ! Mes chemises de fil !
Aïe ! Mes cuisses de pavot !
Dans la source aux alouettes
Soledad lave ton corps
et laisse ton cœur
en paix, Soledad Montoya.

****

Tout en bas chante le fleuve:
volant de ciel et de feuilles.
De fleurs de citrouille,
l’aube se couronne.
Oh ! Peine des gitans !
Peine pure et toujours seule.
Oh ! Peine de source occulte
et d’aurore lointaine !

(traduction CM/ MAH)

 

 

Voici une version chantée, flamenco ; émotions.

 

 

 

 

Romance de la pena negra

 

Las piquetas de los gallos
cavan buscando la aurora,
cuando por el monte oscuro
baja Soledad Montoya.
Cobre amarillo, su carne,
huele a caballo y a sombra.
Yunques ahumados sus pechos,
gimen canciones redondas.
Soledad, ¿por quién preguntas
sin compaña y a estas horas?
Pregunte por quien pregunte,
dime: ¿a ti qué se te importa?
Vengo a buscar lo que busco,
mi alegría y mi persona.
Soledad de mis pesares,
caballo que se desboca,
al fin encuentra la mar
y se lo tragan las olas.
No me recuerdes el mar,
que la pena negra, brota
en las tierras de aceituna
bajo el rumor de las hojas.
¡Soledad, qué pena tienes!
¡Qué pena tan lastimosa!
Lloras zumo de limón
agrio de espera y de boca.
¡Qué pena tan grande! Corro
mi casa como una loca,
mis dos trenzas por el suelo,
de la cocina a la alcoba.
¡Qué pena! Me estoy poniendo
de azabache carne y ropa.
¡Ay, mis camisas de hilo!
¡Ay, mis muslos de amapola!
Soledad: lava tu cuerpo
con agua de las alondras,
y deja tu corazón
en paz, Soledad Montoya.
***
Por abajo canta el río:
volante de cielo y hojas.
Con flores de calabaza,
la nueva luz se corona.
¡Oh pena de los gitanos!
Pena limpia y siempre sola.
¡Oh pena de cauce oculto
y madrugada remota!