25/06/2011

BIGOTE

Cette fois, pas besoin de traduire le titre. Curieux n’est-ce pas ?

 

 Les francophones qui me lisent auront pensé à une dévote. Les hispanophones, (qui le prononcent « bigoté »), à une moustache. Pas de rapprochement apparent si ce n’est pour des esprits retors qui…

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Joan Miró, L'homme à la moustache

 

Piquée par la curiosité j’ai consulté des dictionnaires étymologiques français et espagnols. Les éminents philologues sont prudents, l’origine est incertaine. Le mot semble néanmoins dater du 12º siècle, après l’époque des invasions normandes. Ces grands gaillards, appelés aussi Vikings, employaient volontiers  l’interjection « Be Gode ! »,  Par Dieu !

Je vous épargne les détails de l’évolution mais il semble que les ibères aient retenu de ces envahisseurs leurs gigantesques et effrayantes moustaches, et les gaulois, eh bien,  l’attachement au ciel.

 

Une autre idée me traverse cependant l’esprit …et si les dieux avaient un penchant pour les poils ?

 (source photo, voir bas de page)jarnac-champagne, charente maritime.jpg

 

 

Esta vez no hace falta traducir el título. Curioso, ¿no?

 

Los francófonos (lo pronuncian “bigot”) que me leen  habrán pensado en una devota. Los españoles en un mostacho. Ningún parentesco aparente si no es para mentes retorcidas que…

 

Viking Rurik.jpgLlevada por la curiosidad consulté diccionarios etimológicos franceses y españoles. Los eminentes filólogos son prudentes, el origen es incierto. La palabra parece sin embargo datar del siglo 12, después de las invasiones normandas. Estos tiarrones, también llamados Vikingos, empleaban a menudo la interjección “Be Gode!”, o sea ¡Por Dios!

Os ahorro los detalles de la evolución, pero parece que los iberos se hayan quedado con…los gigantescos y temibles bigotes, mientras que los galos se fijaban en sus lazos con el cielo.

 

Sin embargo otra idea  me pasa por la mente… ¿Y si los dioses tuvieran una querencia hacia el vello?

 

 

 

(Saviez-vous qu'il existe des championnats mondiaux de moustaches et barbes? regardez!) (¿Sabíais que existen unos campionatos mundiales de bigotes y barbas?, ¡mirad!)

 

Trêve de trop de plaisanterie, je vous recommande le roman « La moustache » de Tahsin Yücel  (Acte sud) qui allie humour et  questionnement sur le passé, l’identité turque. Une belle chronique à lire ici.

(Que yo sepa esta novela « El Bigote » de Tahsin Yücel no está todavía traducida al español, lo siento)

 

Et puis ce texte exquis  de Maupassant, “La moustache”, où le rôle de cet ornement dans l’amour est porté à son comble ; pas d’amour sans moustache… à lire et relire ici.

Y este  exquisito texto de Maupassant, « El bigote » donde el papel de ese ornamento en el amor es llevado a su colmo; no hay amor sin mostacho… para leer una y otra vez, aquí:

 

ET enfin l’incontournable Brel, « Les bigotes »

 

 

 

 

 

 

Photo église: http://web.me.com/joel.jalladeau/gens/page2/page2.html

18/06/2011

J.Semprún, tant de souvenirs / ...tantos recuerdos

Toc-toc…c’est Alex de Bordeaux qui m’envoie un cadeau très personnel avec un mot : si tu veux, traduis-le en espagnol et mets-le sur ton blog.

Merci à toi Alex que je ne connais que par blogs interposés, toi dont les mots me font souvent rire, rêver, larmoyer.

Avec un léger retard dû à une traduction laborieuse, voici son hommage à Jorge Semprún.

 

 

Semprun-Yves Montand.jpg

Toc y toc,...es Alex de Bordeaux que me manda un regalo muy personal con una nota: si quieres tradúcelo al español y ponlo en tu blog.
Muchas gracias a ti Alex; a ti, que sólo conozco a través de los blogs, tú, que escribes unas palabras que a menudo me hacen reír, soñar, lloriquear.

Con un ligero retraso debido a una traducción laboriosa, aquí tienen su homenaje a Jorge Semprún

 

Et puis, Jorge est mort!

 

Cours Dupré de Saint Maur, prés de la base sous-marine il reste des pavés.

Le vieil homme traverse le pont de métal qui enjambe le pertuis entre les deux bassins.

Il se souvient des années jeunes.

maquis-con-el-puño-en-alto.jpgIl se souvient qu’il fut soldat de la jeune République Espagnole chassé de Guernica par les balles de Franco et les stukas d’Hitler sous le regard impassible de l’Europe.

Il se souvient qu’il passa deux hivers au camp d’Argelès à regarder mourir des enfants, des femmes et des vieillards. Chaque mort était une solution au problème encombrant le gouvernement de la Troisième République, accueillant et généreux, fournissant les pompes plantées à quelques mètres de la mer les abreuvant d’eaux salées et leur permettant de dormir sous des abris indignes et précaires enroulés deux à deux dans des  couvertures entre la gale et les poux.

Il se souvient des paysans  qui venaient choisir les survivants, fouillant dans les bouches au marché aux esclaves, tâtant les muscles des plus robustes de cette main d’œuvre gratuite.

Il se souvient des deux années qui suivirent passées à la construction de la base sous-marine et des coups de crosse des gendarmes français le matin à 3 heures au camp de Saint-Médard en Jalles, puis des 12 heures de travail aux ordres des maîtres d’œuvre nazis et sous les bombes alliés intervenant juste un peu tard. Il se souvient de la libération, pas pour tout le monde.

Il se souvient des passeports et des menaces à peine voilées pour les candidats au retour. Rien n’a vraiment changé pour les bannis. L’exil, la traversée, des Pyrénées, des Alpes ou de la Méditerranée,  et pour ceux qui survivent, l’espoir au mieux d’être parias et sans papiers ici, étrangers là-bas sur leurs terres natales.

 

Je sors de la base Sous marine où vient d’être projeté le film de Céline Alcazar « Petite rue de Saintonge » . Franco ou Mussolini  avaient lancé cette mode des petits métiers : « rempart contre le communisme » validée par le monde libre et aveugle autorisant toutes les futures dictatures  des Somoza, Videla, Pinochet et consorts. Rien ne bouge, alors "qu’on sort" à peine de cet autisme complice pour aussitôt les  remplacer par : « Rempart contre l’islam » autorisant etc. etc…

Il reste des pavés Cours Dupré de Saint Maur et dans les pas du vieil homme aujourd’hui disparu, je passe sur le pont du pertuis à coté de la vieille écluse.

 

Je me souviens de C., instituteur là-bas maçon ici, que nous visitions le dimanche. J’ignorais ce que nous faisions-là et j’apprenais à lire dans les pages de « l’Humanité » les bonnes feuilles de « Pif le chien » communiste et de « Prince Valiant » tandis que les grands parlaient avec des voix basses de conspirateurs. Je relève mon col frissonnant de froid ou d’effroi  rétrospectif : j’aurais pu devenir communiste. J’ai hérité de son Solex et je suis résistant…au chaud et froid.

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Elliot, le chien, renifle entre les plantes rudérales, ces fleurs de pavé capables d’écarter les pierres pour que vive la vie.

Les émigrés, les exilés et les bannis sont ces plantes rudérales et désormais nous élisons en alternance les poseurs de pavés qui changent d’avatars pour exploiter la détresse avec quelques variantes. Rien ne change! Il y aura toujours des pavés pour écraser l’espérance. Il y aura aussi et toujours des fleurs de résistance.

Les fleurs de ceux qui se taisent, de ceux qui chantent, de ceux qui écrivent.
Et puis Jorge Semprún est mort.

 

¡Jorge ha muerto!

 

 

En Cours Dupré de Saint Maur, cerca de la base submarina quedan adoquines.

El anciano atraviesa el puente de metal que pasa por encima de la compuerta entre las dos dársenas.

14a2-teruel-republicanos.jpgSe acuerda de sus años jóvenes. Se acuerda de que fue soldado de la joven República Española, expulsado de Guernica por las balas de Franco y los Stukas de Hitler bajo la mirada impasible de Europa.

Se acuerda de que pasó dos inviernos en el campo de Argelés viendo morir niños, mujeres y ancianos. Cada muerto era una solución al problema que molestaba al gobierno de la Tercera República, acogedor y generoso, suministrador de las bombas de agua situadas a escasos metros del mar y que les abrevaba de agua salada, les permitía dormir bajo refugios indignos y precarios envueltos, de dos en dos, en mantas infectadas de sarna y de piojos.

 

Se acuerda de los campesinos que venían a escoger, al mercado de esclavos, hurgando en las bocas, palpando los músculos, a los más robustos de aquella mano de obra gratuita.

Se acuerda de los dos años que siguieron, pasados en la construcción de la base submarina y de los golpes de culata de los gendarmes franceses a las tres de la mañana en el campo de Saint-Médard en Jalles, de las doce horas de trabajo a las órdenes de los capataces nazis bajo las bombas aliadas que intervenían justo un poco tarde.

Se acuerda de la liberación que no fue para todos.

 

Se acuerda de los pasaportes y de las amenazas apenas veladas para los candidatos al retorno. Nada ha cambiado verdaderamente para los desterrados. El exilio, la travesía de los Pirineos, de los Alpes o del Mediterráneo, y para los que sobreviven, la esperanza, en el mejor de los casos, de ser un paria sin papeles aquí, un extranjero allí, en su tierra natal.

 

Salgo de la base submarina donde acaba de ser proyectada la película de Céline Alcazar “Petite rue de Saintonge” . Franco o Mussolini habían lanzado la moda de esas pequeñas empresas: “muralla contra el comunismo” validado por el mundo libre y ciego que, por lo mismo, autorizaba todas las futuras dictaduras de los Somoza, Videla, Pinochet y consortes. Nada se mueve cuando “salimos” apenas de ese autismo cómplice para reemplazarlo inmediatamente por “muralla contra el Islam” que autoriza etc., etc...

 

Quedan adoquines en Cours Dupré de Saint Maur y siguiendo los pasos del anciano, hoy desaparecido, paso sobre el puente de la compuerta al lado de la vieja esclusa.

 

Me acuerdo de C., maestro allá, albañil aquí, al que visitábamos los domingos. Yo ignoraba que hacíamos y aprendía a leer en las páginas de “l’Humanité” las viñetas de “Pif el perro” comunista y del “Principe Valiente” mientras que los grandes hablaban con la voz baja de los conspiradores. Levanto mi cuello tembloroso de frío y de pavor retrospectivo: hubiera podido acabar comunista. Heredé su Solex y resisto… al calor y al frío.

 

 

Elliot, el perro, olisquea entre las plantas “rudérales”*, esas flores de adoquín capaces de separar las piedras para que viva la vida.

Ruderales-Coquelicots.JPG Los emigrantes, los exilados y los desterrados son esas plantas “rudérales”* y en adelante elegiremos alternativamente los adoquineros que cambian los avatares para explotar el desamparo con algunas variantes. ¡Nada cambia! Siempre habrá adoquines para atropellar la esperanza. También habrá siempre flores de resistencia.

Las flores de aquellos que se callan, de aquellos que cantan, de aquellos que escriben.

 

 

Y Jorge Semprún ha muerto.

 

 

(Trad: Miguel-Angel y Colette)

Photos:

http://cabanedetellus.free.fr/Plantes_rud%C3%A9rales02_Tellus.html

http://fusiladosdetorrellas.blogspot.com/

 

 

 

11/06/2011

Anges clandestins / Ángeles clandestinos

Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.

Les Matinaux (1950)

René Char

 

Si lo que te enseño y lo que te doy te parecen menos importante que lo que te escondo,

mi balanza es pobre, mi búsqueda sin virtud.

Los Matinales, René Char

 

 

 

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        Si las nubes no anticipan... de Raúl Gómez Jattin (Colombien)


Si las nubes no anticipan en sus formas la
historia de los hombres
Si los colores del río no figuran los designios del
Dios de las Aguas
Si no remiendas con tus manos de astromelias las
comisuras de mi alma
Si mis amigos no son una legión de ángeles
clandestinos Qué será de mí

 

Si les nuages n’anticipent…R. Gómez Jattin

 

Si les nuages n’anticipent dans leurs formes

l’histoire des hommes

Si les couleurs du fleuve ne figurent les desseins du

Dieu des Eaux

Si tu ne raccommodes de tes mains d’astromelia les

commissures de mon âme

Si mes amis ne sont une légion d’anges

clandestins Qu’en sera-t-il de moi (Trad. Colette)

 

 

 

fleurs insectes 010.jpgNuages et éclaircies ; le buddléia en fleurs a lancé des invitations tous azimuts. Sans distinction de taille ni de couleur, les convives se livrent dès l’aube, qui gaiement, qui lascivement, qui laborieusement à un festin sans nom. Il y en a même qui en profitent pour faire une sieste. Je les ai observés des heures durant.

 

 

 

 

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Nubes y claros; el buddleia en flor ha lanzado invitaciones « todos azimut ».

Sin distinción de talla ni de color, los convidados se dedican desde el alba, quien alegremente, quien lascivamente, quien laboriosamente a un festín sin nombre. Los hay incluso que aprovechan para echar una siesta. Los he observado durante horas.

 

.

 

 

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04/06/2011

Jouait mon âme.../ Jugaba mi alma...

Orages, coupures de courant, pluies.

Cabrioles d’escargots, absence des libellules acrobates.

 

Alors, simplement deux nocturnes, merveilleux, de F. García Lorca cette semaine.

 

Tormentas, cortes de luz, lluvias.

Cabriolas de caracoles, ausencia de las libélulas acróbatas.

 

Entonces, simplemente dos nocturnos, maravillosos, de F. García Lorca  esta semana.

 

Un brazo de la noche

entra por mi ventana.

 

Un gran brazo moreno

con pulseras de agua.

 

Sobre un cristal azul

jugaba al río mi alma.

 

Los instantes heridos

por el reloj…pasaban.

 

 

 femme pluie.jpg

 

Un  bras de la nuit

entre par ma fenêtre.

 

Un grand bras brun

avec des bracelets d’eau.

 

Sur une vitre bleue

jouait mon âme à être fleuve.

 

Les instants blessés

par l’horloge…passaient. (Trad. Colette)

 

 

 

 

 

Asomo la cabeza

por mi ventana, y veo

cómo quiere cortarla

la cuchilla del viento.

 

En esta guillotina

invisible, yo he puesto

la cabeza sin ojos

de todos mis deseos.

 

Y un olor de limón

llenó el instante inmenso,

mientras se convertía

en flor de gasa el viento.

 

 fenetre_pluie.JPG

 

Je passe la tête

par ma fenêtre, et je vois

comment veut la couper

la lame du vent.

 

Sur cette guillotine

invisible, j’ai mis

la tête sans yeux

de tous mes désirs

 

Et une odeur de citron

emplit l’instant immense,

tandis que se transformait

en fleur de gaze le vent.

 (Trad Colette)

 

Photo 1: http://vietnamblog.danthony.org/?2008/07/24/154-fenetre-sur-la-pluie

Photo 2: http://bouh.wordpress.com/tag/femme/