29/05/2010

Définir l'amour , un poème de Quevedo

ceci n'est pas un rossignolIMG_7368.JPG

 

 

Mai, mois des amours. Mayo, mes de los amores.

Aujourd’hui un poème sur l’amour, amour qu’ont chanté à tue-tête les rossignols mâles et noctambules qui perchent derrière chez moi durant ces nuits de mai.

Passez un bonne semaine et, comme on dit en espagnol, soyez sages, et sinon, discrets.

Hoy un poema sobre el amor, amor que cantaron a viva voz los ruiseñores machos noctámbulos que habitan detrás de mi casa.

Les deseo una buena semana: sed buenos, y si no podéis, discretos.

 

Francisco de Quevedo 1580-1645

 

 

DEFINIENDO EL AMOR  Soneto

 

Es hielo abrasador, es fuego helado,

es herida, que duele y no se siente,

es un soñado bien, un mal presente,

es un breve descanso muy cansado.

 

Es un descuido, que nos da cuidado,

un cobarde, con nombre de valiente

un andar solitario entre la gente,

un amar solamente ser amado.

 

Es una libertad encarcelada,

que dura hasta el postrero parasismo,

enfermedad que crece si es curada.

 

Este es el niño Amor, este es tu abismo:

mirad cuál amistad tendrá con nada,

el que en todo es contrario de sí mismo.


 

POUR DÉFINIR L'AMOUR Sonnet

 

Il est glace brûlante, feu gelé,

une plaie douloureuse qu’on ne sent,

il est un bien rêvé, un mal présent,

un bref repos très fatigué.

 

Il est abandon, qui nous tient occupés,

un lâche au nom de vaillant

une marche solitaire parmi les gens,

un vouloir absolu d’être aimé.

 

Il est liberté prise en ses liens,

qui dure jusqu’au délire ultime,

maladie qui croît si on en prend soin.

 

Tel est l’enfant Amour, tel est ton abîme:

voyez quelle amitié il aura avec rien,

lui qui est tout le contraire de lui-même.

 

Traduction Colette Museur (inspirée de celle de Jacques Ancet pour quelques rimes). Pour la métrique, bon, c'est pas vraiment ça...

 

 

22/05/2010

La guitare de Paco de Lucía

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Paco, c’est le diminutif de Francisco et il y avait tant de Paco(s) dans le quartier où il jouait enfant, que pour le distinguer on l’appelait Paco de Lucía, le prénom de sa mère.

Lui c’est le génie de cette famille de 5 enfants dont le père, modeste tocaor* de réunions d’aficionados, avait pris la ferme résolution de faire de ses enfants de grands artistes du flamenco afin que jamais ils n’aient les difficultés économiques qu’il avait vécues. Et il les fit travailler dur.

Paco es el genio de una familia de 5 hijos; el padre, modesto tocaor de reuniones de aficionados había tomado la firme resolución de convertir sus hijos en grandes artistas del flamenco para que nunca tuvieran que enfrentarse a las dificultades económicas que él había vivido. Y les hizo trabajar duro.

Paco est devenu un révolutionnaire* et un virtuose du flamenco et ce mois de mai 2010  il a été décoré Doctor Honoris Causa par la meilleure université de la planète pour les musiciens, Berklee College of Music de Boston. Le premier espagnol de l’histoire.  Mais ce ne sont pas les honneurs qui l’attirent : « pour moi les honneurs sont toujours un emmerdement…Il faut voyager et de plus, ici,  il me faut mettre la toque, je me sens si ridicule avec une toque…De plus, je n’aime pas qu’on m’encense, les louanges m’ont toujours fait honte, mais il y a une chose qui me fait bouger du canapé de ma maison, c’est le flamenco ». Paco de Lucía a réussi à sortir le flamenco de la catégorie de musique folklorique andalouse, chose à laquelle il a travaillé depuis toujours.

Paco se convirtió en un revolucionario* y en un virtuoso del flamenco y en este mes de mayo 2010 fue decorado Doctor Honoris Causa por la mejor universidad del planeta para los músicos,  Berklee College of Music de Boston. El primer español de la historia. Pero no son los honores lo que le llama la atención.” A mi me parece que los honores son una lata (Y eso que yo nunca digo que un premio es importante porque para mi siempre es un coñazo)….Te toca viajar y además hay que ponerse el birrete…Por otro lado, no me gusta que me halaguen, siempre me ha dado vergüenza, pero si hay algo por lo que me muevo del sofá de mi casa es por el flamenco.” Paco de Lucía ha conseguido sacar el flamenco de la categoría de música folclórica andaluza, meta que persigue desde siempre.

Je ne vais pas vous raconter toute sa vie, mais il a  connu très tôt Camarón de la Isla, un cantaor*; on dit qu’il en « tomba amoureux pour toujours », du moins ont-ils joué, enregistré et fait des tournées ensemble jusqu’au décès prématuré de ce dernier.

No os voy a contar toda su vida, conoció muy pronto a Camarón de la Isla, un cantaor; se dice que “se enamoró de él para siempre”, por lo menos tocaron, grabaron e hicieron giras juntos hasta la muerte prematura de este.

 

Peut-être avez-vous eu la chance de le voir sur scène, sinon dans un des films de Carlos Saura, Carmen ou Flamenco. Ou d’assister à ce magnifique concert avec John Mc Lauhlin et Al Di Meola.

Tal vez hayan tenido la suerte de verle en el escenario, o en las películas Carmen o Flamenco de Carlos Saura. O de asistir a este magnífico concierto con John Mc Lauhlin y Al Di Meola.

 

Paco de Lucía est occupé à enregistrer un nouveau disque; à 63 ans il veut surprendre, se surprendre aussi. A la question :

-Qu’est-ce qu’il vous reste à faire

-Mais…tout ! La seule chose que j’ai faite dans ma vie a été jouer de la guitare. Une vie extrêmement pauvre, imagine-toi ! (El País 8-5-2010)

Paco de Lucía está grabando un nuevo disco; a sus 63 años quiere sorprender, sorprenderse también. A la pregunta:

-¿Qué le queda por hacer?

- Pues…¡todo! Lo único que he hecho en mi vida ha sido tocar la guitarra. ¿Una vida pobrísima, imagínate!

 

*Tocaor et cantaor sont les termes employés pour les guitaristes et chanteurs de flamenco.

*Sa permanente inquiétude innovatrice lui a valu des reproches des gardiens de l’orthodoxie, mais il est devenu le plus grand révolutionnaire de la musique flamenco.

*Su permanente inquietud innovadora provocó los reproches de los guardianes de la ortodoxia, pero se convirtió en el mayor revolucionario de la música flamenca.

Les informations proviennent du journal El País et de Flamenco world.com

Las informaciones vienen del periódico El País y de Flamenco world.com

 

 

15/05/2010

Trois jours, un millénaire / Tres días, un milenario

Sous le palmier que vous aviez vu couvert de neige, pousse un autre, plus petit ; les habitants disent qu’il a des mains. Ses palmes ressemblent plutôt à des éventails et il fleurit chaque printemps. Cette année j’ai suivi et photographié trois jours de suite l’éclosion florale, c’est magique :

Debajo de la palmera que habíais visto  cubierta de nieve crece otra, más pequeña; los habitantes dicen que tiene manos. Sus palmas parecen  abanicos y florece cada primavera. Este año seguí y fotografié tres días seguidos la apertura del sobre floral: es mágico.

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Day 2
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Day 3
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Voici laTilandsia. Il y a une quinzaine d’années une voisine m’a offert un bout de plante, sans racines. « Elle vit de l’air » m’a-t-elle dit. Je l’ai suspendue au tronc de la vigne vierge de la terrasse.  Peu à peu elle a grandi et chaque année elle fleurit, chose rare paraît-il, et il est vrai que dans les environs je n’en ai jamais vu d’autre en fleur.

Aquí tienen laTilandsia. Hace unos quince años una vecina me regaló un trozo de planta, sin raíces. “Vive del aire” me dijo. La colgué del tronco de la parra virgen de la terraza. Ha crecido poco a poco y cada año florece, cosa rara al parecer, y la verdad es que en los alrededores nunca vi otra en flor.

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Fotos Tilandsia: Israel Pampín, ¡Gracias!
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Sonreír con la alegre tristeza del olivo

Miguel Hernández

Sonreír con la alegre tristeza del olivo.
Esperar. No cansarse de esperar la alegría.
Sonriamos. Doremos la luz de cada día
en esta alegre y triste vanidad del ser vivo.

(…)

Sourire avec la tristesse joyeuse de l’olivier.

Attendre. Ne pas se fatiguer d’attendre la joie.

Sourions. Embellissons la lumière de chaque jour

dans cette gaie et triste vanité de l’être vivant.(Trad.CM)

(…)

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Finalement voici le roi du terrain qui entoure notre maison : cet olivier qu’on dit millénaire. De combien d’invasions, de combats, d’amours a-t-il été témoin ?

Il ne donne plus de fruits, mais son ombre est si douce et sa force si grande.

Finalmente aquí tienen el rey del terreno que rodea nuestra casa: es este olivo que dicen milenario. ¿Cuántas invasiones, cuántos combates, cuántos amores habrá visto?

Ya no da fruto, pero su sombra es tan dulce y su fuerza tan grande.

 

06/05/2010

larmes / lágrimas

 

 

Dans les medias une nouvelle chasse l’autre si rapidement que ce qui s’est passé il y a quatre mois n’existe plus. Alors j’ai ressorti et traduit ce billet du romancier et journaliste Manuel Vincent  publié dans le journal El País le 24 janvier 2010.

 

« Ma chambre à La Havane donnait sur un patio intérieur qui résonnait fort. La maîtresse de maison me prévint que vers minuit j’entendrais l’orgasme de la mulâtre du premier étage à gauche ; qu’après je serais éveillé à l’aube par le chant d’une douzaine de coqs que le voisin élevait sur sa terrasse et qu’ensuite, sur le terrain en bas, Camilito, le fils de la noire Teresa commencerait à pleurer. Chaque nuit tout se produisait comme attendu, bien que les pleurs de l’enfant semblaient interminables quand ils commençaient après le chant des coqs. ( …) Au milieu de ses colères, qui pouvaient durer une heure ou plus, on entendait la voix mélodieuse de la noire Teresa qui disait : « Camilito, mi amol, qué te paaasa »*. L’enfant arrivait enfin à ce qu’on s’occupe de lui et ses pleurs avaient eu un sens.

Timo Lehtonen.jpg Les pleurs des bébés sont comme des mécanismes de défense quand ils ont faim, soif, froid, chaleur ou un autre désagrément : Il suffit d’un problème minime, le biberon, la sucette, les langes, pour que le bébé attire l’attention sur lui. Mères amoureuses, nounous sollicitées, servantes affectueuses ou infirmières professionnelles accourent au berceau sitôt quelles entendent qu’un enfant gâté émet le premier cri. (…) 

Dans le campement de réfugiés rwandais en Tanzanie je me suis rendu compte que les enfants ne pleuraient pas. Ils se contentaient de regarder fixement leurs mères. Un médecin m’expliqua que là-bas les enfants ne pleuraient pas parce que leurs cerveaux avaient déjà codifié, à travers leur longue misère héritée, que les pleurs ne servaient à rien. La douleur était assimilée au silence.

Dans la tragédie de Haïti on a vu la fameuse photo du pompier Oscar Vega tenant dans les bras un enfant de deux ans sauvé des décombres. L’enfant a des larmes aux yeux, mais il ne pleure pas non plus. Sans doute a-t-il  appris la leçon bien avant de naître. Il sait qu’au bout des pleurs il n’y a rien ni personne. Il semble uniquement étonné d’être encore vivant. »

 

* L’auteur se réfère ici à la musicalité du parler cubain.

 

 

  

"Mi habitación en La Habana daba a un patio interior que tenía mucha resonancia. El ama de casa me advirtió que hacia la medianoche oiría el orgasmo de la mulata del primero derecha; luego, al amanecer, me despertaría el canto de una docena de gallos que los vecinos criaban en las terrazas y enseguida, abajo en el solar, comenzaría a llorar Camilito, el hijo de la negra Teresa. Todo se producía según lo esperado cada noche, aunque el llanto del niño parecía no tener fin cuando empezaba a llorar después de que cantaran los gallos.( …) En medio de su berrinche, que podía durar una hora o más, se oía la voz melodiosa de la negra Teresa, que decía: "Camilito, mi arteafricanomujer.jpgamol, qué te paaasa". Al final el niño conseguía ser atendido y su llanto había tenido un sentido. Los bebés lloran como un mecanismo de defensa cuando sienten hambre, sed, frío, calor u otra molestia. Basta un mínimo problema, el biberón, el chupete, los pañales, para que el bebé llame la atención. Madres amorosas, niñeras solícitas, criadas cariñosas o enfermeras profesionales acuden a la cuna tan pronto como oyen que un niño mimado emite el primer vagido. (…)

 En el campamento de refugiados ruandeses en Tanzania me di cuenta de que los niños no lloraban. Sólo miraban fijamente a sus madres. Un médico me explicó que allí los niños no lloraban porque su cerebro ya había codificado a través de su larga miseria heredada que el llanto no les servía de nada. El dolor estaba asimilado al silencio.

En la tragedia de Haití se ha visto en una foto famosa al bombero Óscar Vega con un niño de dos años en brazos, rescatado de los escombros. El niño tiene lágrimas en los ojos, pero tampoco llora. Sin duda ha aprendido bien la lección mucho antes de nacer. Sabe que al final del llanto no hay nada ni nadie. Sólo parece asombrado de seguir vivo."

Manuel Vicent, El País 24-01-2010

Fotos: 1) Timo Lehtonen 2) Arte Africano

 

 

 

01/05/2010

Equivoques /Equívocos

30-4-10 002.jpgRecevoir un livre est souvent une joie. Celui-ci m’a fait un plaisir immense, m’a replongée dans un passé récent, me fait sourire et rire : Tout Mafalda.

Cette fillette des vignettes crée par l’Argentin Quino, si connue dans le monde latino-américain, hispanique et ailleurs (traduit en 30 langues).

Attachante, touchante, souvent drôle cette gamine qui vit dans une famille de classe moyenne, se préoccupe pour l’Humanité et la paix mondiale, déteste la soupe, se rebelle contre le monde laissé par les adultes.

Sujets intemporels, universels.

Ces vignettes furent publiées entre 1964 et 1973.

Recibir un libro es a menudo una alegría. Este me ha dado un placer inmenso, me ha recordado un pasado reciente, me hace reír y sonreír: Todo Mafalda.

Esta chiquilla de las viñetas creadas por el Argentino Quino, tan conocida en el mundo latino-americano, hispánico y en otras partes (está traducido en 30 idiomas).

Entrañable, emocionante, a menudo divertida esta niña que vive en una familia de clase media, se preocupa por la Humanidad y la paz mundial, odia la sopa, se rebela contra el mundo que le dejan los adultos.

Temas intemporales, universales.

Estas viñetas fueron publicadas entre 1964 y 1973.

Celle-ci est une de mes préférées:

Esta es una de mis preferidas:

mafalda 2 002.jpg(click pour agrandir)

Et oui, la cigogne s’est trompée !

Pourquoi Mafalda chante-t-elle ? «  La cigogne s’est trompée » fait référence à « La colombe s’est trompée », sujet d’un poème de Rafael Alberti publié en 1941 et mis en musique la même année par l’argentin Carlos Guastavino.

Pues si, ¡la cigüeña se ha equivocado!

¿Por qué canta Mafalda? “Se equivocó la cigüeña” hace referencia à “Se equivocó la paloma”, tema de un poema de Rafael Alberti publicado en 1941 y puesto en música el mismo año por el argentino Carlos Guastavino.

 

SE EQUIVOCÓ LA PALOMA

Se equivocó la paloma.
Se equivocaba.

Por ir al Norte, fue al Sur.IMG_5320 [].JPG
Creyó que el trigo era agua;
Se equivocaba.

Creyó que el mar era el cielo;
que la noche la mañana.
Se equivocaba.

Que las estrellas eran rocío;
que la calor, la nevada.
Se equivocaba.

Que tu falda era tu blusa;
que tu corazón su casa.
Se equivocaba.

(Ella se durmió en la orilla.
Tú, en la cumbre de una rama.)

Rafael Alberti, (n. 1902).

La Colombe

La colombe se trompa.

Se trompait.

Pour aller au Nord, alla au Sud.

Elle crut que le blé était de l’eau ;

Elle se trompait.

Elle crut que la mer était le ciel ;aube noire 001.jpg

La nuit, le matin.

Elle se trompait.

Que les étoiles étaient la rosée ;

Que la chaleur, la neige.

Elle se trompait.

Que ta jupe était ta blouse ;

Que ton cœur, sa maison.

Elle se trompait.

(Elle dormit sur la berge.

Toi, sur le haut d’une branche.) (trad. Colo)

 

 

La version chantée la plus connue est celle de J, Manuel Serrat.

La version récitée par Rafael Alberti lui-même est magnifique, écoutez-la ici.

La versión cantada más conocida es la de J. Manuel Serrat.

La versión recitada por el mismo Rafael Alberti es magnífica, escuchadla aquí.

 

 

Se tromper dans l’interprétation du monde qui nous entoure, ne serait-ce pas l’explication de tant et tant de malheurs, d’injustice

Equivocarse en la interpretación del mundo que nos rodea, ¿no sería la explicación de tantas y tantas desgracias, injusticias?