09/07/2011

Lecteur, c'est un métier / Lector, es un oficio

Italo Calvino: “Si par une nuit d’hiver un voyageur”.

Monsieur Calvino me tutoie, me voit dans une librairie en train de choisir son livre, m’imagine le lisant, couchée sur mon lit ou m’installant confortablement dans le canapé, des coussins sous les pieds.

 Un livre atypique ; on y est provoqué, bousculé, et les diverses histoires aux débuts passionnants, s’arrêtent toujours à mi-chemin. Certains l’ont détesté ne supportant pas que l’auteur s’adresse directement à eux. Ils n’ont pas apprécié non plus la liberté personnelle d’inventer la suite et la fin de ces différentes histoires. Moi j’ai adoré. Un grand livre. Il y a longtemps de ça…

 

matisse-lectora-y-velador.jpg Depuis j’avais un peu mis de côté cette réflexion sur le statut, le rôle du lecteur.

Une (pas très récente)  interview d’Alberto Manguel à l’occasion de la publication de « Dans la forêt du miroir » que je viens de relire m’a remise dans le bain. Cet écrivain, lecteur assidu, critique et traducteur donne aux lecteurs une place de choix.

S’il est vrai que je lis ou écoute (presque religieusement bien que certains soient carrément fats ou ennuyeux) les écrivains parler d’eux-mêmes, de leurs méthodes de création, j’entends rarement, à part dans certaines enquêtes, parler de nous, les lecteurs. Alors Alberto Manguel m’a enchantée. Voici un extrait de son interview :

 

 

 

Journaliste : «Dans cet essai vous défendez la vie du livre, vous défendez la vie de celui qui lui donne vie, c'est à dire le lecteur. »

 

Alberto Manguel : « Je pense que chaque fois que nous prenons un livre, nous faisons de ce livre un être créé à notre mesure. C'est notre expérience, c’est notre point de vue qui donne vie à ce livre ; nous le transformons, en quelque sorte, en fonction de cette expérience.  Même si le livre croit présenter une certaine idée, une certaine structure, un certain message, le lecteur ne croit pas vraiment à la vérité de cette fiction, il va à l’encontre de cette idée, la transforme, la subvertit.  Je crois que tout vrai lecteur est un subversif, et que c’est comme ça qu’on fait de vraies lectures. Quand vous prenez Les Voyages de Gulliver, par exemple, vous le lisez non comme une féroce satyre, mais comme un livre d’enfant ; vous êtes en train de subvertir le texte. »

 

J : « Et l'écrivain… »

 

A.M : « L’écrivain est limité par son œuvre, et d’ailleurs, il arrive à sa fin dès que l’œuvre est achevée ; une fois que vous donnez le manuscrit à l’imprimeur, c’est fini, vous n’y êtes plus. Par contre, le lecteur peut faire un tas de choses : il peut faire de la critique, il peut traduire, il peut faire des anthologies... On peut faire tout ça en tant que lecteur ; c'est un métier. » CHRONICART.com 1-06-00 .

man_reading-john-singer-sargent.jpg

 

 

 

Italo Calvino: «  Si una noche de invierno un viajero ».

El señor Calvino me tutea, me ve en una librería eligiendo su libro, me imagina leyéndolo tumbada en la cama o instalándome confortablemente en el sofá, unos cojines bajo los pies. Un libro atípico; nos provoca, atropella, y las diversas historias, con principios apasionantes, siempre quedan a medio camino. Algunos lo han odiado al no soportar que el autor se dirija directamente a ellos; tampoco supieron apreciar la libertad personal de dar continuación y final a cada una de esas historias. A mí me ha encantado. Un gran libro. Ya hace tiempo de eso…

 

Desde entonces había apartado un poco esta reflexión sobre el estatuto, el papel del lector. Una (no muy reciente) entrevista de Alberto Manguel  en ocasión de la salida de “En el bosque del espejo” que acabo de volver a leer ha vuelto a ponerme a cavilar. Este escritor, lector asiduo, crítico y traductor  pone a los lectores en evidencia. Si bien es verdad que leo o escucho (casi religiosamente aunque algunos sean perfectamente fatuos o aburridos) a los escritores hablar de si mismos, de sus métodos de creación, raramente, excepto en algunas encuestas, se habla de nosotros, los lectores. Por eso Alberto Manguel me ha entusiasmado. He traducido una parte de la entrevista:

 

Periodista: “En este ensayo usted defiende la vida del libro, defiende la vida del que le da vida, hablo del lector”.

 

20802_camille_claudel.jpgAberto Manguel: “Pienso que cada vez que cogemos un libro, hacemos de este un ser creado a nuestra medida. Es nuestra experiencia, es nuestro punto de vista que da vida a ese libro; lo transformamos, de alguna forma, en función de esta experiencia. Incluso cuando el libro cree presentar una cierta idea, una cierta estructura, un cierto mensaje, el lector no cree realmente en la verdad de esta ficción, va en contra de esta idea, la transforma, la subvierte. Creo que todo lector verdadero es subversivo, y que sólo así se hacen verdaderas lecturas. Cuando uno coge Los Viajes de Gulliver, por ejemplo, no lo lee como un sátiro feroz sino como un libro para niños; se está subvirtiendo el texto.”

 

P: “Y el escritor…”

 

A.M. “El escritor se ve limitado por su obra, y por otra parte, toca su fin tan pronto como se acaba su obra; una vez el manuscrito en manos del impresor, ya está, el autor ya no tiene nada que hacer. Por el contrario, el lector puede hacer infinidad de cosas: puede ejercer la crítica, traducir, hacer antologías... Se puede hacer todo esto en calidad de lector; es un oficio.” CHRONICART.com 1-06-00 (trad. Colette) 

 

Tableaux. 1) Henri Matisse 2) John Singer Sargent, Man reading

https://labibliotecadelnautilus.wordpress.com/category/pintura/

Sculpture: Camille Claudel

Commentaires

Ah quelle bonne idée, quel joli thème vous traitez là Colette. Et cette histoire du voyageur: très intriguante...
Merci.

Écrit par : hommelibre | 09/07/2011

Bonjour Homme Libre, ah, les lecteurs, ceux que vous attendez nombreux pour votre livre, il est intéressant de savoir comment ils lisent, ce qu'ils font de votre roman non?
Quant au roman de Calvino, je vous le recommande vraiment...si vous aimez être bousculé bien sûr.
Passez un beau dimanche, à bientôt.

Écrit par : Colette | 10/07/2011

Al final de cada libro hay una historia construida desde el inicio(de la lectura)por el mismo lector, el escritor, muchas veces, no se da ni cuenta que cada lector sería capaz de cambiar toda la trama. Es la magia de leer e imaginar.
PS: Un très bon blog à mon humble avis. Continuez
Slut.

Écrit par : MarySol | 26/07/2011

Al final de cada libro hay una historia construida desde el inicio(de la lectura)por el mismo lector, el escritor, muchas veces, no se da ni cuenta que cada lector sería capaz de cambiar toda la trama. Es la magia de leer e imaginar.
PS: Un très bon blog à mon humble avis. Continuez.
Salut.

Écrit par : MarySol | 26/07/2011

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