Espaces, instants

  • Routine / Rutina

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    Elvira Sastre, jeune poète, écrivain, traductrice et philologue espagnole, née à 
    Ségovie en 1992, est déjà très connue et a publié plusieurs recueils de poèmes. 
    J'ai été très surprise et  frappée par la maturité dont elle fait preuve dans le 
    poème qui suit.

    Elvira Sastre, joven poeta, escritora, traductora  y filóloga española, nacida en
     Segovia en 1992, es ya muy conocida y ha publicado varios poemarios.
    Me ha sorprendido la madurez que enseña en el poema que sigue.

    L'habitude de nous habiter
     
    Je me demande si c'est ça:
    les mots qui s'ajustent aux notes,
    le calme de l'équilibre minuscule
    et le minime soubresaut qui sort du dedans,
    le
    bien d'autrui
    qui
    déjà
    est
    nôtre.
     
    Je me demande si c'est ça
    le souvenir au présent,
    la main experte tendue sans à peine effleurer,
    un silence confortable habitant entre les regards,
    la routine
    qui
    déjà
    est
    constante.
     
    Chaque nuit
    j'embrasse la réponse
     

    (Trad:Colette)

    Equilibrio Jorge Morrone

    Equilibrio, Jorge Morrone

     

    ELVIRA SASTRE
     

    EL HÁBITO DE HABITARNOS


    Me pregunto si es esto:
    las palabras encajando en las notas,
    la calma del equilibrio minúsculo
    y el mínimo sobresalto que sale de dentro,
    lo
    ajeno
    que
    ya
    es
    propio.

    Me pregunto si es esto:
    el recuerdo en presente,
    la mano experta tendida sin rozar apenas,
    un silencio cómodo habitando entre miradas,
    la
    rutina
    que
    ya
    es
    perenne.

    Cada noche
    abrazo la respuesta.

     

     

  • Nos petits rêves / Nuestros pequeños sueños

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    Poète et narrateur Irakien né en 1944, Sargon Bulous (ou Bulus)s’installa en 1967 à Beyrouth où il travailla comme journaliste et traducteur. Postérieurement il émigra aux États-Unis. Ses recueils de poèmes sont peu connus et traduits à ma connaissance.
     
    Poeta y narrador iraquí nacido en 1944, Sargón Bulus se trasladó en 1967 a Beirut, donde trabajó como periodista y traductor. Posteriormente emigró a Estados Unidos y desde 1980 vive en San Francisco. Sus libros de poemas no están, que yo sepa, traducidos al español.
     
    Le poème qui suit a été traduit en espagnol par Milagros Nuin et en français par moi.
     
     
    La femme qui volait avec le vent Sargón Bulus (o Boulus).
     
     

    Si tu voyais cette femme qui vole avec le vent
    qui porte dans les yeux
    les signes d’un orage à venir
    et les cheveux coiffés en tourbillons,
    n’hésite pas, préviens-moi,
    peut-être n’est-elle qu’un de mes désirs,
    peut-être est-elle celle que j’ai cherché par monts et par vaux…



    Je la trouverai peut-être dans une ruelle déserte,
    un enfant dans les bras, ou penchée à une fenêtre,
    ou encore la reconnaîtrai-je par un sifflotement, un fragment de chanson
    qui dirait de belles choses sur l’éloignement
    et la distance.



    Si seulement tu la voyais sur les ailes d’un papillon
    volant, collée au goudron du pavement
    les yeux troublés par les absurdes ornements de l’histoire
    et la poitrine chargée de cris de tristesse de tout un peuple
    et ses fruits solitaires,
    comme des pierres dans un panier…



    Amène-la au marché des boutiques fermées
    là où le vent souffle entre les planches,
    aux alentours du village où nous sommes nés
    et avons rêvé nos rêves,
    nos petits rêves...

    et que nous avons abandonné.

     
     (Trad:Colette)
     
    Mural-Beirut.
    Cortesía: Al Arabiya
     
     
     

    “La mujer que vuela con el viento”, de Sargón Bulus

     
     
    Si vieras a esa mujer que vuela con el viento
    llevando en sus ojos
    los signos de una tormenta venidera
    y con el pelo envuelto en torbellinos,
    no dudes, avísame,
    quizás ella sólo sea un anhelo mío,
    quizás sea ella a quien he buscado por aldeas y pueblos…
     
    Tal vez la encuentre en un callejón desierto,
    con un niño entre los brazos, o asomada a una ventana,
    o quizás la reconozca en un silbido, en un fragmento de canción
    que hable de cosas hermosas sobre el alejamiento
    y la distancia.
     
    Si sólo la vieras en las alas de una mariposa
    volando pegada al alquitrán del pavimento
    con los ojos enturbiados por los absurdos adornos de la historia
    y el pecho cargado con gritos de tristeza de todo un pueblo
    y sus frutos solitarios,
    como piedras en un cesto…
     
    Tráela al mercado de las tiendas cerradas
    donde el viento sopla entre las maderas,
    a las afueras del pueblo en que nacimos
    y soñamos nuestros sueños,
    nuestros pequeños sueños…
    y lo abandonamos.
     
     
     
    Publicado por primera vez en el periódico Al—Hayat Publicado en el periódico el 8 de octubre de 2003)
     
    Trad al español, Milagros Nuin
     
     
  • Paellas, couleur safran / Paellas color azafrán

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    Trop sèches, ou insipides, ou pâteuses. Chiches en riz. Très onéreuses, voilà des défauts communs des paellas. Ah, ça, c’est tout un art et aucune ne se ressemble !

    Demasiado secas, o insípidas, o pastosas. Escasas en arroz. Muy onerosas, ahí son los defectos comunes de las paellas. ¡Ha, es todo un arte y ninguna se parece!

     

    Un peu d’histoire...La paella, mot d’origine latine « patella » puis du vieux français « paele » désignait la poêle plate avec, non un manche mais deux anses que vous connaissez sans doute. De la poêle au plat, voilà la paella moderne (notez que les 2 LL se prononcent Y et non L, comme dans paya).

    paella-valenciana-la-autentica-r.jpg

    Son origine se trouve à Valencia aux XVº et XVIª siècles dans les zones maraîchères et humides (Albufera) où l’on cultive riz et légumes. Un plat complet auquel on ajoutait des morceaux de lapin, canard, des oiseaux, des escargots, enfin ce qu’on avait sous la main en plus des légumes de saison. Et du safran. La paella aux crustacés, dont on ignore si elle est contemporaine de la première, est née…au bord de la Méditerranée, bien sûr.

    On cuisait lentement le tout sur un feu de branches d’oranger. Je pourrais vous raconter tant d’autres choses, mais il vous suffira de taper « histoire de la paella »…Mr Google vous dira tout.

    Un poco de historia…La paella, palabra de origen latina “patela” luego del francés antiguo “paele” designaba la sartén plana sin mango pero con dos asas que sin duda conocen. De la sartén al plato…

    Su origen se encuentra en Valencia en los siglos XV y XVI en las zonas hortenses y húmedas (Albufera) donde se cultiva arroz y verduras. Un plato completo al cual se añadía trozos de conejo, pato, pájaros, caracoles, en fin, lo que se tenía a mano junto con las verduras de temporada. Y azafrán.Se ignora si la paella de mariscos data de la misma época pero nació…al borde del Mediterráneo. ¡Sí!

    Se cocía lentamente el arroz en un fuego con leña de naranjos. Les podría contar tantas otras cosas sobre este plato, pero les bastará teclear “historia de la paella” y el señor Google les dirá todo.

    paella cerámica.jpg

     

    Traditionnellement ce sont les hommes qui la préparent, enfin qui la cuisent car les petites mains qui coupent tous les ingrédients à l’avance…c’est comme pour les barbecues, vous voyez ? Mais quand on est nombreux, les dimanches en famille, un repas avec des amis, c’est un repas complet et facile, qui plaît à tous et qui s’adapte à la bourse de chacun : tout dépend des ingrédients qu’on y met.

    Mon amie italienne m’a raconté qu’invitée à un dîner chez des voisins allemands, elle a eu du mal à avaler une paella avec du poulpe et des saucisses…à chacun se recette  mais les puristes Valenciens s’en émeuvent souvent.

     

    Son los hombres los que tradicionalmente la preparan, bueno que la cuecen ya que, al igual que con las barbacoas, son “las pequeñas manos” las que cortan antes todos los ingredientes… ¿ven lo que quiero decir? Pero cuando hay muchos comensales, los domingos en familia, una comida entre amigos, es un plato completo y fácil, que agrada a todos y se adapta al bolsillo de cada cual: todo depende de los ingredientes elegidos.

    Mi amiga italiana me contó que, invitada a una cena en casa de unos vecinos alemanes, le costó tragar una paella con pulpo y salchichas… a cada cual su receta pero los Valencianos a menudo se escandalizan...

     

    paella leña.jpg

    Suite à cela, je me suis demandé si vous aussi vous aviez mangé des paellas spéciales, si on en trouvait surgelées ou fraîches en Norvège, au Canada, en Suisse ou ailleurs. Peut-être même en préparez-vous ? Racontez-moi por favor.

    Después de eso me pregunté si ustedes también habían comido paellas especiales, si encontraban ese plato congelado o fresco en Noruega, Canadá, Suiza u otras partes. ¿Tal vez lo preparan ustedes mismos? Cuéntenme por favor.

     

     

     

  • Le tour du monde / La vuelta al mundo

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    Aujourd’hui simplement un poème de Pierre Reverdy, un poète un peu oublié hélas.

     

    HEURE


    Un œil se ferme à l’horizon
                         L’autre se lève
    Combien de temps faut-il pour parcourir la nuit
    Le bruit et la lumière
    Étoiles et grelots
                Quelqu’un sur la montagne a jeté son manteau
                         Et derrière
                                           L’eau
                Le soleil éteint qui tombe
    Et le chant plus gai d’un oiseau
                Le tour du monde
                                  Tout se dresse autour du rideau
                           Les voix qui montent vont plus haut
                           ou les marches plus basses
                                  Celui qui redescend
                                  Marche la tête basse
    L’ombre s’allonge
                                  Le ciel s’éclaire
    On écoute les bruits tomber tout près du mur
                                         Contre la terre
     

     

     
     
    Hora
     
    Un ojo se cierra en el horizonte
                  El otro se levanta
    Cuánto tiempo hace falta para recorrer la noche
    El ruido y la luz
    Estrellas y cascabeles
             Alguien en la montaña ha tirado su abrigo
                         Y detrás
                                El agua
             El sol apagado que cae
    Y el canto más alegre de un pájaro
              La vuelta al mundo
                             Todo se alza alrededor de la cortina
                     Las voces que suben van más alto
                     o los escalones más bajos
                           El que vuelve a bajar
                           Anda cabizbajo
    Se alarga la sombra
                           Se ilumina el cielo
    Se escuchan los ruidos caer muy cerca del muro
                            Contra la tierra
    (Trad:Colo)

     

     

  • Rires et larmes / Risas y lágrimas

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    C’est en 1988 que Miquel Barceló réalise avec des amis un premier voyage au Mali. Fasciné par cet univers si nouveau il y achète une maison, y retourne souvent:"pour retrouver ce rapport à la vie qui me manque ici, même si j’y séjourne moins longtemps qu’avant. Je n’ai jamais ri nulle part dans le monde comme là-bas. En Occident, on paie pour rire au cinéma."


    Miquel Barceló realiza con unos amigos su primer viaje a Mali en 1988.
    Fascinado por ese universo tan nuevo, compra una casa y vuelve a menudo ”para reencontrar esa relación con la vida que me falta aquí, incluso si mis estancias son menos largas que antaño. Nunca me he reído en ninguna parte del mundo como allí. En Occidente, se paga para reír en el cine.”(Trad Colette)

     

     

    Au Mali il réalise quantité de dessins et d’aquarelles pleins de vie, il y découvre le sable, ses couleurs et nuances.
    Malheureusement le pays est devenu trop dangereux à cause des attaques djihadistes, et depuis 2012 il ne peut plus y rejoindre son atelier.
    En Malí realiza cantidad de dibujos y acuarelas llenos de vida, de colores, matices de la arena.
    Por desgracia el país se ha vuelto demasiado peligroso por los ataques yihadistas y desde el año 2012 no puede volver a su taller africano.

     

     

     

    -Qu’est ce qui te manque le plus du Mali?
    -Je crois que ce qui me manque le plus parmi tout c’est le rire, Avec mes amis chaque jour nous avions mal aux tripes de rire parce que chez moi venaient quelques 50 personnes boire du thé ou de la bière et raconter des histoires hommes et femmes.
     
    -Et comment étaient les histoires?
    -Des histoires à eux. Ils te racontent la même histoire qu’ils t’ont racontée cinquante fois, mais améliorée, il s’agit d’aller en améliorant. Ça je l’ai appris de Paul Bowles à Tanger, parce qu’il retranscrivait les histoires du marché, des conteurs d’histoires analphabètes. (Trad: Colette)


    -¿Qué es lo que más echas de menos de Malí?
    -Creo que lo que más echo de menos es la risa, entre todo. Con mis amigos cada día nos podía doler la tripa de reír porque a mi casa venían como cincuenta personas a beber té o cerveza y a contar historias, hombres y mujeres.
    -¿Y cómo eran esas historias?
    -Historias suyas. Te vuelven a contar la misma historia que te han contado cincuenta veces, pero mejorada, se trata de ir mejorando. Yo esto lo aprendí de Paul Bowles en Tánger, porque él transcribía las historias del mercado, de los contadores de historias analfabetos.  

     

     

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    Depuis, et c’est en partie le thème de sa dernière exposition (2018), la Méditerranée et les migrants sont pour lui un thème de préoccupation. Une mer menaçante, des barques vides...
     
    Il est évident que c'est quelque chose qui me concerne beaucoup : un grand nombre des personnes qui meurent noyées en Méditerranée - et je suis de la Méditerranée - sont originaires du Mali, un pays où j'ai vécu de nombreuses années" (...) "J'ai toujours la sensation que ce sont des gens que je connais personnellement."
     
     
    (Selon l’ONU l'an dernier, au moins 2.262 migrants sont "morts ou portés disparus" en tentant de traverser la Méditerranée)
    Desde entonces, y es en parte el tema de su última exposición, el Mediterráneo y los inmigrantes son para él un tema de preocupación. Un mar amenazador, unas barcas vacías...
     
     
     
    es evidente que es algo que me concierne mucho: un gran número de las personas que mueren ahogadas en el Mediterráneo son de Mali, un país donde viví muchos años. (…) Siempre tengo la sensación que son personas que conozco personalmente”
     
    Trad. Colette
     
  • Fascination

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    Miquel Barceló, une œuvre riche et variée Nous en avions déjà parlé ici.

    Examinons aujourd’hui un thème animalier de sa peinture.

     

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  • Illuminer la nuit / Iluminar la noche

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    Poursuivons une semaine encore avec GiocondaBelli et le thème de l’enfance, de l’éphémère.
    Sigamos otra semana con Gioconda Belli y el tema de la infancia, de lo efímero.
     
     
    Le Tombeau des Lucioles -Isao Takahata-1988

     
    Lucioles


    A cinq heures du soir,
    Quand la lumière perd de son brillant
    Et le jardin se submerge dans la dernière ardeur du jour,
    J’entends le bruyant groupe d’enfants
    Qui sortent chasser des lucioles.

     

    Ils courent dans la prairie,
    Se dispersent entre les arbustes,
    Crient leur excitation, palpent leur éblouissement.
    Se forme un cercle autour de la petite
    Qui montre le creux de ses mains illuminé
    Scintillant.
     
    Ancien métier humain
    Celui de vouloir éteindre la lumière.
     
    Te souviens-tu de la dernière fois que nous avons cru pouvoir illuminer
    la nuit?

     

    Le temps nous a vidés d’éclat.
    Mais l’obscurité
    Est toujours peuplée de lucioles.
     
    (Trad: Colette)

    Luciérnagas

     

    A las cinco de la tarde
    Cuando el resplandor se queda sin brillo
    Y el jardín se sumerge en el último hervor dorado del día
    Oigo el grupo bullicioso de niños
    Que salen a cazar luciérnagas.

    Corriendo sobre el pasto
    Se dispersan entre los arbustos,
    Gritan su excitación, palpan su deslumbre
    Se arma un círculo alrededor de la pequeña
    Que muestra la encendida cuenca de sus manos
    Titilando.

    Antiguo oficio humano
    Este de querer apagar la luz.

    ¿Te acordás de la última vez que creímos poder iluminar
    la noche?

    El tiempo nos ha vaciado de fulgor.
    Pero la oscuridad
    Sigue poblada de luciérnagas.
  • C'eût été si beau / Hubiera sido tan hermoso

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    Gioconda Belli née le 9 décembre 1948 à Managua, est une poète et romancière nicaraguayenne dont nous avons déjà parlé ici.
    Elle est peut-être connue en France pour sa sensualité ou sexualité libérée , son engagement révolutionnaire, mais pas beaucoup plus. Elle a cependant écrit de beaux romans et de nombreux poèmes sur la maternité, la vieillesse, la nature...

     

     

    https://www.philippegronon.com/fr/84-philippe-gronon/oeuvres-works/127-chateaux-de-sable-sand-castles

     

     

    Châteaux de Sable


      Gioconda Belli

    Pourquoi ne m'as tu pas dit que tu bâtissais
    ce château de sable ?

    C'eût été si beau
    pouvoir entrer par s
    a petite porte,
    parcourir ses couloirs salés,
    t'attendre aux parterres de coquillages,
    en te parlant depuis le balcon
    la bouche pleine d'écume blanche et transparente
    comme mes mots,
    ces mots frivoles que je te dis,
    qui n'ont que le poids
    de l'air entre mes dents.

    Il est si beau de contempler la mer.

    Elle aurait été si belle la mer
    depuis notre château de sable,
    pourléchant le temps
    avec la tendresse
    dense et profonde de l'eau,
    divaguant sur les histoires qu'
    on nous contait
    quand, enfants, nous étions un seul pore
    ouvert à la nature.

    Maintenant, à marée haute, l’eau a emporté
    ton château de sable.

    Elle a emporté les tours,
    les fossés,
    la petite porte par où nous
    serions passés
    à marée basse,
    quand la réalité est loin
    et qu'il y a des châteaux de sable

    sur la plage... 

     
     (Trad: Colette inspirée par celle de E. Dupas)
     
     
     Castillos de arena
    Gioconda Belli.
     
    ¿Por qué no me dijiste que estabas construyendo
    ese castillo de arena?
     
    Hubiera sido tan hermoso
    poder entrar por su pequeña puerta,
    recorrer sus salados corredores,
    esperarte en los cuadros de conchas,
    hablándote desde el balcón
    con la boca llena de espuma blanca y transparente
    como mis palabras,
    esas palabras livianas que te digo,
    que no tienen más que el peso
    del aire entre mis dientes.
     
    Es tan hermoso contemplar el mar.
     
    Hubiera sido tan hermoso el mar
    desde nuestro castillo de arena,
    relamiendo el tiempo
    con la ternura
    honda y profunda del agua,
    divagando sobre las historias que nos contaban
    cuando, niños, éramos un sólo poro
    abierto a la naturaleza.
     
    Ahora el agua se ha llevado tu castillo de arena
    en la marea alta.
     
    Se ha llevado las torres,
    los fosos,
    la puertecita por donde hubiéramos pasado
    en la marea baja,
    cuando la realidad está lejos
    y hay castillo de arena
    sobre la playa. . .
  • Je ris derrière une chaise / Me río detrás de una silla

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    D'abord lui

    Nicanor Parra (Chili 1914-2018), quel personnage! L’anti-poète que je ne dois sans doute pas vous présenter.
    Voici pour commencer un extrait d’une interview sur lui:
    Le coq à l’âne est son dada, si je puis dire. Il saute d’un sujet à l’autre sans rapport logique. Est-ce seulement un jeu auquel se livre Parra pour désarçonner son lecteur ?

    Parra appartient à une société ou une époque où la force de l’instabilité est permanente. Sa poésie exploite à l’extrême limite les comportements contradictoires de notre monde. Il faut apprendre à vivre dans la contradiction sans conflit, dit-il, c’est une condition pour pouvoir survivre.
     
     
     
     
    Puis sa poésie.

    La montagne Russe (extrait)

    La poésie a été le paradis
    De l'idiot solennel.
    Jusqu’à ce que j’arrive
    M’y installer avec mes montagnes russes

    Montez, si ça vous chante.
    Mais je ne réponds de rien
    si vous redescendez
    en saignant de la bouche et du nez.


    Extracto de « Montaña rusa »



    La Montana Rusa
    Durante medio siglo
    La poesía fue
    El paraíso del tonto solemne.
    Hasta que vine yo
    Y me instalé con mi montaña rusa.

    Suban, si les parece.
    Claro que yo no respondo si bajan
    Echando sangre por boca y narices.


    Montañas Rusas Fabiaba Calandria
     
     
     
    Finalement un poème entier
     

    Nicanor Parra – Casse-tête

    Je ne donne à personne le droit.
    J’adore un morceau de chiffon.
    Je change des tombes de place.
    Je change des tombes de place.
    Je ne donne à personne le droit.
    Je suis un type ridicule
    Sous les rayons du soleil,
    Moi le fléau des bistrots.
    Moi je meurs de rage.
    Je n’ai plus aucun recours,
    Mes propres cheveux m’accusent
    Sur un autel d’occasion
    Les machines ne pardonnent pas.
    Je ris derrière une chaise,
    Mon visage se remplit de mouches.
    C’est moi qui m’exprime mal
    Exprime en vue de quoi.
    Je bégaye,
    Du pied je touche une espèce de fœtus.
    C’est pour quoi faire, ces estomacs ?
    Qui a fait ce méli-mélo-là ?
    Le mieux, c’est de faire l’indien.
    Je dis une chose pour une autre.

    Rompecabezas
    No doy a nadie el derecho.
    Adoro un trozo de trapo.
    Traslado tumbas de lugar.
    Traslado tumbas de lugar.
    No doy a nadie el derecho.
    Yo soy un tipo ridículo
    A los rayos del sol,
    Azote de las fuentes de soda
    Yo me muero de rabia.
    Yo no tengo remedio,
    Mis propios pelos me acusan
    En un altar de ocasión
    Las máquinas no perdonan.
    Me río detrás de una silla,
    mi cara se llena de moscas.
    Yo soy quien se expresa mal
    Expresa en vistas de qué.
    Yo tartamudeo,
    Con el pie toco una especie de feto.
    ¿Para qué son estos estómagos?
    ¿Quién hizo esta mescolanza?
    Lo mejor es hacer el indio.
    Yo digo una cosa por otra.
  • Entraide / Ayuda mutua

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    Aujourd’hui, c'est tout court, un haïku de Chiyo-Ni, une des premières femmes poète, XVIIIºs.
    Hoy, muy corto, un haîku de Chiyo-Ni,  Una de las primeras mujeres poetas Siglo XVIII.
     
     
    Hokusai 1828
     
     
     
    Du vol des mille oiseaux
    l'un perd des forces
    et le vent le recueille.
     
    (Trad:Colette)
     
     
    De la bandada de los mil pájaros,
    uno va perdiendo fuerzas
    y el viento lo recoge.

  • Femme nouvelle / Mujer nueva

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    Son surnom était “Nouvelle Femme” et sans aucun doute Clementina Suárez (1902-1991 Honduras) méritait ce titre. Une femme, une poésie d'avant-garde. Imaginez qu’au début du XXº siècle elle vivait librement “comme elle en avait envie”, c’est à dire de façon bohème, se baladait en shorts, avait des amitiés masculines, des amants...Il n’est pas étonnant que beaucoup l’aient critiqué, mais elle s’en fichait. Elle adorait être entourée de talents, d'énergies et d'idées nouvelles, s'intéressait surtout aux autres. 
    Se construire loin de tout modèle...ce qu'elle explique dans un extrait de poème que vous lirez ici prochainement.
    Elle fut la première femme à publier un livre de poésie au Honduras, et si son nom est essentiel dans la poésie du pays, elle n’eut pas de reconnaissance officielle à l’époque.

    Femme libre, elle a été étiquetée féministe, mais son combat était universel, hommes et femmes.

    Elle mourut dans d’atroces conditions ; elle vivait seule et à 88 ans elle fut assassinée par un délinquant.

    Su mote era « Mujer Nueva » y sin duda Clementina Suárez (1902-1991 Honduras) merecía ese nombre. Imaginad que a principios del siglo XX, ella vivía libremente “como le daba la gana” , es decir de forma bohemia, llevaba pantalones cortos, tenía amistades masculinas, varios amantes...No es de extrañar que muchos le criticaron, pero le daba igual. A ella le encantaba estar rodeada de energías, talentos, ideas nuevas.
    Fue la primera mujer de su país en publicar un libro de poemas y si su nombre es esencial en la poesía Hondureña, no tuvo, en la época, reconocimiento oficial.
    Murió en condiciones atroces; vivía sola y a los 88 años fue asesinada por un delincuente.
    Combat
     
    Je suis une poète,
    une armée de poètes.
    Et aujourd'hui je veux écrire un poème,
    un poème sifflets,
    un poème fusils
    pour le coller sur les portes,
    sur les cellules des prisons,
    sur les murs des écoles.

    Je veux aujourd'hui construire et détruire,
    élever un échafaudage d'espoir.
    Réveiller l'enfant,
    archange des épées,
    être éclair, tonnerre,
    avec une stature d'héroïne
    pour trancher, ravager
     les racines pourries de mon peuple.
    (Trad: Colette)
     

    https://www.idealista.com/news/inmobiliario/internacional/2015/10/29/739762-el-arte-de-la-construccion-19-andamios-espectaculares-e-imposibles-que-te  
    Combate
    Yo soy un poeta,
    un ejército de poetas.
    Y hoy quiero escribir un poema,
    un poema silbatos,
    un poema fusiles
    para pegarlos en las puertas,
    en la celda de las prisiones,
    en los muros de las escuelas.
     
    Hoy quiero construir y destruir,
    levantar en andamios la esperanza.
    Despertar al niño
    arcángel de las espadas,
    ser relámpago, trueno,
    con estatura de héroe
    para talar, arrasar
    las podridas raíces de mi pueblo.
     

     

  • Une poignée de ta mer / Un puñado de tu mar

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    Nous poursuivons notre périple poétique au Honduras, cette fois avec une poétesse, écrivaine et professeur (licence en littérature) née en 1962.
     
     
    Seguimos con nuestro viaje en Honduras, esta vez con una poetisa, escritora y profesora nacida en 1962.
     
    Peut-être ce poème d'amour fera-t-il surgir en vous quelques souvenirs...
    Tal vez este poema de amor os recordará algún encuentro...
     

    Soledad Altamirano Murillo

     
    Ton arrivée
     
    Tu es arrivé
    avec toute la couleur
    de l’aube éveillée;
    dos au préjugé
    et seul avec moi
    tu as tissé mon corps de lumière,
    tu l’as peuplé de pollen
    et lui as donné une poignée
    de ta mer.
     
    Tu es arrivé dans ma vie
    réduisant les distances
    un jour d’avril.
     
    Je t’ai tout donné:
    terre, mer, océans,
    courants d’air
    et saisons .
    (Trad:Colette)
     

    Tu llegada

    Llegaste
    con todo el color
    de la aurora despierta;
    de espaldas al prejuicio
    y a solas conmigo
    tejiste mi cuerpo de luz,
    lo poblaste de polen
    y le diste un puñado
    de tu mar.

    Llegaste a mi vida
    acortando distancias
    un día de abril.

    Yo te otorgué todo:
    tierra, océanos,
    corrientes de aire
    y estaciones.
  • Impossible de les oublier / Imposible olvidarlos

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    Je suis un poète (j’ai eu beaucoup de mal à l’admettre) né et élevé dans le Tiers et le Quart Monde, ce qui m’impose le devoir incontournable de prendre conscience de cette circonstance sociale et humaine et de la considérer comme le point d’aller-retour en termes d’un art engagé, d’une qualité esthétique absolument liée aux secrets les plus secrets du peuple de ma patrie, Honduras.”
     
    Né en 1930 au Honduras, Roberto Sosa est considéré un des plus grands poètes d’Amérique Centrale. En 1990 la France lui a décerné le titre de “Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres”.
     
    Soy un poeta (trabajo me ha costado admitirlo) nacido y criado en el Tercer y Cuarto Mundo, lo que impone el deber ineludible de tomar consciencia de esa circunstancia social y humana y considerarla punto de ida y vuelta en términos de un arte comprometido con la calidad estética y atada indisolublemente a los secretos más secretos del pueblo de mi patria, Honduras”.
     
    Nacido en 1930 en Honduras, Roberto Sosa es considerado como uno de los mayores poetas de Centro América. En 1990 Francia le otorgó el título de "Caballero de las Artes y de las Letras”.
     
    Voici un de ses poèmes les plus connus:
     
     

    Roberto Sosa – Les pauvres (1969)

    Les pauvres sont nombreux
    et c’est pourquoi
    il est impossible de les oublier.

    Ils voient
    certainement
    à l'aube
    de multiples édifices
    dans lesquels
    ils aimeraient vivre avec leurs enfants.

    Ils peuvent
    porter sur leurs épaules
    le cercueil d’une étoile.
    Ils peuvent
    détruire l’air tels des oiseaux furieux,
    voiler le soleil.

    Mais ignorant leurs trésors
    ils entrent et sortent par des miroirs de sang ;
    ils marchent et meurent lentement.

    Voilà pourquoi
    il est impossible de les oublier.
     
     PS: Sur l'excellent site Esprits Nomades, vous trouverez " La dignité des hommes et les larmes des choses" une longue biographie et plusieurs poèmes de Roberto Sosa.
     
     
     

    La catedral de los pobres, 1898

    La cathédrale des pauvres, 1898
    Joaquim Mir i Trinxet
     
    Los pobres
    Los pobres son muchos
    y por eso
    es imposible olvidarlos.

    Seguramente
    ven
    en los amaneceres
    múltiples edificios
    donde ellos
    quisieran habitar con sus hijos.

    Pueden
    llevar en hombros
    el féretro de una estrella.
    Pueden
    destruir el aire como aves furiosas,
    nublar el sol.

    Pero desconociendo sus tesoros
    entran y salen por espejos de sangre;
    caminan y mueren despacio.

    Por eso
    es imposible olvidarlos.
     
     

     

     
  • Ivresses / Embriagueces

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    Quels tableaux de F. de Goya et P.Klee Alejandra Pizarnik a-t-elle regardés qui
     
     
    ont inspiré ses mots? Peut-être ceux-ci…
     
     
    (exposición Goya)
     
    un agujero en la noche
    súbitamente invadido por un ángel
     
    un trou dans la nuit
    soudain envahi par un ange
     
     

     

    Tobía y el angel F. Goya 1787
     
     
    (un dibujo de Klee)
     
    cuando el palacio de la noche
    encienda su hermosura
    pulsaremos los espejos
    hasta que nuestros rostros canten como ídolos
     
    quand le palais de la nuit
    allumera sa beauté
    nous sonderons les miroirs
    jusqu’à ce que nos visages chantent comme des idoles
     
    Paul Klee
     
     
     
    Terminons par cette ivresse….Acabemos con esta embriaguez….
     
    un golpe del alba en las flores
    me abandona ebria de nada y de luz lila
    ebria de inmovilidad y de certeza
     
    un coup d’aube sur les fleurs
    m’abandonne ivre de rien et de lumière lilas
    ivre d’immobilité et de certitude
                                
    -----------------------------
     
    Traductions en français : Colette
    Extraits de Arbol de Diana Alejandra Pizarnik
  • Frugalité / Frugalidad

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    D’Andreï Makine je ne connaissais que sa belle figure, sa voix, son parler lent au fort accent. Une amie m’a offert pour Noël deux romans de lui. Le premier que j’ai lu est « L’Archipel d’une autre vie » où la taïga, traitée comme un personnage dur, aride mais plein de douceur parfois aussi m’a comme envoûtée.
     
    Voici ce qu’en dit le romancier et éditeur Bertrand Visage. 
     
     
     
     
    Je vous en livre un extrait, situé vers la fin du livre, et qui ne dévoile rien de l’intrigue.
     
    Dans ma jeunesse, je revenais souvent, en pensée, vers les ermites de Chantars. À un moment, leur exil m’a paru incompréhensible, effrayant même. Se couper de la société, s’enfermer au milieu des glaces, sur un îlot entouré d’un océan en furie! Refusant l’excitant spectacle de la vie, son pathos, ses rivalités! J’avais, alors, l’âge où la multiplicité éblouit et la variété des postures intoxique. Où changer de rôle donne l’illusion de la liberté. Où dupliquer sa personne en mille relations est perçu comme une richesse d’existence.
    J’avais l’impression de vivre tout ce que Gartsev et Elkan ne connaîtraient jamais.
    Et puis, sans se soucier de mon amour-propre, l’équation s’est retournée: chaque jour m’enlevait un peu plus la chance de vivre et de comprendre ce qu’ils avaient vécu et compris.
    Non, il ne s’agissait pas du nombre d’ »expériences », valeur si prisée par la modernité. Ni d’une sagesse fumeuse, fruit de l’une de ces expériences exotiques. Leur quotidien, rude et simple, ne visait aucun but édifiant. (…)
    Quand les cartouches manquaient, ils chassaient à l’arc et Gartsev finit par préférer ce tir insonore. À marée basse, les poissons piégés au milieu des rochers étaient faciles à prendre et la forêt, à l’automne, débordait de baies. Elkan préparait ce qui leur servait de pain : pâtés composés de graminées, de champignons séchés, de plantules de conifères…
    Je me souviens qu’en parlant de cette vie Gartsev me confia, avec un étonnement souriant : »Je n’aurais jamais cru que l’homme avait besoin de si peu » .
     
     

     

    Une image de la taïga
     
    Esta novela de Andreï Makine no está traducida en español...aún. Pero cuando salga, os la recomiendo. Aquí un largo parrafo :
    Durante mi juventud pensaba, con frecuencia, en los ermitaños de Chantar. A un momento dado, su exilio me pareció incomprensible, incluso aterrador. Aislarse de la sociedad, encerrarse en medio de los hielos en un islote rodeado de un océano furioso! Negarse el excitante espectáculo de la vida, su pothos, sus rivalidades! Tenia, entonces, la edad en la que la multiplicidad deslumbra y la variedad de actitudes intoxica. Donde cambiar de papel da la ilusión de la libertad. Donde duplicar su persona en mil relaciones se percibe como una riqueza de existencia.
    Tenia la impresión de vivir todo aquello que Gartsev y Elkan no conocerían nunca.
    Y después, sin preocuparse de mi amor propio, la ecuación se ha jirado: cada día me quitaba, un poco más, la posibilidad de vivir y comprender aquello que ellos habían vivido y comprendido.
    No, no se trataba del numero de “experiencias”, ese valor tan apreciado por la modernidad. Ni de una sabiduría confusa, fruto de una de esas experiencias exóticas. Su cotidiano, rudo y simple, no pretendía ningún objetivo edificante. (…)
    Cuando faltaban cartuchos, cazaban con arco y Gartsev acabó por preferir ese tiro insonoro. A la marea baja, los peces atrapados en medio de las rocas eran fáciles de coger y el bosque, en otoño, desbordaba de bayas. Elkan preparaba lo que les servía de pan: pasta compuesta de gramíneas, de setas secas, de plántulas de coníferas…
    Me acuerdo que al hablar de esta vida Gartsev me confió, con un asombro sonriente:”Nunca habría creído que el hombre necesitase tan poco”:
    (Trad : MAH y Colette)