04/12/2010

La folle imagination / Esa loca imaginación

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Julián, un petit garçon du village, a 4 ans et ne veut apprendre ni à lire ni à écrire car, clame-t-il, il sera  mécanicien de nuages. C’est lui et son imagination qui m’ont fait repenser à ce passage de « La folle du logis » de l’écrivaine Rosa Montero.

«  … dans le travail de romancier il y a quelque chose d’encore plus important que ce tintement de mots, c’est l’imagination, les rêveries, ces autres vies fantastiques et occultes que nous avons tous. Faulkner disait qu’un roman «  est la vie secrète d’un écrivain, l’obscure frère jumeau d’un homme ».

Et Sergio Pitol, (…) ajoute: « Un romancier est un homme qui entend des voix, ce qui l’assimile à un dément ».

(…) il me semble qu’en réalité cette imagination débridée nous assimile plus aux enfants qu’aux lunatiques. Je crois que les humains, nous entrons tous dans l’existence sans savoir bien distinguer le réel du rêve ; de fait, la vie infantile est en grande partie imaginaire.

Le processus de socialisation, ce que nous appelons éduquer, ou mûrir, ou grandir, consiste précisément à tailler les efflorescences capricieuses, à fermer les portes du délire, à amputer notre capacité à rêver éveillés ; et malheur à celui qui ne saura pas sceller cette fissure entre les deux côtés car il sera probablement considéré comme un pauvre fou.

Le romancier a donc le privilège de continuer à être un enfant, de pouvoir être un fou, de maintenir le contact avec ce qui est informe. «  L’écrivain est un être qui n’arrive jamais à devenir adulte », dit Martín Amis dans son beau livre autobiographique Expérience, et il doit bien le savoir car il a tout l’aspect d’un Peter Pan un peu fané qui refuse avec entêtement de vieillir. ».

(Trad : Colette . Extrait de « La folle du logis » R. Montero)

 

PS : ce billet est pour ceux qui ont gardé un brin de folie, un zeste d’enfance, des nuages plein les cheveux.

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Julián, un niño del pueblo, tiene 4 años y no quiere aprender ni a leer ni a escribir ya que, dice, será mecánico de nubes. Son él y su imaginación los que me han hecho recordar ese pasaje de “La loca de la casa” de Rosa Montero.

“…en el oficio de novelista hay algo aún más importante que ese tintineo de palabras, y es la imaginación, las ensoñaciones, esas otras vidas fantásticas y ocultas que todos tenemos. Decía Faulkner que una novela “es la vida secreta de un escritor, el oscuro hermano gemelo de un hombre”.Y Sergio Pirol (…) añade:” Un novelista es un hombre que oye voces, lo cual lo asemeja con un demente”.

(…) me parece que en realidad esa imaginación desbridada nos asemeja más a los niños que a los lunáticos. Creo que todos entramos en la existencia sin saber distinguir bien lo real de lo soñado; de hecho, la vida infantil es en buena medida imaginaria. El proceso de socialización, lo que llamamos educar, o madurar, o crecer, consiste precisamente en podar las florescencias fantasiosas, en cerrar las puertas del delirio, en amputar nuestra capacidad para soñar despierto; y ay de aquel que no sepa sellar esa fisura con el otro lado, porque probablemente será considerado un pobre loco.

Pues bien, el novelista tiene el privilegio de seguir siendo un niño, de poder ser un loco, de mantener el contacto con lo informe. “El escritor es un ser que no llega jamás a hacerse adulto” dice Martín Amis en su hermoso libro autobiográfico Experiencia, y él debe saberlo muy bien, porque tiene todo el aspecto de un Peter Pan algo marchito que se niega empeñosamente a envejecer”. Extracto de “La loca de la casa” R.Montero

 

Commentaires

Colette, quelle intéressante façon de dire les choses. C'est un peu tout cela écrire, oui.

Au, fait, oublié de vous dire: rené Char, formidable.

Bonne soirée. Ici c'est glacial, le ciel est rempli d'étoiles, et la neige crisse et brille.

Écrit par : hommelibre | 04/12/2010

Merci Homme Libre.
Ce texte pose aussi la question de ce qui fait que certains enfants échappent en partie à ce que Rosa Montero appelle "le processus de socialisation" et gardent toute leur vie cette étincelle de créativité, de rire, tandis que la majorité...Mais le sait-on?

Pas de neige crissante ici, mais vent glacial.
Pas d'avions en Espagne (vous avez lu ou entendu?) donc restons au chaud à lire...votre blog par exemple!
Bonne soirée, amicalement.

Écrit par : colette | 04/12/2010

Non je n'ai pas entendu pour les avions. Je sais qu'hier à Londres il n'y avait pas de départ pour la Suisse.

Ah, la socialisation. Je donnais un cours de massage Gestalt aujourd'hui. Je parlais avec les étudiants de de la dialectique sauvage/civilisé. La sauvagerie telle que nous l'abordions était l'instinct, le ressenti, en somme une forme de civilisation du réel intérieur sans la brutalité de la sauvagerie. Nous avons ensuite travaillé en laissant pleinement parler l'imaginaire. Par exemple cela veut dire lire le corps comme un paysage, y voir un désert, une plaine, un arbre ou autre, le décrire, raconter son histoire, et créer les gestes qui correspondent dans l'intention à ce que l'on a envie de faire de ce paysage.

On n'est plus dans la technique mais dans la poésie, et la technique suit naturellement l'intention. On n'est plus dans la musculature mais dans la personne, et on lui raconte cette histoire qui se déroule sous nos yeux et nos mains.

Écrit par : hommelibre | 04/12/2010

Ah, Homme Libre, c'est intéressant de voir les corps comme des paysages, de la pure poésie, oui. Je m'en vais de ce pas m'informer sur le sujet.
Bonne soirée.

Écrit par : colette | 06/12/2010

Bonsoir chère amie, en lisant ta traduction cela m'a fait penser à Nietsche (je crois) qui avait dit "femme cherchez moi l'enfant dans l'homme". Tant que nous garderons une part de fantaisie, de poésie, nous éloignerons, la rigueur quand elle est stricte, par du rêve et ça c'est beau. Je te souhaite une excellente semaine chez nous 10 ° une douceur pluvieuse incroyable. J'espère que l'année scolaire se passe bien et que c'est bientôt les vacances. Biz bien cordiale

Écrit par : veb | 06/12/2010

Merci de l'avoir tenté d'ailleurs chère amie si tu as une recette sucrée de chez toi je prends volontiers.Aujourd'hui il fait un temps printannier, dire je suis sortie à ma pause sans manteau. Tu as donc une fille si ce n'est pas indiscret quel âge a t'elle ? Bonne fin d'aprem et biz bien cordiale

Écrit par : Véb | 08/12/2010

Pas de problème, je t'envoie tout ça par mail Veb. Ici il fait doux aussi, drôle de saisons...Bonne journée.

Écrit par : colette | 09/12/2010

"J'aurais su s'rai pas v'nu" (la guerre des boutons)

C'est trop beau et je reviendrai! Merci à homme libre de m'avoir donné le lien de votre blog, félicitations!

Bien à vous.

Écrit par : Pierre NOËL | 28/01/2011

Bienvenu et merci beaucoup Pierre, revenez quand vous voudrez!
Belle journée!

Écrit par : colette | 29/01/2011

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