08/12/2018

Quatre boules de cuir

L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
 
L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
 
 
 
Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
 
 
 
Juste distance
 
En amour, et dans la boxe
tout est question de distance.
Si tu t’approches trop je m’excite
m’effraie
m’obnubile        je dis des bêtises
me mets à trembler
mais si tu es loin
je souffre deviens triste
perds le sommeil
et j’écris des poèmes.
 
« Otra vez Eros 1994 »
(Trad. Colette)
Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
 
Distancia justa

En el amor, y en el boxeo
todo es cuestión de distancia
Si te acercas demasiado me excito
me asusto
me obnubilo               digo tonterías
me echo a temblar
pero si estás lejos
sufro entristezco
me desvelo
y escribo poemas.


"Otra vez eros" 1994
 
 
 
Quelques références / Unas referencias
Apollinaire terrible boxeur image calligramme

01/12/2018

De solitude en noces / De soledad a bodas

Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

 
 
Ida Vitale
 
Gouttes
 
Se blessent et se fondent-elles?
Déjà elles ne sont plus la pluie.
Coquines à la récré,
petits chats d'un royaume transparent,
elles courent, libres, sur vitres et rampes,
seuils de leur limbe,
elles se suivent, se poursuivent,
peut-être vont-elles, de solitude en noces,
se fondre et s'aimer.
Imaginant une autre mort.
(Trad:Colette)
 
 

Gotas

 

¿Se hieren y se funden?
Acaban de dejar de ser la lluvia.
Traviesas en recreo,
gatitos de un reino transparente,
corren libres por vidrios y barandas,
umbrales de su limbo,
se siguen, se persiguen,
quizá van, de soledad a bodas,
a fundirse y amarse.
Trasueñan otra muerte.

24/11/2018

Dire sa chance / Decir su fortuna

Ida Vitale

Vitale, ce nom lui va si bien! À 95 ans elle vient de recevoir un prix de plus, le Cervantes 2018. Cette poétesse Uruguayenne, vive d’esprit, a plus de 50 ans de « métier » derrière elle et, si elle a traduit Pirandelllo et Molière, Boris Vian, Simone de Beauvoir et Gaston Bachelard en espagnol, elle est avant tout poète.
Une dame qu’on aimerait rencontrer, qui a connu l’exil, s’y est bien adaptée, a vécu longtemps au Mexique, au Texas puis est retournée dans son pays.
(article en français ici).
 
Acaban de darle el premio Cervantes. Tradujo a Pirandello y D’Annunzio, a Molière y Boris Vian, a Simone de Beauvoir y Gaston Bachelard. Escribió ensayos, prologó libros, publicó prosas . Pero Ida Vitale es, ante todo, poeta
 
Chance
 
Pendant des années, profiter de l’erreur
et de sa correction,
avoir pu parler, marcher libre,
ne pas exister mutilée,
entrer ou pas dans des églises,
lire, écouter la musique chérie,
être, de nuit comme de jour, un être.
Ne pas être négociée en mariage,
ni mesurée en chèvres,
ni souffrir le contrôle de la famille
ou la lapidation légale.
Ne plus jamais défiler
et ne pas admettre des mots
qui mettent dans le sang
des limailles de fer.

Découvrir par toi-même
un autre être imprévu
dans le pont du regard.

Être humain et femme, ni plus ni moins.
 
(Trad:Colette) 
Petrona Viera El cuentito
 
Nous avions déjà rencontré cette intéressante artiste Uruguayenne  dans ce billet au sujet du Planismo.
 
 
Fortuna
 
Por años, disfrutar del error
y de su enmienda,
haber podido hablar, caminar libre,
no existir mutilada,
no entrar o sí en iglesias,
leer, oír la música querida,
ser en la noche un ser como en el día.
No ser casada en un negocio,
medida en cabras,
sufrir gobierno de parientes
o legal lapidación.
No desfilar ya nunca
y no admitir palabras
que pongan en la sangre
limaduras de hierro.
Descubrir por ti misma
otro ser no previsto
en el puente de la mirada.
Ser humano y mujer, ni más ni menos.
 

17/11/2018

En balade / De paseo

L’automne, touristes repartis, est le temps des balades. Il faisait gris et doux en ce dimanche de novembre.
 
Quand on se trouve à Fornalutx, un des plus beaux villages de l’île, il est difficile de croire que la mer n’est qu’à 7km. À l’image de Soller, située à 4km de distance, ce petit village est entouré de montagnes et est construit sur un flanc du sommet le plus haut de l’île Le Puig Mayor (1445m).
 
Il semble avoir été fondé durant la période arabe, «-utx » étant le suffixe mozarabe de « lieu ».
Toujours est-il qu’il a été parfaitement conservé, toutes les maisons sont en pierre, les toits en tuiles ; le village est soigné et vert, sans être pour autant « léché ».
Alors oui, il faut avoir de bonnes jambes pour y circuler, tout est en pentes et escaliers, le village est construit à plusieurs étages.
 
Ce qui m’a le plus impressionnée en arrivant c’est le décor montagneux.
 

 

 

 

 

Nous circulons, lentement...

 

 

 

 

La place de l'église. Église gothique, avec des réformes baroques, de 1639
 
 
Dans le village, le lavoir (le manque de lumière ce jour ne m’a pas permis d’en faire de belles photos mais j'en ai trouvé une sur cet intéressant site : https://viagallica.com/baleares/lang_es/ville_fornalutx.htm)
 
 
 
Puis la Mairie dont le dessous des tuiles, comme dans pas mal de maisons du village, ont des dessins intéressants qui avaient pour but d’éloigner les différents maux des habitants de la maison.
(les photos sont de la Maire, un peu haut pour moi!) http://www.ajfornalutx.net/municipi/teules/fotos.ct.html
 
 
Autre particularité que l’on retrouve partout à Mallorca (j’ignore si cela existe ailleurs), ce sont les "couvre bas de portes" qui empêchent l’eau de pluie de passer .
 
 
« Bon dia », « Bon dia », les habitants répondent gentiment, contents sans doute que les visiteurs parlent leur langue.
Un village qui a reçu de nombreux prix, en autres pour sa parfaite intégration dans la nature. Nous y retournerons bientôt.
 
 

10/11/2018

La manie de voyager / La manía de viajar

 

Dans son roman Brouillard, Miguel de Unamuno écrivait en 1913:
 
"La manie de voyager provient de la topophobie et non de la “philotopie”*; celui qui voyage beaucoup fuit chaque lieu qu'il laisse, et ne recherche pas chaque lieu où il arrive"(Trad, Colette)
 
Qu’en pensez-vous?
Moi je suis  du genre sédentaire, mais une courte excursion hors de mon île de temps en temps me plaît.
 
En su novela Niebla, Miguel de Unamuno escribía en 1914: 
 
La manía de viajar viene de topofobia y no de filotopía*; el que viaja mucho va huyendo de cada lugar que deja, y no buscando cada lugar a que llega”.
 
¿Qué pensáis de ello?

Van Gogh, Le laboureur dans un champ, 1889
 
 
NB:
 
*La topophobie, est une peur irrationnelle de certains lieux déterminés.
 
*Philotopie est un néologisme et l’opposé du précédent, donc amour pour les lieux.
 
 
*La topofobia es el sentimiento de un miedo o un temor irracional, enfermizo, persistente, injustificado y anormal a ciertas situaciones, eventos, lugares o sitios.
 
Filotopía es un neologismo, y el contrario del anterior,o sea amor por los lugares.
 

03/11/2018

Désorientation / Desorientación

Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


-" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
S. Baron Supervielle



"–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

Essais pour un espace
(extrait)


que personne
ne ferme mes
paupières
 
je veux te
voir déranger
l’éternité
 
 
 
que nadie
me cierre
los párpados
 
quiero
verte molestar
la eternidad



fresque, flûtiste



le flûtiste
de l’espace
se promène
en scrutant
l’accord
disparu

(Dans “Sur le fleuve”) 


                 el flautista

                 del espacio
                 se pasea
                 oteando
                 el acorde
                desvanecido
 
  (trad: Colette)


Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
 

Désorientation / Desorientación

 

Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


-" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
S. Baron Supervielle



"–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

Essais pour un espace
(extrait)


que personne
ne ferme mes
paupières
 
je veux te
voir déranger
l’éternité
 
 
 
que nadie
me cierre
los párpados
 
quiero
verte molestar
la eternidad



fresque, flûtiste



le flûtiste
de l’espace
se promène
en scrutant
l’accord
disparu

(Dans “Sur le fleuve”) 


                 el flautista

                 del espacio
                 se pasea
                 oteando
                 el acorde
                desvanecido
 
  (trad: Colette)


Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
 

27/10/2018

De saison / De temporada

De belles promenades cette semaine, la lumière est superbe, la température parfaite pour gambader. Dès dimanche, d'après les spécialistes météo, ce sera cheminée-bouquins. Et sûrement des poèmes, on ne peut rien vous cacher.

https://verdakoko.com/alimentos-de-temporada-en-mallorca-en-otono/


Après la récolte des coings, ces gros fruits râpeux, confection de pâte de ce fruit. Pas trop sucrée mais citronnée ici. Un long travail réalisé par señor Colo. Des douceurs à offrir.                                     

                                                             
                                                        

 

                                                              

 


Au passage devant un centre de plante, tout me rappelle que la Toussaint est proche. C'est joli, le jeune sud-américain qui termine de ranger les pots me regarde photographier son œuvre: "estoy contento que le guste".
 Aucune tombe à garnir, mes parents et beaux-parents ont été incinérés et leurs cendres répandues sous de grands arbres. C'est bien ainsi.

 



De retour chez moi, et parce qu'un superbe soleil brille, je "vois" tout à coup que la vigne vierge a pris, en peu de jours, des couleurs de saison, qu'un incessant va et vient d' oiseaux s'alimente des petits fruits noirs.
C'est fou le nombre de choses qu'on voit sans les regarder.




Passez une bonne semaine.

20/10/2018

En blanc / En blanco

Que faire quand l’inspiration se fait rare? 
 
Mario Benedetti (Uruguay) m’a fait rire, voyez plutôt.




Page blanche   Mario Benedetti

 

 

Je suis descendu au marché
 
et j'ai rapporté
 
tomates journaux averses
 
endives et envies
 
gambas croupes et amen
 
farine monosyllabes jerez
 
instantanés éternuements riz
 
artichauts et cris
 
rarissimes silences
 
 

page blanche
 
voilà, je te laisse tout
 
fais-en ce que tu veux
 
débrouille-toi
 
ou du moins organise-toi
 
 

moi je ferai une sieste
 
pourvu que tu m’éveilles
 
avec une chose originale
 
et suggestive
 
afin que je la signe

 
 (Trad: Colette)
Sleeping on a bench, Merle Citron
 


Página en blanco   Mario Benedetti
 
 
Bajé al mercado
y traje
tomates diarios aguaceros
endivias y envidias
gambas grupas y amenes
harina monosílabos jerez
instantáneas estornudos arroz
alcachofas y gritos
rarísimos silencios
 
página en blanco
aquí te dejo todo
haz lo que quieras
espabílate
o por lo menos organízate
 
 
yo me echaré una siesta
ojalá me despiertes
con algo original
y sugestivo
para que yo lo firme

13/10/2018

Une brise / Una brisa

Le ciel est redevenu bleu, la terre, les rues sèchent. Plus de mille volontaires nettoient la boue. Le village de Sant Llorenç retrouve peu à peu son visage.

Mais les larmes...cruelle nature, parfois.

Il fallait un poème lumineux pour terminer cette semaine si difficile sur l’île. Le bilan est de 12 morts et un enfant toujours introuvable.

C’est Pedro Salinas, encore lui, qui m’a apporté un peu de légèreté.

 

 

 
Variation IX
Temps d’île
 
Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui chante?
 
Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,
 
caché entre deux airs,
simulant la brise?
 
Le palmier, qui l’a mis
- celui qui m’évente
 
avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où je le voulais?
 
Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,
 
pour qu’en traits légers, légers,
ma main m’écrive,
 
sur une amante invisible,
sur une amante cachée,
 
Parmi la pudeur de l’écume,
message d’ondines?
 
Pourquoi me donne-t-on tant de bleu,
sans que je le demande,
 
le ciel qui l’invente,
la mer qui l’imite?
(...)
(Trad. Colette)

-
Variación IX
Tiempo de isla
Pedro Salinas
 
 
¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?
 
¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,
 
escondido entre los aires,
fingiéndose brisa?
 
La palmera ¿quién la ha puesto
- la que me abanica
 
con soplos de sombra y sol -
donde yo quería?
 
La arena ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,
 
para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,
 
de amante que nunca he visto,
de amante escondida,
 
entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?
 
¿Por qué me dan tanto azul,
sin que lo pida,
 
el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?
 
(…)
 

06/10/2018

J.L. Borges y Mallorca

J.L. Borges avait 20 et 21 ans quand, avec sa famille, il passa plusieurs mois à Mallorca. Séjours où il participa à un cercle littéraire, fit de nombreuses rencontres, se promena près de Valldemossa, fréquenta des maisons closes, passa des heures à la plage, bref, vécut la vie d’un jeune homme, émerveillé, de l’époque.
J.L Borges tenía 20 y 21 años cuando, con su familia, hizo dos estancias de varios meses en Mallorca. Estancias en las cuales formó parte de un circulo literario, se encontró con mucha gente, se paseó por Valldemossa, visitó casas de citas, paseó horas por la playa, en fin, vivió la vida de un muchacho, maravillado, de la época.
 
JL Borges 21 años (foto Wiki)
 
Je vous traduis la première phrase d’un poème en prose, écrit par lui, et qui s’intitule “Mallorca”
Majorque est un endroit semblable au bonheur, apte pour y être heureux, apte au scénario du bonheur, et moi - comme tant d’insulaires et d’étrangers- je n’ai presque jamais possédé la veine du bonheur qu’il faut porter en soi pour se sentir un spectateur digne (et non honteux) de tant de clarté de beauté.(...)*
 
Poema en prosa escrito por él:
Mallorca es un lugar parecido a la felicidad, apto para en él ser
dichoso, apto para escenario de dicha, y yo -como tantos isleños y forasteros- 
no he poseído casi nunca el caudal de felicidad que uno
debe llevar adentro para sentirse espectador digno (y no avergonzado)
de tanta claridad de belleza.(...)*

Le monument qui l’avait le plus impressionné, on le comprend , est la cathédrale de Palma à qui il a dédié de court poème de jeunesse.
El monumento que mas le impresionó, es comprensible, es la catedral de Palma a la cual dedicó este corto poema de juventud.
 

 

 
Les vagues à genoux
Les muscles du vent
Les tours verticales comme des monolithes
La cathédrale suspendue d’une étoile
La cathédrale qui est une immense meule
Avec des épis de prières
Loin
Loin
Les mâts esquissaient des horizons
Et sur les plages innocentes
Les vagues neuves chantent les matines
La cathédrale est un avion de pierre
Qui lutte pour rompre mille amarres
Qui l’emprisonnent
La cathédrale sonore comme un applaudissement
Ou comme un baiser
 
(Trad: Colette)

 


 

 

Las olas de rodillas
Los músculos del viento
Las torres verticales como goitos
La catedral colgada de un lucero
La catedral que es una inmensa parva
Con espigas de rezos
Lejos
Lejos
Los mástiles hilvanaban horizontes
Y en las playas ingenuas
Las olas nuevas cantan los maitines
La catedral es un avión de piedra
Que puja por romper las mil amarras
Que lo encarcelan
La catedral sonora como un aplauso
O como un beso
 
*
JORGE LUIS BORGES
(El Dia, Palma de Mallorca, 21-XI-1926.)
 

29/09/2018

Immenses espérances / Inmensas esperanzas

Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
 
 
Demain Pedro Salinas
 
"Demain" Le mot allait, délié, vacant,
sans poids dans le vent,
si dénué d'âme et de corps,
de couleur, de baiser,
que je l'ai laissé passer
près de moi aujourd'hui.
 
Mais soudain toi
tu as dit : "Moi, demain..."
Et tout se peuple
de chair et de bannières.
Sur moi se précipitaient
les promesses
aux six cents couleurs,
avec des robes à la mode,
nues, mais toutes
chargées de caresses.
 
En train ou en gazelles
m'arrivaient -aigus,
sons de violons-
des espoirs ténus
de bouches virginales.
Ou rapides et grandes
comme des navires, de loin, comme des baleines
depuis des mers distantes,
d'immenses espérances
d'un amour sans final.
 
Demain ! Quel mot
vibrant, tendu
d'âme et de chair rose,
corde de l'arc
où tu posas, si effilée,
arme de vingt années,
la flèche la plus sûre
lorsque tu dis : "Moi...."
 
Recueil “La voix qui t'est due”
Traduction Bernard Sesé
La tête à l'envers
 
 
Mañana
 
«Mañana». La palabra
iba suelta, vacante,
ingrávida, en el aire,
tan sin alma y sin cuerpo,
tan sin color ni beso,
que la dejé pasar
por mi lado, en mi hoy.

Pero de pronto tú
dijiste: «Yo, mañana...»
Y todo se pobló
de carne y de banderas.
Se me precipitaban
encima las promesas
de seiscientos colores,
con vestidos de moda,
desnudas, pero todas
cargadas de caricias. 

En trenes o en gacelas
me llegaban -agudas,
sones de violines-
esperanzas delgadas
de bocas virginales.
O veloces y grandes
como buques, de lejos,
como ballenas
desde mares distantes,
inmensas esperanzas
de un amor sin final. 

¡Mañana! Qué palabra
toda vibrante, tensa
de alma y carne rosada,
cuerda del arco donde
tú pusiste, agudísima,
arma de veinte años,
la flecha más segura
cuando dijiste: «Yo...»

22/09/2018

Temps d'île / Tiempo de isla

Pas d'illustration accompagnant le poème d'aujourd'hui; à la lecture les images surgissent des mots, du moins dans ma tête.

 Un court recueil de Pedro Salinas “La mer lumière” reçu par la poste. Version bilingue, magnifique traduction.

 

Temps d’île
 
Pedro Salinas
 
1
Qui m’appelle de la voix
d’un oiseau qui crie?

Quel amour m’aime, quel amour
m’invente des caresses,

caché entre deux airs,
simulant la brise?

Le palmier, qui l’a mis
- celui qui me rafraîchit

avec des souffles d’ombres et de soleil -
là où moi je le souhaitais?

Le sable, qui l’a lissé,
si lisse, si lisse,

pour qu’en traits infiniment légers
la main m’écrive,

sur une amante que je n’ai jamais vue,
sur une amante cachée,

parmi la pudeur de l’écume,
messages d’ondines?

Pourquoi me donne-t-on tant de bleu
sans que je le demande,

le ciel qui l’invente,
la mer, qui l’imite?

Quel est le Dieu qui au huitième jour
m’a tracé cette île,

commerce de beautés,
bourse sans cupidité?

Ici, terre, ciel et mer,
vendant

écume. sable, soleil, nuage,
trafiquent allègrement;

sans fraude ils s’enrichissent,
- des gains très purs -,

pour des aurores ils donnent des astres,
ils échangent des merveilles.

Le temps des îles: on le compte
avec des chiffres magiques;

l’heure n’a plus de minutes:
soixante délices;

avril passe tel trente soleils,
et un jour est un jour.

Qui en emportant les angoisses,
a donné forme au bonheur?
 
 
 
Recueil: La mer lumière, Pedro Salinas. PUF Blaise Pascal.
Traduction Bernadette Hidalgo Bachs.
 
 
TIEMPO DE ISLA  Pedro Salinas
1
¿Quién me llama por la voz
de un ave que pía?

¿Qué amor me quiere, qué amor
me inventa caricias,
 
escondido entre dos aires,
fingiéndose brisa?
 
La palmera, ¿quién la ha puesto
la que me abanica
 
con soplos de sombra y sol—
donde yo quería?
 
La arena, ¿quién la ha alisado,
tan lisa, tan lisa,
 
para que en rasgos levísimos
la mano me escriba,
 
de amante que nunca he visto,
de amante escondida,
 
entre pudores de espuma,
mensajes de ondina?
 
¿Por qué me dan tanto azul,
sin que se lo pida,
 
el cielo que se lo inventa,
el mar, que lo imita?
 
¿Cuál fue el dios qué un día octavo
me trazó esta isla,
 
trocadero de hermosuras,
lonja sin codicia?
 
Aquí tierra, cielo y mar,
en mercaderías
 
de espuma, arena, sol, nube,
felices trafican;
 
sin engaño se enriquecen,
ganancias purísimas—,
 
luceros dan por auroras,
cambian maravillas.
 
Tiempo de isla: se cuenta
por mágicas cifras;
 
la hora no tiene minutos:
sesenta delicias;
 
pasa abril en treinta soles,
y un día es un día.
 
¿Quién, llevándose congojas,
dio forma a la dicha?

 

 

15/09/2018

Paroles et silences II / Palabras y silencios II

Parmi les nombreux poèmes de Roberto Juarroz parlant du silence dans "Poésie Verticale", j’ai choisi celui-ci qui aborde les variétés de silences.
 
L’illustration est d’un photographe hollandais, Teun Hocks. Chacune de ses photos raconte, dénonce, illustre un propos. Intéressant, très. Découvrez-le ici
 
Teun Hocks (Cosmic surroundings)    
 
La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,

mais son regard va plus loin que les nuages.” R. Juarroz

"La altura del hombre no es la altura de la lluvia,

 pero su mirada suele ir más allá de las nubes"

 
Le silence qui subsiste entre deux mots
Le silence qui subsiste entre deux mots
n'est pas identique au silence qui entoure une tête qui tombe,
ni à celui qui nimbe la présence de l'arbre
quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
chaque silence a un registre et une profondeur.
Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
et ce n'est pas la même chose de taire un nom ou d’en taire un autre.
 
Il existe un alphabet du silence,
mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
plus peut-être que le lecteur.

Dans « Poésie verticale » (traduction, légèrement modifiée par moi, trouvée sans nom du traducteur, hélas)


El silencio que queda entre dos palabras


El silencio que queda entre dos palabras
no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,
ni tampoco el que estampa la presencia del árbol
cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

Así como cada voz tiene un timbre y una altura,
cada silencio tiene un registro y una profundidad.
El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro
y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

Existe un alfabeto del silencio,
pero no nos han enseñado a deletrearlo.
Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,
tal vez más que el lector.
 

08/09/2018

Paroles et silences 1 / Palabras y silencios 1

" Il ne s'agit pas de parler, il ne s’agit pas de se taire: il s'agit d'ouvrir quelque chose entre la parole et le silence."

"No se trata de hablar, no se trata de callar: se trata de abrir algo entre la palabra y el silencio."

Roberto Juarroz 

 

Dans son recueil Poesía vertical R. Juarroz explore encore et encore la relation entre notre Être, les silences et les paroles (ou mots).

Je vous propose quelques billets sur ces thèmes, des poèmes pas toujours aisés mais si profonds.

 
Pep Coll (Palma 1959) Arc III

 

 
Se taire peut être une musique,
une mélodie différente,
qui se brode en fils d'absence
sur l'envers d'un étrange tissu.
L'imagination est la véritable histoire du monde.
La lumière fait pression vers le bas.
La vie se répand soudain par un fil en suspens.


Se taire peut être une musique
ou le vide aussi,
puisque parler c’est le couvrir.
Ou se taire est peut-être
la musique du vide

(Trad: Colette)


Ce recueil, Poésie Verticale, est traduit en français, je ne le possède pas, mais si après quelques poèmes vous aimez...


Callar puede ser una música,
una melodía diferente,
que se borda con hilos de ausencia
sobre el revés de un extraño tejido.
La imaginación es la verdadera historia del mundo.
La luz presiona hacia abajo.
La vida se derrama de pronto por un hilo suelto.

Callar puede ser una música
o también el vacío
ya que hablar es taparlo.
O callar puede ser tal vez
la música del vacío.