09/10/2010

La voix des portraits / La voz de los retratos

Il y a plus de deux ans que j’ai lu sur un  article très original  écrit par Susana Fortes et intitulé « Les figures d’il y a 500 ans » (El País 25-05-2008). Depuis lors « j’écoute attentivement » les portraits.

 

    Il débute ainsi : « Beaux, étranges, puissants. Les artistes de la Renaissance réussirent à capter l’âme dans un visage. (…) Derrière chaque visage il y a un secret, une histoire que nous ignorons et que nous avons un besoin urgent de connaître, quand nous le contemplons, seuls, dans un tableau. Il n’est pas aisé d’expliquer cette pulsion qui bat dans certains portraits, mais il existe également dans la vie des figures qui ont sur nous un puissant ascendant. (…) Ceci n’a rien à voir avec la beauté, mais avec le mystère. Parfois ce qui attire notre attention dans un visage c’est un détail aussi insignifiant que le lobe d’une oreille, ou un point blanc, minuscule et brillant dans les pupille ». C’est ainsi, explique-t-elle, que la première fois qu’elle a vu La Joconde, elle n’a pensé ni à son sourire ni à son regard, mais au son de sa voix.

Elle s’est imaginée une voix grave, un peu rauque, semblable à celle de Jeanne Moreau.

 

   Peindre la voix. « Il suffit parfois d’un coup de pinceau estompé juste sur  le bord supérieur de la lèvre, comme un souffle, pour que le tableau parle. La vie n’est qu’un souffle d’air, mais à travers lui  émergent peu à peu le désir, la douleur, l’incertitude, le mépris, l’expérience…Tous les masques de l’âme ».

 

   Ici elle nous raconte l’histoire d’une autre femme, Ginevra de Benci, à travers le mystérieux portrait réalisé par Leonardo. « Il y a quelque chose dans son visage qui inquiète. Peut-être son intrépidité statique, la sévérité de son expression, l’air fantomatique. » Cette jeune fille, intelligente, cultivée et riche venait d’une excellente famille florentine qui fréquentait le palais des Médicis. Pourtant ce n’est pas avec un poète, mais avec un marchand de chiffons, que ses parents la marièrent peu avant ses seize ans.

On a cru très longtemps que c’était un portrait de mariage commandé par son mari.

Mais l’histoire est plus croustillante…mais banale aussi. Une vraie histoire d’amour et d’infidélité.

 Il y a peu on a découvert que ledit portrait avait été commandité par un diplomate vénitien de 40 ans qui, arrivé à Florence en 1475 avec femme et enfants, était tombé follement amoureux  de la jeune fille. Leur idylle passionnée durera cinq ans, moment où il fut envoyé ailleurs. Éplorée Ginevra se retira du monde et vécut à la campagne.

 

    Les seules choses qui sont restées d’elle sont le tableau de Leonardo et un unique vers, écrit de sa main : 

J’implore la clémence ; je suis un tigre sauvage.

 

«  Il faut contempler son portrait en tenant compte de ces mots, prononcés sans doute avec un timbre de voix plus sombre que mélancolique. La voix du tableau.»

 

Leonardo Da Vinci.jpg

 

 

Hace más de dos años que leí un artículo muy original escrito por Susana Fortes y titulado « Las caras de hace 500 años » (El País 25-05-2008).

Desde entonces “escucho atentamente” los retratos.

 

Empieza así:” Bellos, extraños, poderosos. Los artistas del Renacimiento lograron captar el alma en un rostro (…). Detrás de cada cara hay un secreto, una historia que desconocemos y que necesitamos urgentemente conocer, cuando la contemplamos a solas en un cuadro. No es fácil explicar esa pulsión que late en algunos retratos, pero en la vida también hay rostros que ejercen sobre nosotros un poderoso influjo (…). No es algo que tenga que ver con la belleza, sino con el misterio. A veces lo que nos llama la atención de un rostro es un detalle tan insignificante como el lóbulo de una oreja, o un punto blanco diminuto y brillante en las pupilas”. Es así. Explica, que la primera vez que vio la Gioconda, no pensó ni en su sonrisa ni en su mirada, sino en el sonido de su voz. Se imaginó un tono grave, un poco ronco, parecido al de Jeanne Moreau.

 

Pintar la voz. “A veces basta una pincelada difuminada justo al borde superior del labio como un soplo para que el retrato hable. La vida no es más que un soplo de aire, pero a través de él empieza a asomarse el deseo, el dolor, la incertidumbre, el desprecio, la experiencia…Todas las máscaras del alma”.

 

Aquí nos cuenta la historia de otra mujer, Ginebra de Benci, a través del misterioso retrato realizado por Leonardo. “Hay algo en su rostro que inquieta. Tal vez su impavidez estática, la severidad de la expresión, el aire fantasmal”. Esa chica joven, bella, culta y rica pertenecía a una excelente familia florentina que frecuentaba el palacio de los Médicis. Sin embargo no fue con un poeta sino con un comerciante de paños que sus padres la casaron, poco antes de cumplir los 16 años.

Durante mucho tiempo se creyó que el retrato era un encargo de su marido.

Pero la historia es más  crujiente…banal también. Una verdadera historia de amor e infidelidad.

Se descubrió, hace poco, que dicho retrato había sido encargado por un diplomático veneciano de 40 años quien, llegado a Florencia en 1475 con mujer e hijos, se había enamorado locamente de la joven. Su idilio duró cinco años y terminó cuando le mandaron lejos de Florencia. Desconsolada, Ginebra se retiró del mundo y vivió en el campo.

 

Las únicas cosas que quedaron de ella fueron el cuadro de Leonardo y ese único verso, escrito de su mano:

Pido clemencia; soy un tigre salvaje.

 

“Hay que contemplar su retrato al amparo de estas palabras, pronunciadas tal vez con un timbre más oscuro que melancólico. La voz del retrato”.

 

Commentaires

Je n'ai habituellement guère de regards pour les portraits. Je n'en vois pas l'intérêt. Ce texte que vous proposez me donne une raison de les regarder autrement, et de les "entendre".

Démarche intéressante. Il suffit parfois d'un rien, d'une idée inattendue, d'un angle de vue, pour que les choses montrent ce que l'on n'y voyait pas, ou ce qu'elles ne montraient pas forcément mais qu'on oeil plus attentif a su découvrir et communiquer.

Merci Colette pour ce travail d'exploratrice que vous partagez avec nous.

Écrit par : hommelibre | 09/10/2010

J'étais comme vous Homme Libre...les portraits m'ennuyaient jusqu'à cette lecture. Comme vous dites, il suffit parfois d'un rien qu'on vous suggère.

Même en connaissant l'histoire de cette jeune fille, son visage, son regard restent mystérieux je trouve. "Un tigre sauvage", étonnant pour l'époque!

Passez un bon weekend, merci d'être passé chez moi.

Écrit par : colette | 09/10/2010

Je passe chez vous avec plaisir Colette, sincèrement. Il y a toujours du soleil, de la poésie ou une brise légère délicieuse porteuse d'une réflexion. Si je devais donner une image de la nature ou la qualité de la réflexion comme je la ressens, ce serait une fin de journée claire, calme, douce, avec des paysages de loin en loin, avec un peu de brume bleutée là-bas, et peut-être un de ces oiseaux ou canard que l'on entend dans le sud: un cri court et velouté à intervalles réguliers, et parfois la réponse d'un autre un peu plus loin.

Chez vous je dépose mes batailles à la porte avant d'entrer.

Pour le tigre sauvage, audacieux en effet.

Belle soirée chez vous. Ici elle est douce et ensoleillée.

Écrit par : hommelibre | 09/10/2010

-Homme Libre, votre prose me remplit d'allégresse, vraiment.
Vous déposez vos batailles avant d'entrer, je mets de côté les miennes en préparant chaque semaine un billet.
L'orage gronde depuis deux jours, les oiseaux se baignent dans les flaques.
A bientôt, amicalement.

Écrit par : colette | 10/10/2010

Bonjour Colette, je vois que je ne suis pas la seule à trouver les portraits un brin poussiéreux-ennuyeux et cette façon que tu nous proposes de les aborder, leur confère un relief, une tonalité qui leur manque peut-être à la base. Je suis ravie par tes lectures que généreusement tu partages. Merci pour tes mots gentils semés à tes passages et nous v'là vers la fin du mois d'octobre, en principe le rythme va devenir normal et franchement je vais apprécier même le vent.Te remercie pour ta fidélité et ton amitié. Biz bien cordiale

Écrit par : Véb | 25/10/2010

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