Espaces, instants

  • Des chemins ouverts / Caminos abiertos

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    Maruja Vieira ( 1922) est une poétesse, ex-journaliste et professeur d'université colombienne.


                                         El Rompido 2000 / Soledad Sevilla , 
    http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/

     
     
    Temps défini
     
     
    Il est bon que parfois la vie
    nous dépouille de tout.
    Dans l’obscurité les yeux apprennent
    à y voir plus clair.
    Quand la solitude est le vide intense
    du corps et des mains,
    il y a des chemins ouverts sur le plus profond
    et sur le plus distant.
    Dans le silence les voix aimées
    renouvellent doucement leurs mots
    et les murs veillent sur le bruit infini
    des pas absents.
    Les lèvres qui avant furent
    lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
    la grandeur
    de la chanson rebelle et angoissée.
    Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
    un son de pluie. (...)
    (Trad: Colette)
     
    Soledad Sevilla El Rompido 2000, http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/          
     



    Tiempo definido, Maruja Vieira
    Está bien que la vida de vez en cuando
    nos despoje de todo.
    En la oscuridad los ojos aprenden
    a ver más claramente.
    Cuando la soledad es el vacío intenso
    del cuerpo y de las manos,
    hay caminos abiertos hacia lo más profundo
    y hacia lo más distante.
    En el silencio las amadas voces
    renuevan dulcemente sus palabras
    y los muros custodian el rumor infinito
    de los ausentes pasos.
    Los labios que antes fueran
    sitio de amor en las calladas tardes
    aprenden la grandeza
    de la canción rebelde y angustiada.
    Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
    un repique de lluvia (...)
  • Comment ça, quand? / ¿Cómo que cuándo?

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    Ébène, de Ryszard Kapuscinski, journaliste polonais, a été publié en l’an 2000 mais couvre les années ‘60-80 en Afrique. Ces années d’indépendance coloniales, de soulèvements...L’auteur y a vécu longtemps , non pas dans des hôtels ou zones pour européens, mais, au risque de sa santé, de sa vie souvent, parmi la population locale.

     

     En début de livre il fait une longue réflexion sur le temps - le temps africain (qui a peut-être un peu varié depuis, selon les endroits) qui lui paraît si différent de l’européen - qui, en ces moments où il est comme arrêté, figé, m’a semblé très intéressante. 

     

    Il raconte qu'à son arrivée au Ghana, il monte dans un autobus et s’y assied. Un Anglais le suit, s’installe. À ce moment, dit l’auteur, peut se produire une collision entre deux cultures, un choc, voire un conflit qui arrivera si l’étranger (s’il ne connaît pas l’Afrique) commence à s’énerver et à demander quand part l’autobus. “Quand part l’autobus? Comment ça, quand? -dit le conducteur -Quand il y aura assez de gens pour le remplir”.
     
    Kapuscinski, poursuit en expliquant que l’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps .
    Pour les Européens “le temps vit en dehors de l’homme”, il est comme indépendant, a une existence objective qu’on peut mesurer. Et il s'en sent esclave, il doit respecter des délais, des dates, jours et heures. Comment exister sans eux?
    Entre l’homme et le temps existe un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l’homme: le temps détruit l’homme.”
     
     
     
    Les Africains perçoivent le temps différemment. C’est une catégorie beaucoup plus ouverte, élastique, subjective. Pour eux c’est l’homme qui influe sur la formation du temps, son rythme.
    L’homme décide si un événement aura lieu ou non, “Le temps est le résultat de notre action, et il disparaît quand nous n’entreprenons rien ou abandonnons une action.  Une énergie circule qui, quand elle s'approche de nous et nous emplit,  nous donne la force de nous mettre en mouvement: il se passera quelque chose.
    Sinon il faut attendre."

     

    Ceci, vous voyez, est tout à fait l’inverse de la pensée européenne.
     
    Et pour beaucoup d'entre nous en ce moment, le temps élastique que nous vivons nous rapproche, je crois, de la conception africaine.
     
    Ébano, de Ryszard Kapuscinski, Fue publicado en el año 2000 pero cubre los año 60-80 en África. Son años de independencia colonial, de revueltas, de sublevaciones… El autor ha vivido mucho tiempo pero no en hoteles o zonas para europeos sino, con riesgo para su salud y con frecuencia para su vida, entre la población local.
    Al principio del libro hace una larga reflexión sobre el tiempo. El tiempo africano (que quizás haya cambiado algo desde entonces, en algunos sitios) que le parece tan diferente del europeo y que, en estos momentos en que da la impresión de haberse parado, fijado, me ha resultado muy interesante.
     
    Cuenta como a su llegada a Ghana sube a un autobús y se sienta. Le sigue un Inglés y se instala. En ese momento, dice el autor, puede producirse una colisión entre dos culturas, un choque, un conflicto.” Esto sucederá si el pasajero es un forastero que no conoce África. Alguien así empezara a removerse en el asiento, a mirar en todas direcciones y a preguntar: ¿Cuando arrancará el autobús? ¿Cómo que cuándo?, le contestará, asombrado, el conductor, cuando se reúna tanta gente que lo llene del todo”
     
     
    Kapuscinski continúa y explica que los europeos y los africanos tienen una concepción diferente del tiempo.
     
     
    Los europeos están convencidos de que el tiempo funciona independientemente del hombre, de que su existencia es objetiva, en cierto modo exterior, que se halle fuera de nosotros y que sus parámetros son medibles y lineales”...”El europeo se siente como su siervo, depende de él, es su súbdito.”… “Tiene que respetar plazos, fechas, días y horas. Se mueve dentro de los engranajes del tiempo; no puede existir fuera de ellos”… “Entre el hombre y el tiempo se produce un conflicto insalvable, conflicto que siempre acaba con la derrota del hombre: el tiempo lo aniquila.”
     
    Los Africanos perciben el tiempo de manera bien diferente. Para ellos, el tiempo es una categoría mucho más holgada, abierta, elástica y subjetiva. Es el hombre el que influye sobre la horma del tiempo, sobre su ritmo...”
    El hombre decide si un acontecimiento tendrá lugar o no. “El tiempo aparece como consecuencia de nuestros actos y desaparece si lo ignoramos o dejamos de importunarlo.” “ En alguna parte del mundo fluye y circula una energía misteriosa, la cual, si viene a buscarnos, si nos llena, nos dará la fuerza para poner en marcha el tiempo: entonces algo empezará a ocurrir.” Sino hay que esperar.
     
     
    Todo esto es lo contrario del pensamiento europeo.
    Y para muchos de nosotros en este momento, el tiempo elástico que vivimos nos acerca, creo yo, de la noción africana.
     
    Sources/ Fuentes : Ébène, aventures africaines, Ryszard Kapuscinski. Coll. Poche
    Ébano, Ryszard Kapuscinski, ed Anagramma
     
    Photo 2 https://www.t13.cl/noticia/nacional/asi-quedo-reloj-flores-vina-del-mar-caida-arbol1
  • Il me manque / Lo extraño

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    Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
    Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.
     
    Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

     
    Ancré à Paris 
     
    Juan Gelman (1930-2014).

    Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
    on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
    il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
    mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.
     
    Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
    sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
    il regardait les Français par la fenêtre du café
    et disait ”les idiots font des enfants”-
     
    Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
    provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
    les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
    en regardant sa crinière dans le miroir du café.
     
    Oui, il me manque beaucoup,
    il ne payait jamais l’addition,
    mais indiquait le pourboire à laisser
    et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.
     
    Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
    il retournait à son bureau*, comme il disait,
    non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
    fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.
     
    Il me manque vraiment beaucoup,
    ses yeux s’emplissaient parfois de désert
    mais il savait se taire comme un frère
    quand, ému, ému,
    je lui parlais de Carlitos Gardel.
     
    Trad: Colette
    *En français dans le texte
     
     
     
    Anclao en París

    Al que extraño es al viejo león del zoo,
    siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
    me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
    pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.

    De todos modos me encantaba su elegancia,
    su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
    miraba a los franceses por la ventana del café
    y decía “los idiotas hacen hijos”.

    Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
    le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
    “las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
    mirándose la melena en el espejo del café.

    Sí, lo extraño mucho,
    nunca pagaba la cuenta,
    pero indicaba la propina a dejar
    y los mozos lo saludaban con especial deferencia.

    Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
    él regresaba a son bureau, como decía,
    no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
    “ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.

    Lo extraño mucho verdaderamente,
    sus ojos se llenaban a veces de desierto
    pero sabía callar como un hermano
    cuando emocionado, emocionado,
    yo le hablaba de Carlitos Gardel.
     

    Juan Gelman (1930-2014).

  • Musique sans mots / Música sin palabras

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    Trop de mots, on entend trop de mots en ce moment. Des chiffres surtout.
    Trop de maux.


    Alors pour ce jour, un peu de musique. Le compositeur est espagnol, Mauricio Sotelo ( Madrid 1961), le guitariste est Juan Manuel Cañizares et la pièce s'appelle " Comment l'eau pleure" -Como llora el agua.

    Passez une paisible journée.

     Si vous ne pouvez pas écouter:
    https://www.youtube.com/watch?v=5pycM63yCHQ

  • À pas de sauterelle / A pasos de saltamonte

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    J’ai trouvé ce court poème de Rafael Alberti. Il m’a semblé parfait pour alléger l’ambiance...
    Encontré este poema corto de Rafael Alberti. Me pareció perfecto para aligerar el ambiente...
     
     
    Seule
     
     
     
    Rafael Alberti (Marins à terre)
     
    Celle qui fut hier mon aimée
    marche seule parmi les lavandes.
     
    Derrière elle, un papillon
    et une sauterelle guerrière.
     
     
    Trois sentiers:
    Mon aimée, au milieu.
    Le papillon, sur la gauche.
    Et la sauterelle guerrière,
    sautillante, sur la droite.
     
    (Trad: Colette)
     

     

     
     
    Sola
     
    Rafael Alberti
    Marinero en tierra
     
     
    La que ayer fue mi querida
    va sola entre los cantuesos.

    Tras ella, una mariposa
    y un saltamonte guerrero.

    Tres veredas:
    Mi querida, la del centro.
    La mariposa, la izquierda.
    Y el saltamonte guerrero,
    saltando, por la derecha.
     
  • E. Cardenal, le combatif / E. Cardenal el combativo

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    Nous retrouvons Ernesto Cardenal en 1971. 




    Il publie “Théologie de la libération”, livre qui fut rapidement  traduit en une vingtaine de langues et qui présente une “ nouvelle spiritualité fondée sur la solidarité avec les pauvres et qui exhorte l’Église à participer au changement des institutions sociales et économiques dans le but d’instaurer la justice sociale.
    Ce courant emporte une large part de l’église d’Amérique latine dans son sillage, en suscitant de très vives réactions dans le monde catholique, car, accusé par le Vatican et la réaction religieuse officielle de « perversion de la chrétienté » et de « théologie des rues », mais également de « dérive idéologique marxiste dans le discours ».*
    De nombreux membres du clergé, dont E. Cardenal, se sont impliqués dans ces luttes politiques, ce qui a éveillé et augmenté la méfiance des pouvoirs de droite du Vatican.
    Vu le nombre de pauvres et d’opprimés l’adhésion à ces idées est grande.
    « La théologie de la Libération dit aux pauvres que la situation qu’ils vivent actuellement n’est pas voulue par Dieu », écrit Gustavo Gutiérrez. Elle repose sur la prise de conscience que les pauvres attendent une libération réelle et qu’il est vain de parler du Christ et du salut qu’il apporte si ce salut n'est pas immédiat. Le critère le plus précis de l’authenticité évangélique est donc la lutte contre la pauvreté.."*



    Je vous passe les détails du coup d’État, de son exil, mais en 1979 le dictateur Somoza est évincé après 18 ans de lutte sandiniste.
    Ceci représente bien sûr un immense espoir pour tous les peuples opprimés d’Amérique latine.
    Cardenal est nommé ministre de la culture.


    Et alors, en 1983, a lieu cette scène inouïe, vous vous en souvenez sans doute, où Jean-Paul ll, sur le tarmac de l’aéroport de Caracas où était agenouillé E. Cardenal, accable le prêtre de remontrances. On lui interdira l’exercice de son ministère sacerdotal.
    Le pape Francisco le réhabilitera.
    E. Cardenal restera combatif toute sa vie, défendant les plus pauvres, il sculpta et écrivit des poèmes jusqu’à son récent décès.


    * Source en français: http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.htmlhttp://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.html


    Après un poème d’amour, et celui sur Marylin, en voilà un dans la ligne politico-religieuse, comme beaucoup de ses poèmes.

     
    E. Cardenal

    Ernesto cardenal escultura.jpg


    Psaume 25

    Rends-moi justice Seigneur
                car je suis innocent
    Parce que j’ai eu confiance en toi
                    et non dans les leaders


    Défends-moi au Conseil de Guerre
    défends-moi au Procès des faux témoins
                                et des fausses preuves
     
    Je ne m’assieds pas avec eux à leurs tables rondes
    ni ne trinque à leurs banquets
    Je n’appartiens pas à leurs organisations
    ni ne suis dans leurs partis
    ni n’ai d’actions dans leurs compagnies
    ils ne sont pas mes associés


         Je me laverai les mains parmi les innocents
          et je serai autour de ton autel Seigneur


    Ne me confonds pas avec les politiques sanguinaires
    qui n’ont dans leurs cartables que le crime
    et dont les comptes bancaires sont faits de pots-de-vin


    Ne me livre pas au Parti des hommes iniques
                                         Délivre-moi Seigneur!
    Et je bénirai le Seigneur dans notre communauté
                                           dans nos assemblées


    (Trad: Colette)
    Sculptures de E. Cardenal


    Psalmo 25



    Hazme justicia Señor
                                  porque soy inocente
    Porque he confiado en ti
                                  y no en los líderes

    Defiéndeme en el Consejo de Guerra
    defiéndeme en el Proceso de testigos falsos
                                                      y falsas pruebas

    No me siento con ellos en sus mesas redondas
    ni brindo en sus banquetes
    No pertenezco a sus organizaciones
    ni estoy en sus partidos
    ni tengo acciones en sus compañías
    ni son mis socios

              Lavaré mis manos entre los inocentes
              y estaré alrededor de tu altar Señor

    No me pierdas con los políticos sanguinarios
    en cuyos cartapacios no hay más que el crimen
    y cuyas cuentas bancarias están hechas de sobornos

    No me entregues al Partido de los hombres inicuos
                                                      ¡Libértame Señor!
    Y bendeciré en nuestra comunidad al Señor
                                                                en nuestras asambleas







  • E. Cardenal, le Seigneur et Marylin / E. Cardenal, el Señor y Marylin

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    D'abord quelques données biographiques...Ernesto Cardenal est né dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, en 1925, à Granada, au Nicaragua, son enfance fut heureuse. Le Nicaragua est alors déchiré par une guerre civile entre libéraux et conservateurs. Les États-Unis sont, on le sait, intervenus plus d’une fois pour soutenir les conservateurs.
    En 1937, à l’âge de douze ans, Ernesto Cardenal entre comme interne au collège des jésuites puis il fait des études de philosophie et de littérature à l’Université Mexico, puis à la Columbia University à New York.
    En 1954, de retour au Nicaragua, il participe à la Révolution d’Avril contre le dictateur Anastasio Somoza. Une grande  pauvreté règne alors dans le pays. Mais cette révolution est un échec et Cardenal entre dans la clandestinité puis, en 1956, il s’exile.
    L’histoire dit que le samedi 2 juin 1956, il est « terrassé » par une expérience mystique, voilà une date bien précise! Il entre dans un monastère trappiste et publie des poèmes d’amour, des épigraphes...
    En 1965 Cardenal, est ordonné prêtre au Nicaragua, à Managua. Commencent alors, ce qui nous intéresse pour la suite, ses premiers écrits sur la Théologie de la Libération dont on parlera dans le prochain billet.

    (Biografía en español aquí
     
    Voici un long poème très connu en espagnol, étonnant quant au sujet.  Très long, mais facile à lire, comme une histoire, une prière.
    E. Cardenal disait “La poésie doit être au service de l’Homme”, ici Marylin. 



    Oraison pour Marylin Monroe (1965)
     Ernesto Cardenal


    Seigneur
    reçois cette fille connue sur la Terre entière sous le nom de Marylin Monroe,
    bien que ce ne soit pas son vrai nom
    (mais Tu connais son vrai nom, celui de la petite orpheline violée à 9 ans et petite employée de magasin qui voulut se tuer à 16 ans)
    et maintenant qu’elle se présente devant Toi sans aucun maquillage
    sans son Agent de Presse
    sans photographes et sans signer d’autographes
    seule comme un astronaute face à la nuit spatiale.
     
    Elle rêva, enfant, qu’elle était nue dans une église (selon ce que raconte le Times)
    devant une multitude prosternée, tête contre le sol,
    et elle devait marcher sur la pointe des pieds pour éviter les têtes.
    Tu connais nos rêves mieux que les psychiatres.
    Église, maison, grotte, sont la sécurité du sein maternel
    mais quelque chose de plus aussi…
     
    Les têtes sont les admirateurs, bien sûr
    (la masse de têtes dans l’obscurité sous le flot de lumière).
     Mais le temple ce ne sont pas les studios de la 20th Century-Fox.
     
    Le temple- de marbre et or- est celui de son corps
    dans lequel se trouve le fils de Homme un fouet à la main
    expulsant les marchands du 20th Century-Fox
    qui transformèrent Ta maison de prière en repère de voleurs.
     
    Seigneur
    dans ce monde contaminé par les péchés et la radioactivité,
    Tu ne culpabiliseras pas seulement une petite employée de magasin
    qui, comme toute employée de magasin rêva d’être une star de cinéma.

     

    Et son rêve devint réalité ( mais comme la réalité du technicolor).
     
    Elle ne fit qu’agir selon un script que nous lui avions donné,
    celui de nos propres vies, et c’était un script absurde.
     
    Pardonne-la, Seigneur, et pardonne-nous
    pour notre 20th Century
    pour cette colossale Super-Production dans laquelle nous avons tous travaillé.
    Elle avait faim d’amour et nous lui avons offert des tranquillisants.
    Contre la tristesse de ne pas être des saints
    on lui recommanda la Psychanalyse.
     
    Rappelle-toi Seigneur sa crainte grandissante de la caméra
    et la haine du maquillage malgré son insistance à se maquiller à chaque scène.
    Et comment grandirent l’horreur et
    le manque de ponctualité aux studios.
     
    Comme toute petite employée de magasin
    elle rêva d’être vedette de cinéma.
     
    Et sa vie fut irréelle comme un rêve qu’un psychiatre interprète et archive.
    Ses histoires d’amour furent un baiser les yeux fermés
    qui, quand les yeux s’ouvrent
    fait découvrir que ce fut sous les projecteurs.
    Mais les projecteurs s’éteignent!
     
    (…)
    Le film termina sans le baiser final.
     
    On la trouva morte au lit, la main sur le téléphone.
     
    Et les détectives ne surent qui elle allait appeler.
     
    Ce fut comme quelqu’un qui a marqué le numéro de la seule voix amie
    et n’entend que la voix d’un disque qui lui dit: WRONG NUMBER.
    Ou comme quelqu’un blessé par les gangsters
    qui allonge la main vers un téléphone déconnecté.
     
    Seigneur
    Qui qu’ait été la personne qu’elle allait appeler
    et n’appela pas (et peut-être n’était-ce personne
    ou quelqu’un dont le numéro n’est pas dans l’annuaire des Anges)
     
    Réponds, Toi, au téléphone!
     
    (Trad:Colette)
     
    Oración por Marylin Monroe
     
     
     
    Señor
    recibe a esta muchacha conocida en toda la Tierra con el nombre de Marilyn Monroe,
    aunque ése no era su verdadero nombre
    (pero Tú conoces su verdadero nombre, el de la huerfanita violada a los 9 años
    y la empleadita de tienda que a los 16 se había querido matar)
    y que ahora se presenta ante Ti sin ningún maquillaje
    sin su Agente de Prensa
    sin fotógrafos y sin firmar autógrafos
    sola como un astronauta frente a la noche espacial.
     
    Ella soñó cuando niña que estaba desnuda en una iglesia (según cuenta el Times)
    ante una multitud postrada, con las cabezas en el suelo
    y tenía que caminar en puntillas para no pisar las cabezas.
    Tú conoces nuestros sueños mejor que los psiquiatras.
    Iglesia, casa, cueva, son la seguridad del seno materno
    pero también algo más que eso…
    Las cabezas son los admiradores, es claro
    (la masa de cabezas en la oscuridad bajo el chorro de luz).
    Pero el templo no son los estudios de la 20th Century-Fox.
    El templo —de mármol y oro— es el templo de su cuerpo
    en el que está el hijo de Hombre con un látigo en la mano
    expulsando a los mercaderes de la 20th Century-Fox
    que hicieron de Tu casa de oración una cueva de ladrones.


    Señor
    en este mundo contaminado de pecados y de radiactividad,
    Tú no culparás tan sólo a una empleadita de tienda
    que como toda empleadita de tienda soñó con ser estrella de cine.
    Y su sueño fue realidad (pero como la realidad del tecnicolor).
    Ella no hizo sino actuar según el script que le dimos,
    el de nuestras propias vidas, y era un script absurdo.
    Perdónala, Señor, y perdónanos a nosotros
    por nuestra 20th Century
    por esa Colosal Super-Producción en la que todos hemos trabajado.
    Ella tenía hambre de amor y le ofrecimos tranquilizantes.
    Para la tristeza de no ser santos
    se le recomendó el Psicoanálisis.
     
    Recuerda Señor su creciente pavor a la cámara
    y el odio al maquillaje insistiendo en maquillarse en cada escena
    y cómo se fue haciendo mayor el horror
    y mayor la impuntualidad a los estudios.
    Como toda empleadita de tienda
    soñó ser estrella de cine.
    Y su vida fue irreal como un sueño que un psiquiatra interpreta y archiva.
    Sus romances fueron un beso con los ojos cerrados
    que cuando se abren los ojos
    se descubre que fue bajo reflectores
    ¡y se apagan los reflectores!
    (...)
    La película terminó sin el beso final.
    La hallaron muerta en su cama con la mano en el teléfono.
    Y los detectives no supieron a quién iba a llamar.
    Fue como alguien que ha marcado el número de la única voz amiga
    y oye tan solo la voz de un disco que le dice: WRONG NUMBER.
    O como alguien que herido por los gángsters
    alarga la mano a un teléfono desconectado.
    Señor:
    quienquiera que haya sido el que ella iba a llamar
    y no llamó (y tal vez no era nadie
    o era Alguien cuyo número no está en el Directorio de los Ángeles)
    ¡contesta Tú al teléfono!
    Ernesto Cardenal
     
     
  • Décès d'un poète / Muerte de un poeta

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    Il avait 95 ans et il est mort le 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 
     
     
     
    Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour pour commencer...
     
     
    Épigramme
     
    Je te donne, Claudia, ces vers,
    parce que tu en es la propriétaire.
     
    Je les ai écrits simples
    pour que tu les comprennes.
     
    Il sont pour toi seule
    mais s’ils ne t’intéressent pas,
    peut-être un jour seront-ils divulgués,
    dans toute l’Amérique latine…
     
    Et si l’amour qui les dicta,
    toi aussi tu le méprises,
     
    d’autres rêveront
    de cet amour
    qui ne fut pas pour elles.
     
    Et peut-être verras-tu,
    Claudia,
    que ces poèmes,
    (écrits pour te séduire, toi)
    éveillent
    dans d’autres couples
    amoureux qui les liront
    les baisers qu’en toi
    n’a pas éveillés le poète.
    (Trad:Colette)
     
     

    Epigrama


    Te doy Claudia, estos versos,
    porque tú eres su dueña.

    Los he escrito sencillos
    para que tú los entiendas.

    Son para ti solamente,
    pero si a ti no te interesan,
    un día se divulgarán,
    tal vez por toda Hispanoamérica...

    Y si al amor que los dictó,
    tú también lo desprecias,

    otras soñarán
    con este amor
    que no fue para ellas.

    Y tal vez verás,
    Claudia,
    que estos poemas,
    (escritos para conquistarte a ti)
    despiertan
    en otras parejas
    enamoradas que los lean
    los besos que en ti
    no despertó el poeta.
     
  • Préprarer le printemps des poètes / preparar la primavera de los poetas

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    « À ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours
     
    d’autres et d’autres eaux » Héraclite.




    L’art de la poésie JL Borges
    .

    Contempler le fleuve fait de temps et d’eau
    et se souvenir que le temps est un fleuve aussi,
    savoir que nous nous perdons comme fait le fleuve
    et que les visages passent comme l’eau. 

     
    Sentir que la veille est elle aussi un sommeil
    qui rêve de ne point rêver, et que la mort
    que craint notre chair est cette même mort
    qui vient chaque nuit, qu’on appelle sommeil. 

     
    Voir dans le jour, dans l’année un symbole
    des jours de l’homme et de ses ans ;
    convertir l’outrage des ans
    en une musique, un bruit, un symbole. 

     
    Voir le sommeil dans la mort, dans le couchant
    un or triste, telle est la poésie
    qui est immortelle et pauvre. La poésie
    revient comme l’aurore et le couchant. 

     
    Parfois, le soir, un visage
    nous regarde du fond d’un miroir :
    l’art doit être comme ce miroir
    nous dévoilant notre propre visage. 

     
    On raconte qu’Ulysse, rassasié de prodiges,
    pleura d’amour en retrouvant son Ithaque
    verte et humble. L’art est cette Ithaque
    riche d’une verte éternité, non de prodiges. 

     
    Il est aussi comme le fleuve sans fin
    qui passe et qui reste, toujours le cristal d’un seul
    inconstant Héraclite, qui est toujours le même
    et autre pourtant, comme un fleuve sans fin.


    (Excellente traduction trouvée sur Internet, sans nom de traducteur mais elle semble être de Roger Caillois ...  très légèrement modifiée par moi)


    Santiago Rusiñol- El torrent de Fornalutx






    Arte poética Jorge Luis Borges




    Mirar el río hecho de tiempo y agua
    y recordar que el tiempo es otro río,
    saber que nos perdemos como el río
    y que los rostros pasan como el agua.

    Sentir que la vigilia es otro sueño
    que sueña no soñar y que la muerte
    que teme nuestra carne es esa muerte
    de cada noche, que se llama sueño.

    Ver en el día o en el año un símbolo
    de los días del hombre y de sus años,
    convertir el ultraje de los años
    en una música, un rumor y un símbolo,

    ver en la muerte el sueño, en el ocaso
    un triste oro, tal es la poesía
    que es inmortal y pobre. La poesía
    vuelve como la aurora y el ocaso.

    A veces en las tardes una cara
    nos mira desde el fondo de un espejo;
    el arte debe ser como ese espejo
    que nos revela nuestra propia cara.

    Cuentan que Ulises, harto de prodigios,
    lloró de amor al divisar su Itaca
    verde y humilde. El arte es esa Itaca
    de verde eternidad, no de prodigios.

    También es como el río interminable
    que pasa y queda y es cristal de un mismo
    Heráclito inconstante, que es el mismo
    y es otro, como el río interminable.

  • Aimer l'imperfection / Amar lo imperfecto

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    Découvert il y a peu le concept japonais de Wabi Sabi. Il parait qu'il a envahi les magasins de décoration, ça je n'en ai aucune idée, mais sa portée philosophique et personnelle m'intéresse. Le concept se base sur la simplicité et l'imperfection de la nature qui, en révélant ses défauts, montre sa beauté.
     
    Descubierto hace poco el concepto japònés de Wabi sabi. Parece que ha invadido las tiendas de decoración, no tengo ni idea de ello, pero su ámbito filosófico y personal me interesa. El concepto se basa en la simplicidad y la imperfección de la naturaleza que, al descubrir sus defectos, muestra su belleza.
     
    Cette imperfection qui ronge certains, dont d'autres s’accommodent et qui fait penser Roberto Juarroz.
     
    Esa imperfección que corroe a algunos, con la cual otros se arreglan y que hace pensar a Roberto Juarroz.
     
     
     

                                                      

     
     
    L’imparfait

    Roberto Juarroz
     
     

    Comment aimer l'imparfait
    si l'on écoute au travers des choses
    combien le parfait nous appelle?

    Comment parvenir à suivre
    dans la chute ou l'échec des choses
    la trace de ce qui ne tombe ni n'échoue?

    Peut-être nous faudrait-il apprendre que l'imparfait
    est une autre forme de la perfection:
    la forme que la perfection assume
    pour pouvoir être aimée

     

    (Trad: Colette)

     

    Lo imperfecto

    Roberto Juarroz 

     

    ¿Cómo amar lo imperfecto,
    Si escuchamos a través de las cosas
    Cómo nos llama lo perfecto?

    ¿Cómo alcanzar a seguir
    En la caída o el fracaso de las cosas
    La huella de lo que no cae ni fracasa?

    Quizá debamos aprender que lo imperfecto
    Es otra forma de la perfección:
    La forma que la perfección asume

    Para poder ser amada

  • Le secret du rouge-gorge / El secreto del petirrojo

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    Et si, pour nous extraire du bruit du monde, on écoutait chanter le rouge-gorge?

    Différentes latitudes, différents climats. Ici les rouges-gorges ne gèlent ni ne marchent dans la neige.

    Jamais non plus je n'en ai entendu chanter la nuit, mais des audios et l'auteure de ce petit poème l'assurent. Je les crois.

     

    Nous avons croisé Anne Le Maître en janvier ici.

    La revoici, admirant la vaillance de l'oiseau. Poésie claire, mots choisis.

     

    Reçu d'un rouge-gorge

     

    J’ai ouvert la fenêtre

    sur le chant de l’oiseau

    le givre est entré

    la nuit était pâle

     

    le chant m’a dit

    attarde-toi

    entends celui qui veille

     

    nul ne peut dire 

    le secret

    de l’oiseau.

     

     

    La leçon du rouge-gorge

    c’est ce chant obstiné

    dans la nuit

    sertie de givre bleu

     

    Avec le brouillard monté de la rivière

    et les petits animaux

    endormis dans les trous.

     

     

    31 décembre

    j’ai la peau bleue de froid

    pieds nus

    à la fenêtre

     

    la vaillance

    cette nuit

    a la gorge vermeille

     

    je reçois de l’oiseau

    la dernière leçon

                                de l’année.

     


      Et ma traduction à l'espagnol.

    Recibido de un petirrojo

     

     

    Abrí la ventana

    al canto del pájaro

    la escarcha entró

    la noche era pálida

     

    el canto me dijo

    demórate

    escucha al que vela

     

    nadie puede decir

    el secreto

    del pájaro.

     

    La lección del petirrojo

    es este canto obstinado

    en la noche

    engarzada de hielo azul

     

    Con la niebla que sube del río

    y los pequeños animales

    dormidos en los agujeros.

     

    31 de diciembre

    tengo la piel azul de frio

    descalza

    en la ventana

     

    la valentía

    esta noche

    tiene la garganta roja

     

    recibo del pájaro

    la última lección

    del año.

     

    (Trad: Colette) 

     

     

  • Fais du bruit! / ¡Haz ruido!

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    Voici un second poème d'Elvira Sastre.
    La simplicité est un choix, une décision qu'elle a prise après des études de philologie.
    Tant, trop de poèmes hermétiques, alambiqués, et donc loin de la compréhension de tous pense-t-elle. 


    Vasili Kandinsky, Bruit / Ruido



    BRUIT
     
    Si tu pars
    fais-le avec du bruit;
    casse les fenêtres,
    insulte mes souvenirs,
    jette par terre toutes et chacune
    de mes tentatives
    pour t’atteindre,
    transforme en cri les orgasmes,
    frappe avec rage la chaleur
    abandonnée, le calme disparu, l’amour
    qui ne résiste pas,
    détruis la maison
    qui ne sera plus un foyer.
    Fais-le comme tu voudras,
    mais avec du bruit.
    Ne me laisse pas seule avec mon silence.
    Trad: Colette
                        .....................................
     Vous penserez sans doute, comme moi, à Prévert,

    On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va.”
    Et à la chanson de  Renaud Boucan d’enfer https://www.youtube.com/watch?v=kkAEErrHaJE


    Enrique Rogriguez Guzpana Sin ruido /Sans bruit
     
    RUIDO Elvira Sastre

    Si te marchas
    hazlo con ruido:
    rompe las ventanas,
    insulta a mis recuerdos,
    tira al suelo todos y cada uno
    de mis intentos
    de alcanzarte,
    convierte en grito a los orgasmos,
    golpea con rabia el calor
    abandonado, la calma fallecida, el amor
    que no resiste,
    destroza la casa
    que no volverá a ser hogar.
    Hazlo como quieras,
    pero con ruido.
    No me dejes a solas con mi silencio.
     
     
  • Le silence est ma voix / El silencio es mi voz

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    Après “Sagesse de l’herbe” que j’avais tant aimé, je découvre “Journal d’une pierre” d’Anne Le Maître.
     
    https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/  
     
     
    Comme un cahier très soigné à emporter avec soi, à chaque page un court texte poétique et une illustration en noir encre, gris et blanc réalisée par elle-même. L’ensemble est des plus réussis.
     
     
    Diario de una piedra” por Anne Le Maître
    El librito, como un cuaderno muy cuidado para llevar consigo, en cada página un texto corto y una ilustración hecha por ella en tinta china, gris y blanco. El conjunto es precioso.
     
    J’ai choisi deux pages et les ai traduites en espagnol.
     
    VI
    Pierre à secret
    pierre à mémoire
     
            je dis
     
    Pierre de patience
    et de silence
     
    Sans chagrin
    sans voix
    sans espoir
     
    Que connais-tu des larmes
    que sais-tu d’être tendre
    que sais-tu de l’amour
    que sais-tu de la joie
    que je pourrais t’apprendre?
     
    VII
     
    - Et à qui parles-tu,
    toi qui bruisses et qui geins
    et de quoi?
    Et pourquoi?
     
    La leçon
    je la donne
     
    Se taire est mon langage
    le silence
           est ma voix.
     
                              …
    Ce que j’ai dans le cœur,
    dit la pierre,
    m’appartient.
                                   
    Carte postale Anne Le Maître, photo Colo
     
     
     

     

    VI
    Piedra de secretos
    piedra de memoria
     
              digo
     
    Piedra de paciencia
    y de silencio
     
    Sin pena
    sin voz
    sin esperanza
     
    ¿Qué sabes de las lágrimas
    qué sabes de ser tierno
    qué sabes del amor
    qué sabes de la alegría
    que podría enseñarte?
     
    VII
     
    - ¿Y con quién hablas,
    tú que susurras y gimes
    y de qué?
    Y por qué?
     
    La lección
    la doy yo
     
    Callar es mi lenguaje
    el silencio
    es mi voz
     
    ---------
     
    Lo que tengo en el corazón,
    dice la piedra
    me pertenece.
     
    (Trad: Colette)

    Vous trouverez une présentation et une page sur le blog d’Anne: https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/2019/12/parution-dhiver.html
     
     
     
     
  • La vie en vert

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    Voici une non-recette car vous n’y trouverez pas de proportions. Il est peu probable aussi que vous ayez autour de vous les ingrédients qui poussent, sauvages, sur notre terrain.
    Mais peut-être cela vous inspirera-t-il?
     
    Ma famille les appellent “Croquettes de sorcière” car à cette époque de l’année je pars avec un panier et récolte des plantes sauvages.
    La vie en vert…
     
    Poireaux

     
    Bettes ou blettes
     
    Voici déjà de tendres bettes, de petits poireaux...et puis ces feuilles que je crois être de la chicorée (à gauche sur la photo ci-dessous). Je sais qu’elles sont comestibles car j’en mets depuis des années et nous sommes vivants:-)
     
                                                                
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Bien laver toutes les plantes, puis dans une grande poêle (ou casserole), huile et une tête entière de gousses d’ail émincées et des petits piments piquants. À feu lent, poco a poco, on ajoute les poireaux coupés en filles rondelles et finalement les bettes. Saler et laisser cuire un bon moment, les plantes sauvages sont coriaces.
     
            
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Quand l’eau des légumes a disparu, ajouter un peu de farine (celle que vous voulez), la faire cuire quelques minutes en remuant, puis un peu de lait. Il ne s’agit pas faire une béchamel (si souvent on nous sert des croquettes où on distingue à peine le jambon, crevettes ou épinards) mais de lier légèrement les éléments entre eux.
    Finalement j’ajoute du fromage râpé.
     

     
    Voilà, c’est prêt. On laisse le tout à refroidir, couvert, dans la glacière une nuit.
     
    Le lendemain, ça vous le savez, vous formez des croquettes, les passez dans de l’œuf battu et de la chapelure. Les frire, of course.
    Bon appétit.

  • Le poids du papier / El peso del papel

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    Aujourd'hui un poème sans prétentions mais qui dit si bien l'amour des livres...

     

    Une vie parmi les livres
    Mercedes  Escolano. Cádiz 1964
     
    Dans la rue attend le camion
    chargé des livres d’une vie.
    Qu’est-ce qui me retient dans ces
    pièces vides? Peut-être l’odeur
    laissée par les livres? Les heures, peut-être,
    partagées dans l’intimité et la tristesse?
    Les étagères sont restées nues
    et les pièces commencent à acquérir
    un air d’orphelinage et de non-sens.
     
    Le poids de l’encre,
    le poids du papier caressé,
    le poids subtil et aérien des mots,
    quel autre plaisir pourraient-ils me donner?
    En bas attend le camion de déménagement.
    Les caisses ont été soigneusement empilées,
    comme si de porcelaine il s’agissait.
     
    (Trad:Colette) 
     
     
    UNA VIDA ENTRE LIBROS 
    de "Placeres y mentiras" 
     
    Mercedes Escolano 
     
     
     En la calle aguarda el camión de la mudanza
    cargado con los libros de una vida.
    ¿Qué me retiene en estas
    habitaciones vacías? ¿Tal vez el olor
    que los libros dejaron? ¿Las horas, tal vez,
    compartidas en intimidad y tristeza?
    Los estantes han quedado desnudos
    y los cuartos comienzan a adquirir
    un aire de orfandad y sinsentido. 
     
     El peso de la tinta,
    el peso del papel acariciado,
    el peso sutil e ingrávido de las palabras,
    ¿qué más placer podrían darme?
    Abajo aguarda el camión de la mudanza.
    Las cajas han sido cuidadosamente apiladas,
    como si de fina porcelana se tratase.